
Il n'avais pas supporté qu'elle ne voulais plus lui. Alors il est parti en voiture, en l'emmenant de force, vers la mort. Le juge des libertés a confirmé son maintien en détention.
L’auteur de l’accident de voiture du dimanche 6 avril 2025, en plein cœur de la ville du Creusot, dans lequel sa passagère est morte, a été mis en examen le 28 mai, du chef d’enlèvement, séquestration, ayant conduit à la mort de la victime.
C’est une information judiciaire criminelle, il a dans ce cas le droit d’avoir un délai de 4 jours pour préparer sa défense en vue du débat devant un juge des libertés et de la détention (JLD) qui doit statuer sur son sort en attendant son renvoi devant une juridiction.
Pendant ce délai, le mis en examen est placé en prison, c’est une incarcération provisoire, c’est la procédure.
L’enjeu du débat JLD est le suivant : détention provisoire ou placement sous contrôle judiciaire.
Ce lundi 2 juin, l’homme est introduit par une escorte pénitentiaire de trois hommes dans une salle d’audience grande comme un (grand) bureau. Juge et greffière sont assises au bureau. En face d’elles, le mis en examen et son avocat. Sur le côté, une substitut du procureur de la République.
« Comment se sont passés ces quatre jours ? demande la juge au mis en examen.
- Compliqués. J’ai un bras blessé, je prends des médicaments, je n’ai pas pu commencer les séances de kiné alors que je dois en avoir cinq par semaine, une broche est sortie de la main, c’est pas normal. »
On précise qu’il va être pris en charge. Durant ce délai de 4 jours, rien n’est mis en place parce qu’on ne sait pas s’il va rester ou pas.
La juge des libertés et de la détention enchaîne avec des questions dites de personnalité
L’homme vivait, avant l’accident « entre Limonest, près de Lyon, et Montluçon ». Limonest où était installée la jeune femme qui a perdu la vie dans l’accident. Ils étaient en couple. « On cherchait un appartement pour vivre ensemble, on avait fait deux visites. » Montluçon où jusque-là il vivait chez sa mère. « J’aidais pour les courses. »
Il voudrait « être brancardier ». Ce qu’il a fait jusqu’ici ne lui plait pas. Il n’a pas d’enfant. Il est plutôt maigre et porte de très longs cheveux noirs rassemblés dans son dos.
A la suite de l'accident, il a été hospitalisé parce qu’il était sérieusement blessé, puis il a été admis, en hospitalisation d’office, en hôpital psychiatrique, « en état de sidération et avec des idées suicidaires ».
Il se met à pleurer et dit :
« Excusez-moi, j’ai pas supporté le stress d’être suivi et j’avais peur de tomber en panne d’essence, alors j’ai perdu le contrôle (du véhicule, ndla). »
La juge corrige son approche : s’il a eu un accident c’est parce qu’il n’avait pas respecté les règles de prudence obligatoires sur les routes.
Sur sa relation à la jeune femme décédée
L’homme ne semble pas encore être sorti d’une phase, sinon de déni, du moins d’altération des faits. Cela ressort du débat, si l’on confronte ce qu’il dit à ce que lui opposent la juge et la procureur.
« Cela se passait bien. Nos parents avaient accepté notre relation. »
La procureur dira, quand son tour de parole viendra : « Les parents de la victime ont dit aux enquêteurs avoir reçu monsieur pour lui demander de cesser toute relation avec leur fille, à cause de violences. »
Et le soir de l’accident, comment ça se passait ?
« Sur le moment, j’étais un peu énervé contre elle parce qu’elle était dehors et elle n’avait pas le droit. Ses parents ne voulaient pas. Je lui ai demandé si je pouvais aller la chercher, elle m’a donné sa géolocalisation et j’y suis allé. »
« Pourquoi vous êtes parti de l’hôpital ? »
Si les enquêteurs n’ont pas pu l’entendre plus tôt c’est que l’homme avait disparu des radars au point que le 29 avril on décerne un mandat de recherche contre lui. « Je suis allé chez ma mère, puis à Marseille, chez mon père. Je ne savais pas que j’étais recherché. »
Son avocat complètera sa position quand il aura la parole : « Il est hospitalisé d’office avec des idées noires. A ce moment-là, il est très altéré. Et en plus il ne peut pas répondre à une convocation s’il n’est pas au courant. Quand la police du Creusot a eu la présence d’esprit de contacter sa mère, ça s’est fait simplement. »
Une condamnation au casier, mais il n’était pas venu à l’audience
Alors, ça se peut, mais la juge revient sur l’unique condamnation à son casier, en 2023, pour chantage avec mise à exécution de la menace. Il ne se s’était pas présenté à l’audience. « Je n’en voyais pas l’intérêt à l’époque. J’avançais, je travaillais, à Marseille. – C’est embêtant, vu les faits. Et là, vous verriez l’intérêt de venir au tribunal ? » On lui demande ce qu’il avait fait, à l’époque : il ne sait plus.
