«Tu n’as pas à être là, parce qu'ici, c'est mon territoire»,

Le 20 mars dernier, la police se déplace jusqu'à l'esplanade François Mitterrand au Creusot, devant le centre commercial : il y a eu des violences, un individu est à terre, blessé au visage par un coup de couteau.
L'auteur est interpellé une heure plus tard. Les images de vidéosurveillance ont permis aux policiers de reconnaître le mis en cause. C'est un homme né en 1990, en Haute-Savoie, qui souffre de schizophrénie. Il est suivi par un psychiatre, il en atteste. Une médecin qui va parfois en prison aussi et l'y a vu. Tout ça pour dire qu'il ne se soustrait pas aux soins mais par contre il boit... Le jour des faits- après un passage à l'hôpital - où il a crisé, se tapait la tête contre les murs -, à 20 heures, son alcoolémie était encore très haute : 1,80 gramme d'alcool par litre de sang.
Impossible pour le tribunal de venir à bout de la scène car le prévenu dit qu'on lui avait craché dessus et que c'est pour ça que... Les images de la vidéosurveillance ne le montrent pas. Les images ne montrent pas tout, il est vrai et en plus les angles de prise de vue peuvent induire en erreur.
Mais en tout état de cause, le prévenu, jugé ce lundi 1er juin (il fallait attendre le retour d’une expertise psychiatrique), avait abordé des hommes sans domicile fixe qui s'étaient posés devant le centre commercial. Ils avaient un peu échangé et lui avaient même donné, à sa demande, à boire et à manger.
Et, subitement : « tu n’as pas à être là, parce qu'ici, c'est mon territoire »
Sauf qu'on voit l'homme, qui s'éloignait, revenir et subitement s'énerver en déclarant, geste circulaire du bras à l'appui, que "tu n’as pas à être là, parce qu'ici, c'est mon territoire" (alors même qu’il explique qu’il n’est pas de la région). Puis le coup. La joue d'un des hommes en sang. Blessure superficielle dit la présidente, mais 11 points de suture et 7 jours d'ITT.
Au casier de ce célibataire, 12 mentions entre 2007 et 2023. "Faut pas me juger sur mon passé, madame !" intervient le prévenu. La présidente lui explique qu'il sera jugé sur les faits, et "comme la loi nous le demande", sur sa personnalité dont son casier judiciaire fait partie.
Expertise psychiatrique : le prévenu est "très clairement altéré"
Pour l'expert psychiatre, les faits sont en lien, et avec la schizophrénie, et avec l'alcool. Les personnes souffrant de schizophrénie peuvent avoir "un vécu de persécution" qui "génère de l'agressivité" et l'ivresse peut le générer aussi, donc la combinaison des deux est terrible.
Réquisitions : 16 mois ferme et 8 mois assortis d’un sursis probatoire
"Des violences absolument gratuites", dit la procureur. "Monsieur est connu des services de police pour causer des désagréments importants. Certes le discernement est altéré, il ne peut pas en être autrement, altération aggravée par l'alcool. Il s'est attaqué à un sans domicile fixe qui a été entendu mais qui n'est pas là pour dire comment il a souffert et qui ne demande rien, parce qu'il est hélas, retourné à la rue." La procureur requiert une peine de 24 mois de prison dont 8 mois seraient assortis d'un sursis probatoire.
La salle est pleine, des gens sont même debout au fond, et la salle n'est pas super calme, aussi la présidente engage tous ceux qui sont là pour un dossier qui sera pris en fin d'après-midi, à sortir. La salle se vide...
La psychiatrie au pénal, toujours problématique
"Je ne vois pas des violences gratuites, commence le bâtonnier Benoît Diry, mais des violences malades." L'avocat veut défendre quelque chose de la maladie psychiatrique dont on sait que les personnes "ont une perception de la réalité - la réalité qu'on appelle commune, ndla - modifiée. "L'opinion a tendance à les voir comme des 'fous violents' alors que bien souvent, ils sont en fait victimes.
Ce dossier démarre après 14 heures et avant... tout allait bien. Quel a été le déclencheur de tout ça ? Cela peut provenir de ricanements perçus comme une agression, par exemple, et il y aurait répondu de la pire des manières."
Quelques mots sur l'appartement du prévenu dont des photos figurent au dossier : "Il n'est pas si désordonné que ça et cela montre que monsieur ne roule pas sur l'or."
Enfin, ce qui est devenu une rengaine : l'incarcération, d'un quantum important, n'arrange jamais l'état de ces gens qui ont besoin d'un traitement mais aussi d'un milieu plus paisible...
Le prévenu réitère ses excuses à la victime, et ses regrets. "Je ne savais pas ce que je faisais, j'avais trop bu."
16 mois ferme puis sursis (8 mois) probatoire
Le tribunal suit les réquisitions et condamne le prévenu à la peine de 24 mois dont 8 mois avec sursis probatoire : obligation de soins, interdiction de paraître au Creusot, interdiction de porter une arme.
Peine complémentaire : interdiction de porter toute arme - "même un couteau de cuisine" - pendant 5 ans.
Maintien en détention pour la partie ferme.
L'homme ne dit rien, ne réagit pas, il est malheureux.
FSA