
Elle a été placée en détention provisoire. ACTUALISE : Elle a été condamnée à de la prison ferme, avec maintien en détention à Dijon.

Ça ressemble à une farce mais la honte est pour nous tous. Cette femme, malade, gentille, pas délinquante a désormais, ce 7 mai au soir, un casier lourd de 11 mentions, pour la même infraction : elle appelle compulsivement la police quand elle ne va pas bien.
Ça fait 10 ans que ça dure. Des moments de « vie occupée », ici ou là, quelques consultations, ici et là. Ce n’est pas sérieux. La prévenue en grande souffrance a été placée en détention provisoire et a comparu en visio pour être jugée selon la procédure la plus rapide et la plus dure, la comparution immédiate.
Une femme qui n’est ni délinquante ni dangereuse
Détention provisoire pour éviter la réitération… Cette femme n’est pas dangereuse, elle est enquiquinante à ses heures, c’est vrai, mais c’est tout. Elle ne fait pas le 17, elle appelle sur le numéro en 03. Que ça soit soulant, c’est l’évidence, mais bon sang à quel moment est-il nécessaire de lui faire subir toute cette violence : garde à vue, défèrement, juge des libertés et de la détention, incarcération ?
Nous avons eu déjà plusieurs fois à écrire à son sujet. Le cas de cette femme, qui a commencé à flancher sérieusement quand ses enfants lui ont été retiré (qui peut comprendre cette douleur ? on finit par se le demander, car si ce placement a ses raisons, elle est privée du peu d’eux qu’elle voit, à chaque fois qu’elle est enfermée à Dijon) – son cas, disions-nous, est le miroir d’une déshérence sociale, d’un désert clinique, aussi. Comme si tout le monde s’en fichait. Chacun y va de sa rustine, et après nous le déluge.
Comme tout, des services sociaux aux soins médicaux, est sous gouvernance administrative complète, ceux qui ne cochent pas les bonnes cases… voient augmenter leurs chances d’atterrir un jour dans le bureau d’un procureur, alors que ce bureau est vraiment tout au fond du couloir, en bout de course. Cette femme y échoue souvent, à se demander où sont les paliers intermédiaires, ceux qui devraient la protéger, lui éviter la prison.
Chercher une réponse qui ait une utilité quelconque ? Y a pas, pour cette infraction
Ce 7 mai, la procureur a expliqué avoir cherché, ce mérite lui revient, une autre sanction qu’une peine mixte (prison ferme/sursis probatoire), elle a cherché une réponse qui ait du sens au regard de cette femme qui souffre tant, qui encombre lorsque déborde en appels compulsifs mais qui ne représente par ailleurs aucun danger pour la société… La procureur avait trouvé un truc bien mais voilà elle ne peut pas le requérir parce que le code ne le permet pas pour cette infraction (appels malveillants réitérés : sauf que ces appels n’ont rien de malveillants, ils sont juste réitérés).
Le tribunal s’est montré lui aussi attentif. Mais cela ne donnera pas à cette femme un lit adapté à ses besoins de santé (question évoquée à une audience antérieure), dans sa cellule. De ce point de vue-là, cette société, qui prône on ne sait quelle empathie est en réalité maltraitante. Dans la dernière expertise psychiatrique, le médecin écrit que cette dame est « clairement altérée* ».
« On regarde trop ces personnes sous l’angle du risque qu’elles représenteraient pour la société, que comme des personnes qui souffrent, avant tout »
Maître Leray, qui assiste la prévenue depuis une dizaine d’années, plaide, pour la 11ème fois, que « si on ne sait pas quoi faire, c’est peut-être que la réponse n’est pas à apporter dans l’enceinte d’un tribunal », « qu’il faudrait quelque chose d’un peu humain pour elle ».
La prévenue pleurait. En 2025 elle a perdu plusieurs proches. Faute d’être prise en charge et écoutée et entendue, rien ne s’élabore (quand bien même elle serait psychotique, des choses sont possibles avec du temps et un interlocuteur qui sait y faire), faute d’avoir un cadre de vie qui la rassure, aussi, et des occupations plaisantes, elle est laissée à son angoisse et ses peurs, et ses désespoirs, et puis alors elle prend son téléphone et elle finit en prison.
L’avocate rappelle la dimension qui s’est perdue de « refuge » comprise dans le mot « asile » et souligne qu’aujourd’hui, on regarde trop ces personnes sous l’angle du risque qu’elles représenteraient pour la société, que comme des personnes qui souffrent, avant tout.
Le tribunal demande à la prévenue ce qu’elle pense des policiers. Réponse : « Je les admire. » Voilà.
10 mois de prison ferme, et toujours pas de lit adapté
Eh bien, pour la peine, la procureur requiert 16 mois de prison dont 12 seraient assortis d’un sursis probatoire renforcé pendant 3 ans, avec obligation de soins psychiatrique et psychologiques, interdiction de contact avec le commissariat sauf urgence et révocation totale du sursis antérieur soit 8 mois (elle est en état de récidive légale forcément), ça ferait 12 mois de prison ferme.
Le tribunal condamne cette prévenue particulière à la peine de 12 mois de prison dont 6 mois avec sursis probatoire pendant 3 ans avec obligation de soins, interdiction de contacter le commissariat sauf urgence, maintien en détention pour les 6 mois ferme, et révocation partielle du sursis précédent à hauteur de 4 mois avec incarcération immédiate. Ça fait 10 mois en tout de prison ferme. Fin de la visio.
FSA
*Un médecin de prison (aux Baumettes, depuis 2000), explique les différents facteurs qui conduisent les magistrats à avoir à intervenir, de plus en plus, au pénal, sur des situations qui relèvent pourtant clairement de la psychiatrie. Pourtant il est connu et documenté que le contexte pénitentiaire aggrave le plus souvent l’état de ces personnes. « Il y a une surreprésentation des troubles psychiatriques dans les prisons », « la comparution immédiate est le grand pourvoyeur de la surpopulation pénale, en particulier de personnes qui ont des troubles psychiatriques graves ».
https://francais.medscape.com/voirarticle/3612951...Notre premier article (7 Mai ,à 3h17 : La première fois qu’elle s’est ainsi manifestée, c’était il y a 9 ans… Souvent condamnée, elle s’était calmée. Oui mais voilà, parfois le naturel revient au galop.
Ainsi, il était 5h45 dans la nuit de samedi à dimanche, le jour commençait à se lever et un premier appel est arrivé au commissariat au Creusot. 124 coups de téléphone ont suivi derrière. Alors les Policiers sont allés chercher cette Creusotine. Elle a été placée en garde-à-vue, avant d’être présentée au Parquet qui a décidé de son placement en détention provisoire, à la prison pour femmes à Dijon, en attendant son jugement qui doit intervenir ce jeudi.
