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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
17/02/2026 17:15
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LE BREUIL : Ça ne sentait pas le pin des Landes, mais les stups... Pas de chance pour le dealer algérien lourdement condamné

Confondu par les Policiers du Creusot il avait tout du parfait revendeur. Il va méditer en prison et il a aussi écopé d'une interdiction de territoire.
Ce 11 février, des enquêteurs du commissariat du Creusot, vêtus de leurs « tenues bourgeoises » – c’est-à-dire, en civil – sont entrés dans le bois du Breuil. Un jeune homme est assis sur une branche et immédiatement leur demande ce qu’ils veulent acheter : héroïne, cocaïne, résine de cannabis, herbe ?
Ce 16 février le jeune homme brun et pâle est introduit dans le box, à l’audience des comparutions immédiates. Il est en détention provisoire depuis trois jours. Quand il n’est pas assis sur une branche dans le bois du Breuil, il vit en Espagne, en situation régulière.

Le déroulé des faits, tels que les expose la présidente
Les forces de l’ordre ont été alertées qu’un trafic se tenait dans un bois situé à Le Breuil. Une première surveillance physique démarre le 9 février. Une femme arrive en voiture, se gare, part dans le bois quelques minutes et revient. Les policiers la contrôlent, elle veut protéger le contenu de son sac à main et pour cause, il s’y trouve 13 grammes d’héroïne répartis « dans des pochons jaunes et bleus ».
Elle décrit le vendeur comme « jeune ». Elle se drogue depuis 2 à 3 ans.
Le 10 février, même dispositif de surveillance et nouveau client, contrôlé après sa transaction, il est porteur d’héroïne et de cocaïne. Il décrit le vendeur comme « jeune », « avec un fort accent », « il a une sacoche noire avec un sigle doré ».
Le 11 février, rebelote. Le client qui sera contrôlé arrive en trottinette, il ressort du bois avec un pochon d’héroïne. Ce coup-ci les enquêteurs entrent dans le bois, habillés en civil. Un homme est assis, il n’y a personne d’autre autour. Il correspond aux descriptions, son sac est noir et siglé en doré. Celui-ci leur demande spontanément ce qu’ils veulent acheter, les hommes sortent leurs cartes de police. L’homme tente de s’enfuir, n’y parvient pas. Il dit s’appeler « Mohamed » et être né en 2009 au Maroc : ça ferait de lui un mineur.

Beaucoup de pochons de drogue et prise du nom d’un tiers
Dans sa sacoche et sur lui : des pochons et 550 euros en tout, et deux téléphones. Il trimballe 39 grammes de cocaïne, 187 grammes d’héroïne, 12 grammes d’herbe de cannabis et 77 grammes de résine. Il doit répondre de transport, détention et offre ou cession de stupéfiants. Il commence par tout nier, jusqu’à son identité réelle : il est en réalité né en 2004 en Algérie. Pour le confondre, les OPJ ont interrogé « les fichiers préfectoraux », dit la présidente.

Seconde audition
A la seconde audition, le mis en cause admet son identité, dit qu’il vit en Espagne et y serait coiffeur. Il était déjà venu en France en 2024, avait fait l’objet d’une OQTF « d’une durée d’un an, plaidera maître Mariller, ce qui fait qu’il a pensé qu’il pouvait à nouveau revenir ».
Toujours est-il qu’à ce stade de la procédure, le jeune homme soutient qu’il n’est pas revendeur de drogues, qu’il est consommateur et qu’il était allé dans le bois pour acheter des doses. Or le dealer est parti chercher de la monnaie, le laissant avec sa sacoche. Quelle confiance, vraiment. Le mis en cause affirme que les policiers mentent, « et, comme preuve de sa bonne foi, leur donne les codes de déverrouillage de ses deux téléphones ».

