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10/09/2022 03:17
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TRIBUNAL : Un octogénaire condamné pour proxénétisme à Ecuisses, Torcy, Montchanin et Blanzy

Il a expliqué qu'il ne savait pas qu'il est interdit de rendre service... La perquisition à son domicile faisait quand même un peu louche...
Ce vendredi 9 septembre, le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône, a jugé un homme poursuivi pour proxénétisme, pour une période qui va d’août 2017 à mars 2018, à Ecuisses, Torcy, Montchanin et Blanzy. L’audience fut menée en moins d’une heure, et pour cause…
Le prévenu est né en 1942. Il mène une longue vie, son casier judiciaire est néant, et il faut qu’on le juge à 80 ans, pourquoi ? Parce que nul n’est censé ignorer la loi, et que la loi dit que « le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit : 1° D'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui ; 2° De tirer profit de la prostitution d'autrui, d'en partager les produits ou de recevoir des subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution ; 3° D'embaucher, d'entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d'exercer sur elle une pression pour qu'elle se prostitue ou continue à le faire. Le proxénétisme est puni de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende. »


« Je ne savais pas qu’il est interdit de rendre service »
L'homme, assis sur une chaise devant la barre, sa béquille de marche posée en appui dessus, répond à la loi : « Je ne savais pas qu’il est interdit de rendre service. »
C’est cela qui lui est reproché, avoir rendu quelques services à des femmes qui se prostituent, mais pas n’importe quels services : tout ce qui pouvait les aider à exercer cette activité particulière est réprimé. Donc parmi les services qu’il rendait à l’une ou à l’autre des jeunes prostituées avec qui il était en relation, certains tombent sous le coup de la loi, au point que maître Diry ne plaidera pas de relaxe : les faits sont caractérisés, du point de vue juridique. D’un point de vue humain, c’est une autre histoire.

Comment ce monsieur âgé est-il arrivé devant trois juges ?
Le vieux calabrais a toujours travaillé, puis vint l’heure de la retraite, avec son épouse. Las, celle-ci tombe malade en 2014, elle meurt en 2017. C’est bien à cette période que le prévenu tâche d’« avoir un petit passe-temps ». L’enquête démarre fortuitement, lorsque des gendarmes de Montchanin, en mars 2018, surveillent un fourgon parce qu’ils savent qu’une femme s’y prostitue.
C’est comme ça qu’ils rencontrent le prévenu, puisqu’il y dépose la jeune femme sous les yeux des militaires. Le grand-père (sans enfants, donc sans petits-enfants) rendait service à une autre prostituée qui lui avait demandé s’il pouvait conduire une autre, de la gare jusqu’à ce fourgon. Il assure n’avoir jamais reçu d’argent pour ça, mais toutefois espérait une réduction ou bien une prestation améliorée, en quelque sorte.

Une perquisition dont le résultat fait louche
La gendarmerie va perquisitionner chez lui. On y trouve plusieurs choses, dont 3 tickets de dépôts d’espèces de la Caisse d’Epargne, pour presque 4 000 euros, datant de 2017, et puis deux sacs contenant de la lingerie fine – comme on dit -, des perruques, des préservatifs, des lubrifiants. Ça plus les carnets saisis dans sa voiture portant noms, prénoms, téléphones et somme d’argent, forcément ça fait louche, au point qu’une information judiciaire est ouverte.

Coupable
Il s’explique, il explique. Oui, il savait bien que la jeune femme se prostituait dans le fourgon. Oui, il en avait hébergé une autre deux nuits, elle avait laissé des sacs en garde chez lui.
Oui, il avait mis son compte bancaire à disposition d’une autre pour qu’elle puisse payer un huissier. Oui, elle l’avait en partie remboursé, et, oui, c’était avec l’argent acquis par la prostitution, elle ne faisait aucun autre boulot. Coupable, coupable, coupable, et coupable. L’inventaire de ses activités pour une prostituée de Torcy ? Coupable.

