Recherche
06 62 80 46 68
Pour votre publicité sur Creusot-infos,
un seul numéro
> Faits Divers > Dans la Région du Creusot
10/08/2020 20:00
36758 lectures

TORCY : La maman de 8 enfants, soupçonnée de maltraitance sur ses enfants, sera jugée fin septembre

Tout avait été traité très vite par les Policiers du Creusot, après une alerte donnée par un enfant à son papa... ...Jeté dehors en pleine nuit, en plein hiver à 12 ans... ...Une de ses filles obligée de travailler jusqu'à 22 heures, avec des ordres par téléphone...
ACTUALISE : Une audience avait lieu ce lundi 10 août. Mais le jugement a été renvoyé à fin septembre. En attendant, la maman a été autorisée à revoir le plus grand de ses 8 enfants qui va bientôt avoir 18 ans...
En 16 ans elle a porté puis mis au monde huit enfants. De 2002 à 2019, sa vie fut rythmée selon des cycles réguliers : neuf mois de grossesse, un temps pour s’occuper du nouveau né, puis une nouvelle grossesse. Il y eut quelques papas, mais finalement elle les élevait seule ou presque seule, puisque le dernier père ne vivait plus au pavillon de Torcy, tout en y étant présent, plus ou moins, mais suffisamment pour être poursuivi en même temps qu’elle pour des violences habituelles sur trois des enfants âgés de 9, 12, et 13 ans.
Arrêtés le 4 mai dernier, ils passaient le 5 en comparution immédiate, mais au vu des éléments du dossier, le tribunal ordonnait une expertise psychiatrique, pour lui comme pour elle, et les plaçait sous contrôle judiciaire. On peut lire ci-dessous le récit de cette audience.
Ce lundi 10 août, ils sont là, masqués, posés sur des bancs différents : ils n’ont pas le droit de communiquer. En réalité, personne ne communique plus avec personne, car outre les interdictions imposées par les conditions du contrôle judiciaire, le juge des enfants est intervenu : tous les enfants ont été placés, ici et là, et la mère et le jeune beau-pere (il a 27 ans) n’ont pas le droit de rentrer en contact avec eux, sauf par téléphone et sous réserve que la conversation soit médiatisée par un membre du service de l’aide sociale à l’enfance.
Ce lundi 10 août, alors que nous sommes tous plongés dans une torpeur tropicale, on apprend que monsieur n’a pas pu passer l’expertise psy. Par ailleurs maître Ravat-Sandre qui interviendra dans l’intérêt des enfants, ne peut pas être présente et demande un renvoi, le jugement aura donc lieu plus tard, fin septembre. Peut-on imaginer ce qu’a représenté le séisme de l’arrestation du couple et les placements des enfants de cette fratrie désormais atomisée en divers endroits ?
À la barre et d’une voix de souris, la mère demande à pouvoir entrer en contact avec l’aîné. Son premier né sera bientôt majeur, « il n’a pas le droit de me voir. Il souffre de tout ça, il voudrait... » Angélique Depetris, substitut du procureur, ne s’y oppose pas. Elle demande par ailleurs le maintien sous contrôle judiciaire des prévenus. Les contrôles, assurés par l’AEM (association d’enquête et de médiation) se passent bien si ce n’est que que « c’est un peu compliqué pour moi d’aller sur Chalon (à partir du Creusot, pour se rendre à l’AEM à Chalon) avec mon RSA ». Ça peut être compliqué, oui.
Les deux se rendent au CMP du Creusot. Madame, selon les disponibilités du centre, y va « une fois par mois ». Entre l’injonction judiciaire et les réalités en dehors du palais, l’écart est parfois important. Manque de postes, manque de places, suivis en pointillés espacés, le rythme institutionnel est beaucoup trop lent, ce n’est même pas une nouveauté. Le rapport de l’AEM, que consulte la présidente Chandet, dit qu’ « un suivi psychologique paraît indispensable, ainsi qu’un stage de responsabilisation parentale ». Nous ne saurons rien de plus sur le fond que ce qui fut dit à l’audience du 5 mai.
Le tribunal renvoie à fin septembre, ordonne le maintien des contrôles judiciaires à l’identique, autorise toutefois le fils aîné à avoir des contacts avec sa mère, « sous réserve de la décision du juge des enfants ».
FSA

Notre article du 8 Mai :

Elle est du Creusot, pas lui. Elle a 39 ans, il en a 27 ans. Mariés, ils ont divorcé en 2016. Il a son propre logement. Depuis, ils ont eu ensemble deux enfants, âgés de 2 ans et demi, et de 10 mois, qui vivaient au domicile de leur maman, avec leurs 6 demi-frères et sœurs.
Des policiers du Creusot escorte le couple. Ils sont dans le box, à l’audience de comparutions immédiates de ce jeudi 7 mai. On ne verra pas leurs visages, ils portent des masques. Ils sont poursuivis pour avoir exercé des violences sur trois des huit enfants, depuis le mois d’octobre 2017.

Placement en urgence de 7 des enfants

La police a procédé à l’interpellation du couple hier. Le parquet a choisi ce jeudi même de l’orienter vers une comparution immédiate. Compte-tenu d’un rôle d’audience déjà trop chargé, et vu le délai bien trop court, le président n’a pas eu le temps de prendre connaissance de tout le dossier, il envisage un renvoi. Les deux prévenus demandent, de toute façon, un délai pour préparer leurs défenses.
Maître Ravat-Sandre, qui représente l’administrateur ad hoc désigné pour les trois mineurs, précise qu’elle fera des demandes de constitutions de parties civiles pour eux. Tous les enfants à l’exception du bébé ont été placés en urgence. Que s’est-il passé ?

