« Quand on vous dit ‘Non’, vous insistez, puis vous devenez violent »
Ce jeudi 5 juin, un homme né en 1990 au Creusot est jugé (juge unique) à l’audience des comparutions immédiates pour des violences sur une femme avec laquelle il était depuis environ un an. C’est pas beaucoup, un an, mais c’était déjà intenable entre eux, au point qu’elle s’est présentée au commissariat de police le 3 mars dernier pour dénoncer une relation à laquelle elle veut mettre fin.
L’homme est placé sous contrôle judiciaire deux jours plus tard. Il est jugé trois mois plus tard. Un temps laissé à certains prévenus comme une opportunité à saisir pour mûrir, évoluer, etc. Ce prévenu-ci donne l’impression d’avoir mis ce temps à profit pour peaufiner une défense maladroite. De grandes cernes noires marquent son visage : ce long temps avant un jugement n’est pas forcément de tout repos.
Deux scènes de violence et des dégradations
Revenons au « coup de fesse, comme ça » dans la porte de la salle de bain où madame s’était réfugiée : il voulait son téléphone pour regarder dedans, début mars. C'était au domicile, au Breuil. Puis il y eut une autre scène, cette fois-ci au Creusot, où madame a un local professionnel. Elle lui avait demandé de partir de chez elle, elle n’en pouvait plus, elle ne voulait plus de lui, de cette relation violente.
Mais il était revenu à la charge pour implorer de pouvoir dormir chez elle, il ne savait pas où aller (pourtant il travaille, cet homme, il pouvait se payer une autre solution peut-être). Il se pointe sur son lieu de travail, lui demande de l’argent.
Elle refuse, il s’énerve. Il menace de crever ses pneus, de venir mettre le feu à son lieu de travail, il dit qu’il ne la lâchera pas. Puis il la tire de force dans la réserve. Il part en crise de nerfs, il s’écroule, il pleure, et soudain – « tu ne vas pas me la faire à l’envers ! » - se relève et assène un coup de poing à la femme puis des gifles au visage.
Souvent énervé ?
On reprend le récit qu’en donne la procureur car l’instruction n’était pas hyper claire, perturbée par les dénégations et les versions du prévenu.
Le tribunal lui fait observer, par exemple, qu’il est plusieurs fois parti puis revenu, de sa propre initiative, vers cette femme. Réponse : « Oui mais c’est l’amour. » Le juge : « Voulez-vous qu’on parle de votre appel en mars, quand madame était entendue par la police, elle vous répond en présence des policiers et qu’est-ce que vous dites ? C’était que des insultes. – J’étais énervé. »
En résumé, il est souvent énervé.
« Quand on vous dit ‘Non’, vous insistez, puis vous devenez violent »
La procureur se dit « inquiète » : « On n’a pas le début du commencement d’une remise en question. Monsieur doit questionner ce qui le met hors de lui quand sa partenaire n’est pas conforme à ses désirs. Il n’entend pas la position de l’autre. »
Elle s’adresse au prévenu : « Quand on vous dit ‘Non’, vous insistez, puis vous devenez violent. » En conclusion : « Il est urgent qu’il se questionne sur sa capacité à entendre l’autre, et puis il faut traiter sa jalousie. Car voilà de quoi vous souffrez monsieur ! »
Le casier du prévenu est néant. La victime a 6 jours d’ITT. La procureur requiert une peine de 18 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
« Un sursis probatoire peut aider, par contre, 18 mois, c’est trop »
L’avocat de la défense plaide pour une vérité qui se situerait entre la position du prévenu et celle de la victime. Il essaie de sauver quelque chose du désastre des propos de son client à la barre. « Monsieur reconnaît que les faits sont constitutifs de violence. Il a contextualisé, à sa manière, ses passages à l’acte. »
Termine par : « Je pense qu’un sursis probatoire peut aider, même pour un primo délinquant. Par contre, 18 mois, c’est trop. »
Le prévenu a la parole en dernier : « Je veux dire que je regrette vraiment toute cette histoire. Et si j’ai besoin d’aller me soigner, j’irai. »
Deux ans sous main de justice
Le tribunal dit le prévenu coupable et le condamne à la peine de 8 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec des obligations de travail, de soins psychologiques, d’indemniser la victime, de payer le droit fixe de procédure ; une interdiction de contact avec la victime ainsi que de paraître à son domicile et sur son lieu de travail.
Il devra suivre un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales. La procureur pense que la partie théorique peut éclairer monsieur sur ce qu’il fait vraiment.
FSA