L’effroyable accident lui revient par flashbacks et cauchemars
L’homme produit des pièces pour dire qu’il peut être hébergé chez sa mère ou chez son père. Qu’y ferait-il ? « Avancer, faire mon deuil, je sais pas comment vous dire. J’ai peur que mon père meure (il dit son père gravement malade, ndla). Et puis je veux montrer que je ne suis pas une personne méchante. »
Il prend des médicaments, « pour dormir, pour me relaxer », sinon l’effroyable accident et sa conséquence irréversible, soit la mort de sa passagère, lui revient par flashbacks et cauchemars. Il pleure à nouveau.
La procureur de la République : « je demande son placement en détention provisoire »
« Aujourd’hui j’entends ‘J’ai peur de rien’, et moi j’ai peur de tout. Monsieur est égocentré, il ne pense qu’à lui. Au regard de la gravité des faits, je demande son placement en détention provisoire. »
A l’appui de sa demande, la magistrate déroule ses motifs :
- « Éviter la déperdition des preuves : il reste le véhicule à expertiser » et si le téléphone de monsieur est à l’intérieur il faudra l’exploiter. (Réponse de maître Marceau : le véhicule ne risque rien, il est à l’abri, hors de portée de monsieur.)
- « Ecarter le risque de renouvellement des faits, car monsieur n’a pas pris la mesure du contexte des faits. Selon les premiers éléments, tout s’est déroulé sur fond de jalousie sentimentale. Le peu de capacité de réflexion de monsieur est de nature à inquiéter. Il parle de « stress », je dis « impulsivité ». »
- Éviter la pression sur les témoins.
- « Il est impératif de maintenir monsieur à disposition de la justice. Mandat de recherche 20 jours après les faits : il n’a jamais entendu se présenter de lui-même. Il encourt la peine de réclusion à perpétuité, il peut prendre la fuite. »
« Les faits ont causé un trouble à l’ordre public exceptionnel. Il est important d’apporter une réponse pour retrouver le calme et la sérénité. »
L’avocat : « On a ouvert une information judiciaire criminelle mais attention, ça peut finir autrement »
« Ce qui est arrivé est dramatique. Une victime est décédée. On a ouvert une information judiciaire criminelle mais attention, ça peut finir autrement. Ce qui est sûr c’est que l’accident de la circulation est dû à un manquement des règles de prudence, etc. Mais je ne comprends toujours pas le choix du réquisitoire introductif. » L’avocat plaide tous les éléments qui, à ce stade, tempèrent les propos catégoriques de l’accusation, et conclut : « Il y a des choses répréhensibles dans ce dossier, mais il faut penser à la santé du mis en examen (suit le détail de ses blessures). Il a montré au cours de ce débat que ce décès le touche. Et enfin, il s’est présenté quand il a su qu’il était convoqué, c’est un comportement rassurant. » L’avocat plaide en faveur d’un placement sous contrôle judiciaire. « La liberté est le meilleur allié pour préparer sa défense. »
Décision : détention
« Monsieur je vais vous placer en détention provisoire. Vous pourrez lire tranquillement les motifs de ma décision. » L’homme doit signer la retranscription du débat, on lui donne deux feuilles qui listent ses droits en tant que personne placée en détention. La juge lui précise, c’est important pour lui, qu’elle joint les comptes-rendus d’hospitalisations pour le médecin de la prison.
L’escorte va ramener l’homme au centre pénitentiaire où son statut a changé : d’incarcéré provisoirement (pour les 4 jours), il est devenu détenu (provisoire aussi en attendant son procès ou son jugement, selon le renvoi qu’ordonnera le juge d’instruction).
FSA