Une information préoccupante il y a une semaine

Le 30 avril dernier, soit il y a tout juste une semaine, une information préoccupante est communiquée au parquet du tribunal de Chalon-sur-Saône. X, 12 ans, a parlé à son père des violences, des vexations et maltraitances psychologiques que sa mère et son beau-père, ou ex-beau-père, lui infligeaient.
Comment résumer ce que le président a rapidement évoqué ? Il faut imaginer cette maman, qui semble aimante, pour ce qu’elle en exprime à travers le souci pour ses petits placés si rapidement que l’un n’a pas ses « cache-œil », que l’autre n’a pas son traitement, etc., cette maman, donc, née en 1981, et qui, entre 2003 et 2019, met huit enfants au monde. Il y a plusieurs pères, donc plusieurs noms de famille, les derniers portent le sien.

La mère donnait les ordres par SMS

Il faut donc l’imaginer dans le pavillon dont elle est locataire à Torcy, avec cette tribu, faire exécuter les tâches ménagères par une de ses filles, âgée de 9 ans, et deux de ses fils âgés de 12 et 13 ans. Des enfants dotés de téléphones portables, qui recevaient les consignes par SMS, et devaient prendre des photos « avant » et « après », des surfaces ou des objets qu’ils devaient nettoyer.
De son lit elle pouvait demander qu’un des fils vienne fermer ses volets. A 12 ans, il a pris un coup à la tête parce qu’elle n’était pas satisfaite, une autre fois il a été jeté dehors, une nuit d’hiver, en tee-shirt et en tongs. Punition. Le beau-père a reconnu ces faits, exécutés à la demande de son ex-femme.

Enfants soumis au travail domestique, y compris la nuit

La petite-fille a contesté avoir dû faire le ménage, mais son téléphone a parlé pour elle. Elle pouvait trimer même au-delà de 22 heures, et les garçons plus tard encore, 1 heure du matin, et même 3 heures. On en pleure presque d’avoir à l’écrire tant ces pratiques sont insensées. Que les ordres et consignes soient donnés par SMS, quand tout le monde vit sous le même toit, ajoute une pointe de piment. Il brûle.
Le couple n’offre guère l’image de bourreaux, et pourtant. Si madame estime qu’elle a eu une enfance on ne peut plus habituelle, « jusqu’au décès de ma mère », monsieur, lui, a la voix et l’histoire d’un déshérité.

«Je m’en veux»

« Je tenais à dire à tout le monde que, à l’origine, je ne suis pas quelqu’un de violent envers un enfant, et je m’en veux. Ça impactera plus tard sur la vie de ces enfants. » Il porte le nom de sa mère, son père ne l’a reconnu qu’en 2002, mais finalement ce monsieur ne serait pas son père biologique. Il a vécu chez sa mère jusqu’à ses 16 ans, puis fut à la rue jusqu’à ses 21 ans. Il s’est drogué à l’héroïne, mais tient bon avec du Subutex depuis 2014. Le président l’en félicite, le prévenu lui dit « merci ».
On se doute qu’à la lecture de cet article, nombre de gens vont juger ce couple avant la justice, mais on tient à souligner à quel point, quand des faits sont si incroyablement durs et minéraux, à quel point la reconnaissance de l’humanité du prévenu par celui qui peut-être le jugera en août prochain, est importante.

 «Je suis très inquiète pour l’avenir de mes enfants, parce que je m’en veux»

L’union du prévenu avec madame l’a stabilisé, et depuis leur divorce, il a un logement pour lui, même s’il est encore avec elle, plus ou moins. « C’est compliqué ». Elle, elle n’a pas de casier. Elle a la garde de tous ses enfants, dont certains ne voient jamais leur père. Elle est allée au lycée, elle a deux BEP. Elle voudrait travailler en centre aéré, car elle a le BAFA et elle a aimé travailler avec les enfants. Le président lui renvoie en substance qu’elle peut faire une croix sur ce plan-là, vu ce qu’on lui reproche et dont elle devra rendre compte.
« Je suis quelqu’un de très angoissé, dit-elle d’une voix si douce. Et je suis très inquiète pour l’avenir de mes enfants, parce que je m’en veux. » L’émotion perce, elle écrase une larme puis boit une gorgée d’eau, après avoir demandé son accord à la policière qui se tient derrière elle.

Expertises psychiatriques avant le jugement

Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, estime que les deux peuvent être placés sous contrôle judiciaire. Maître Charrier et maître Duquennoy sont d’accord. « On envisage une ordonnance temporaire de placement pour les enfants, ou au moins une mesure d’assistance éducative, il n’y aura donc pas de réitération possible. »
Le tribunal ordonne le placement sous contrôle judiciaire de monsieur et de madame, chacun chez soi, interdiction totale de contact entre eux, obligation de soins, interdiction de tout travail au contact d’enfants. Monsieur ira pointer au commissariat une fois par semaine. Un expert-psychiatre est désigné. Le jugement est fixé au 10 août. « On va prier pour le que les expertises soient rentrées. »
Florence Saint-Arroman