« Frérot, envoie tes comptes »
Eh bien, avec ça, il est confronté, en troisième audition, au contenu des portables. Cette vidéo de lui, se filmant lui-même, dans le bois avec sa sacoche ? « C’est pas moi, et la date de la vidéo est fausse. » Et quand il écrit « shit 40 » ? « Je parle de la couleur châtain parce que je suis coiffeur. » Bon.
Un correspondant, au doux sobriquet de « Dior », lui écrit : « Frérot, envoie tes comptes. – J’ai pas fait. – Fais-le tous les jours. » La messe est dite pour « frérot ».

A l’audience, il reconnaît
« Monsieur, on vous reproche d’être venu d’Espagne pour être vendeur de produits stupéfiants dans le bois du Breuil. Est-ce que c’est vrai ?
L’interprète traduit : Il dit que son but c’était de venir pour pouvoir travailler, mais en arrivant il a vu que c’était difficile et compliqué. Alors il a fait ça. Il s’excuse. »
Bref, il reconnaît. « On a au moins avancé depuis la garde à vue » constate la présidente.

Il soutient quand même qu’il était venu en France pour y travailler comme coiffeur
Le prévenu dit qu’il est arrivé « trois ou quatre jours » avant son arrestation (personne n’ira vérifier, de toute façon). Il dit encore qu’il gagnait « 120 euros par jour ». Il dit aussi qu’il est lui-même sous l’emprise de la drogue : haschich, cocaïne, et un anti-douleur.
L’homme soutient quand même qu’il était venu en France pour y travailler comme coiffeur, parce qu’il a » des amis qui font ça » et ils gagnent plus qu’en Espagne. La présidente fait mine d’adhérer à son raisonnement en y incluant son expérience de 2024 qui l’a bien informé de la quasi-impossibilité de mener un tel projet ainsi : elle en fait entendre l’absurdité.

« Votre toxicomanie m’inquiète, lui dit la présidente. Vous n’avez pas l’air bien »
A-t-il des projets ? « Mon petit séjour en prison m’a servi de leçon. J’y ai ressenti le goût des choses, celui de la liberté et celui du salaire que je gagnais en Espagne » traduit la jeune interprète.
« Votre toxicomanie m’inquiète, lui dit la présidente. Vous n’avez pas l’air bien. » Le prévenu reste fuyant puisqu’il répond : « J’ai compris que c’est possible d’arrêter. »
Sur sa situation en Espagne : « L’Espagne m’a aidé, a régularisé ma situation, m’a permis d’accéder à une formation professionnelle. Je suis locataire, j’ai le bail signé dans mon téléphone. »

« Ce sont des faits graves : on parle de trafic de stupéfiants »
La procureur dit qu’en 2024, ce prévenu avait été jugé pour vol, mais c’est une décision à signifier, elle n’est donc pas définitive et n’apparaît pas sur son casier. « Ce sont des faits graves, aujourd’hui : on parle de trafic de stupéfiants. » Elle requiert une peine de 12 mois de prison avec maintien en détention et la peine de 4 mois avec maintien en détention pour la prise du nom d’un tiers, et une ITF (interdiction du territoire français) pendant 5 ans.

« Je ne pense pas qu’il soit un trafiquant. C’est un consommateur, donc quelqu’un de vulnérable »
« Aujourd’hui, vous pouvez entendre la reconnaissance des faits, plaide maître Mariller. On lui avait présenté la France comme un Eldorado, et ce n’est pas du tout ça. Il l’a compris. En prison, il connaît le choc carcéral : il n’y connaît personne et ne parle pas français. Je ne pense pas qu’il soit un trafiquant. C’est un consommateur, donc quelqu’un de vulnérable. Les vulnérables sont approchés par les réseaux. Les trafiquants se servent de leurs dépendances. »
L’avocate demande au tribunal de « moduler la peine » : « C’est un primo-délinquant, son casier est vierge, il est coiffeur, il est établi en Espagne. »

14 mois de prison et ITF définitive
Le tribunal, après en avoir délibéré, dit le prévenu coupable et le condamne à la peine de 10 mois de prison pour les infractions relatives aux stupéfiants, à 4 mois de prison pour la prise du nom d’un tiers, et maintien en détention pour le tout.
ITF définitive.
Confiscation des deux téléphones et des 550 euros saisis.
FSA


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