A-t-il d’autres compagnies, désormais ?
« Comprenez-vous pourquoi vous êtes devant le tribunal aujourd’hui ? » lui demande doucement la présidente Clara Verger (faut dire que les échanges ne sont pas aisés, soit en raison d’une surdité, soit à cause du stress, soit du cumul des deux).
« Ben oui. Après ça, je ne peux plus les voir. » La juge lui demande s’il a d’autres compagnies, désormais. « A part mon frère, 87 ans, et ma belle-sœur, 83 ans, je suis tout seul. »
Il hausse une épaule. Elles étaient plus jeunes, les autres femmes. Il recherchait leur compagnie. Il était utile ! Il s’occupait des animaux de l’une. On imagine que ces activités donnaient un sens à ses journées, qu’à se lever le matin ça lui offrait des perspectives, et puis, qui sait, un câlin gratos ou pas cher.

« Par exemple, vous aidez Princess Destiny à faire ses courses : pas de problème »
Un juge assesseur intervient. « On sent que vous comprenez, et en même temps, ce n’est pas simple. L a loi n’est pas d’une clarté évidente.
Le proxénétisme, c’est le fait, de quelque manière que ce soit, d’aider la prostitution d’autrui. Par exemple, vous aidez Princess Destiny à faire ses courses : pas de problème. Mais quand vous l’emmenez à la camionnette : c’est une forme d’aide à la prostitution, donc ça pose une difficulté. »

C’est ce « on » qu’on voudrait voir dans le box
La présidente résume une fois de plus les faits qu’on reproche au prévenu, histoire qu’il comprenne bien pourquoi il va être condamné.
« Je voulais passer des moments agréables et leur rendre service. Je ne savais pas que c’était interdit. » La substitut du procureur requiert avec mesure, mais rappelle au passage la situation de ces femmes, qui viennent en l’occurrence de pays d’Afrique, dont « on » confisque le passeport à leur arrivée ici, pour mieux les contraindre.
On se dit que c’est ce « on » et ses copains qu’on voudrait voir à la barre, ou plutôt dans le box, au lieu de ce vieil italien qui, outre quelques câlins, s’achetait une vie comme disent (méchamment) les jeunes, en rendant des services, en comptant pour d’autres que lui-même.
Rien sur son compte en banque ne laissait apparaître un quelconque enrichissement, son train de vie non plus. D’ailleurs une fois l’instruction close, on a levé le contrôle judiciaire, c’est dire.

« Il a comblé de cette manière la solitude qui était la sienne »
Alors, la substitut demande la peine de 500 euros d’amende, laissant le tribunal juge de l’assortir d’un sursis. « La seule leçon de cette audience, c’est que nul n’est censé ignorer la loi, plaide maître Diry.
Car madame le procureur a tout dit, dans la même phrase : ‘les faits sont caractérisés’, et ‘monsieur n’est pas un proxénète’, au sens commun du terme qui renvoie à l’image du maquereau, du souteneur. Pourtant le texte de la loi dit que monsieur en est un…
Il a comblé de cette manière la solitude qui était la sienne. On voit bien que lorsqu’il fabrique des barrières pour les chats d’une des dames, il se livrait à une petite activité de papy. On est dans la qualification pénale, mais je souhaite que votre peine prenne l’allure d’un simple avertissement. »

« Vous avez compris ? »
Le tribunal déclare l’homme assis devant lui, la tête couronnée de cheveux blancs, coupable et le condamne à une amende de 500 euros assortie du sursis. « Vous avez compris que si vous aidez des prostituées, vous commettez une infraction. » Il a compris.
Nous, on comprend bien comment tout ça dynamisait ses journées, comment c’est bon de se sentir utile, fût-ce en gardant chez soi des sacs de lubrifiants. Mais la loi est la loi, c’est même la raison d’être de l’institution judiciaire que de le rappeler à chaque jugement, fût-ce en condamnant un vieil homme jusque-là sans casier.
FSA