L’appel sur le 17 a été efficace. «Une minute d’étranglement, c’est long, très long»... Le compagnon violent a été jugé ce jeudi. Et il a été sévèrement condamné.
Dans le box, un homme de 25 ans. Dans la salle, sa compagne et mère de leur enfant. Elle n’a pas déposé plainte, elle ne se constitue pas partie civile et voudrait rester avec son compagnon, mais « pas dans le même logement », parce qu’ils ne s’entendent pas.
Le 31 août au Creusot, vers 20 heures, la police intervient au domicile d’un couple pour « un violent différend ». La femme dit qu’elle a refusé à son homme qu’il puisse regarder dans son téléphone portable, qu’il l’a alors étranglée jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus respirer.
L’homme confirme en précisant toutefois que c’est elle qui l’a agressé en premier. Alors il a « vu rouge », et il l’a lâchée quand elle a dit étouffer, et après ça « elle a pleuré ».
On pleurerait à moins, sans doute, mais ces deux-là ne semblent pas avoir conscience de la gravité du geste. Les magistrats, siège et parquet, sont graves, du coup, parce que l’étranglement n’est pas un geste anodin. C’est clairement un geste de domination et, en outre, comme le précisera l’un des juges, une étude criminologique dit que « la strangulation augmente le risque d’homicide ».
De plus, le prévenu est en état de récidive légale. Condamné en novembre dernier pour quatre faits de violences sur la même victime : il l’avait déjà saisie par le cou.
Les positions de l’un comme de l’autre ne rassurent personne
Mais la victime, si elle a l’honnêteté de venir dire au tribunal qu’elle n’est pas en reste dans les disputes et les gestes violents, garde une position ambivalente qui ne rassure personne à l’audience.
Mais le prévenu, qui semble encore immature (et vraisemblablement jaloux), reste en retrait, parle peu, dit avoir « oublié » les faits pour lesquels il a été condamné il y a moins d’un an, et ça ne rassure personne non plus.
« Une minute d’étranglement, c’est long, très long »
« Chacun est responsable de ses actes, il appartenait à monsieur de ne pas être violent. Je ne peux pas entendre que madame a sa part de responsabilité, dit la procureur. Monsieur a déjà été condamné et il a eu l’obligation de voir un psychologue, mais il dit n’avoir aucun souvenir. Aujourd’hui il reconnaît avoir étranglé madame. Une minute d’étranglement, c’est long, très long.
Elle a senti que l’oxygène n’arrivait plus. Cette situation n’est pas tenable, et si madame n’est pas en mesure de se protéger elle-même, la justice doit le faire. »
La procureur requiert la peine de 24 mois de prison dont 12 mois seraient assortis d’un sursis probatoire, maintien en détention pour la partie ferme.
Le père du prévenu est dans la salle, dit maître Andali. Il vit en région parisienne et il est disposé à héberger son fils. « Le seul responsable c’est lui, plaide l’avocate. Mais il n’a eu qu’une seule condamnation et là, il subit un choc carcéral. Il a 25 ans. On n’a pas de jours d’ITT aujourd’hui. »
Las, le vent était mauvais depuis le début de l’audience, du fait de la récidive, de l’extrême violence du geste, et de l’attitude de chaque membre du couple. « Quel exemple donnez-vous à votre enfant ? » demandait la procureur.
24 mois de prison dont 12 mois en détention
Le tribunal suit les réquisitions. Le prévenu est condamné à la peine de 24 mois de prison dont la moitié est assortie d’un sursis probatoire, avec obligations de travailler, de suivre des soins psychologiques, de payer le droit fixe de procédure (254 euros), de faire un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales. Interdiction de tout contact avec madame.
Peine complémentaire : interdiction de contact avec madame (ainsi, tout contact avec madame peut entraîner de nouvelles poursuites, et le JAP peut révoquer le sursis probatoire sans se soucier d’en maintenir une partie pour maintenir l’interdiction de contact).
Le tribunal ordonne le retrait de l’exercice de l’autorité parentale du père sur l’enfant (ainsi madame pourra prendre seule les décisions concernant le petit – c’est cohérent avec l’interdiction de contact, mais cela ne signifie pas que le père ne pourra plus voir son fils).
Enfin, peine d’inéligibilité de 2 ans.
Maintien en détention pour les 12 mois ferme.
FSA
Notre premier article (3/9) :Les violences conjugales, dites «violences intra-familiales», constituent le plat de résistance de tous les tribunaux de France. Un véritable fléau. Les affaires succèdent aux affaires. Ainsi, lundi 1er septembre, un Creusotin, présenté au parquet de Chalon sur Saône a été placé en détention provisoire dans l’attente de son procès.
La veille, le dimanche 31 août, son épouse a appelé la Police. Il venait d’essayer de l’étrangler. Alors elle a composé le 17. Un appel au secours. Mais elle n’a pas voulu que l’on appelle les pompiers. Elle n’a pas voulu déposer plainte. Alors forcément, se pose une question : Osera-t-elle déposer ? Car pas besoin de faire un dessin pour expliquer et comprendre qu’elle a peur de représailles. Elle aurait pu mourir étranglée. Elle a échappé au pire.
Les Policiers sont venus chercher le compagnon. Il a reconnu les faits, mais il a tenté d’expliquer qu’il avait arrêter de lui serrer le cou quand elle a dit qu’il l’étouffait. Pas suffisant pour convaincre les magistrats. Alors comme le compagnon est connu de la justice, comme de la Police, il dort donc à Varennes le Grand, depuis lundi soir, dans l’attente de son procès. Une plainte sera-t-elle déposée d’ici celui-ci ? C’est la question. Mais plainte ou pas, toute donne à penser que la justice va passer. Un premier signal fort lui a été envoyé par les magistrats. Le second va venir. A suivre…