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29/09/2020 03:17
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TORCY : La maman de 8 enfants était tout sauf un modèle... elle était même tyrannique avec ses deux garçons de 12 et 13 ans

...Il était 1 heure du matin, il avait dû laver les sanitaires, plier le linge, ranger la salle de jeux, et ne pas dormir tant que tout n’était pas impeccablement terminé. Il devait envoyer des photos pour que sa mère voie le résultat. Il avait sommeil, il a regimbé, il s’est retrouvé avec une plaie saignante...
Le garçon de 13 ans avait la charge du dernier né, le faire manger, le baigner, etc... La maman et son compagnon ont été condamnés par la Justice.

La présidente montre une page entière de consignes envoyées via messenger sur le téléphone du petit garçon. Elle va les lire d'une traite parce qu'elles ne forment qu’un seul message. On ne pourra tout noter mais cette lecture sans souffle fait ressentir la pression et l'oppression exercées par cette mère de famille nombreuse sur deux de ses fils, alors âgés de 12 et 13 ans.
La mère et son ex-concubin (mais père des deux derniers petits de cette fratrie de huit) ont été jugés ce lundi 28 septembre à l'audience des comparutions immédiates pour des violences habituelles sur trois mineurs par ascendant ou personne ayant autorité, d’octobre 2017 à mai 2020, à Torcy.

Un signalement, les preuves sont dans le téléphone de l’enfant
Le père d’un des collégiens récupère son fils en avril dernier, en plein confinement, et l’enfant se livre. Le père fait un signalement. Le 30 avril une assistante sociale les reçoit à la maison des solidarités. Elle transmet les informations, le parquet est saisi et lance une enquête. Le 7 mai la mère et l’ex beau-père sont arrêtés. On peut lire ci-dessous le récit de la première audience, puis de l’audience de renvoi, qui donnent beaucoup d'informations sur les faits et la situation. Les prévenus ont passé ces six derniers mois sous contrôle judiciaire, les enfants ont été placés, les uns chez leur père, les autres dans des familles d’accueil, l’aîné, bientôt majeur est chez son grand-père maternel.

1 heure du matin, il a sommeil, mais n’a pas fini le ménage et le rangement
La présidente Catala reprend des faits saillants. La fois où le petit fut blessé à la tête par le dernier compagnon de sa mère. Il était 1 heure du matin, il avait dû laver les sanitaires, plier le linge, ranger la salle de jeux, et ne pas dormir tant que tout n’était pas impeccablement terminé. Il devait envoyer des photos pour que sa mère voie le résultat. Il avait sommeil, il a regimbé, il s’est retrouvé avec une plaie saignante.
Son frère, lui aussi victime, l’avait vu mais était retourné au lit, « j’avais peur ». La fois où, pareil, il n’avait plus voulu obtempérer, et que le beau-père l’avait passé dehors, en pleine nuit. Il s’était réfugié chez une voisine. La police nationale s’était déplacée, mais, a-t-il dit, « ma mère et X m’ont vite dit d’aller dans ma chambre et de me taire ».

De petits exécutants disponibles à volonté, et tant pis pour le reste
Puis la présidente interroge la mère, sur ces pratiques insensées déroulées sur un fil Messenger que le petit avait nommé « ma maman que j’aime » et sur lequel cette maman aimée lançait à des heures pas possibles des ordres et des encouragements, ou des ordres et des menaces, ou des « go go go ! » comme si elle et lui (ou son frère) ne formaient qu’un, qu’une super team, super efficace, surtout la nuit, une équipe dans laquelle elle était la tête, et deux ou trois de ses enfants, les bras et les jambes.
Petits exécutants disponibles à volonté, et tant pis pour le reste, tant pis pour les devoirs à faire, tant pis pour les cours à 8 heures du matin, tant pis pour l’état du petit soldat. En audition, il est aussi question de coups, de mains, de pieds, de genoux. Le médecin légiste qui examine le petit de 12 ans, un mois après que cette folie ait cessé, relève un état d’anxiété important et fixe une ITT de 6 jours.

Pourquoi ne pas avoir demandé de l’aide ? Une assistance éducative ?
Il est également question d’une petite fille, âgée de 9 ans, mais son téléphone ne comportait qu’un message, et elle répondait « je ne sais pas » à la plupart des questions des enquêteurs. Aussi le parquet estime que finalement il n’y pas suffisamment de preuves pour entrer en voie de condamnation, les prévenus seront relaxés pour son cas.
Reste les deux garçons. L’un d’eux fut même puni pour ses mauvais résultats scolaires… « J’ai fait un burn out, je ne me suis pas rendue compte » susurre la mère à la barre. Evidemment elle a eu des grossesses rapprochées et elle se retrouvait quasiment seule pour s’occuper de 8 enfants âgés de 17 ans à 10 mois au printemps dernier. Comment ne pas crouler sous la charge ? Mais pourquoi ne pas avoir demandé de l’aide ? Une assistance éducative ? « Parce que j’avais peur des services sociaux, qu’on me prenne mes enfants. » Tiens donc.

« Sans intervention extérieure ça aurait perduré »
On écrit « tiens donc » non pas pour la juger (elle est en train d’être jugée par un tribunal) mais parce que forcément elle savait, quelque part en elle, qu’elle était au minimum dans l’abus. Du reste l’expert psychiatre qui l’a rencontrée écrit : « personnalité borderline », « a développé une relation d’autorité pas adaptée », « injonction de soins indispensable », « sans intervention extérieure ça aurait perduré ». Ça aurait perduré… sauf que l’un des petits s’en est trouvé épuisé, et qu’il a eu besoin de parler, et besoin d’être protégé, enfin.

« Cosette est moderne, elle prend ses ordres sur son téléphone, mais la maltraitance est la même »
« Faire les toilettes à fond, faire ma chambre, aérer, ranger, faire tous les miroirs, faire l’évier, le lave-vaisselle, la télé, la penderie, ranger les casquettes, plier et ranger tout le linge… » Il en manque.
La maison fait 150 m2. « En 2020, Cosette existe encore, ce dossier nous l’apprend, plaide maître Ravat-Sandre pour l’aide sociale à l’enfance qui veille sur les mineurs. Mais Cosette est moderne, elle prend ses ordres sur son téléphone, mais la maltraitance est la même. Et si les regrets de la mère et de son ex-compagnon sont sincères, encore faudrait-il qu’ils soient accompagnés d’aveux complets. »

« Une famille où tous les rôles sont totalement inversés »
L’avocate trouve que la mère minimise trop, édulcore les faits. Son ex-compagnon, lui, se charge beaucoup, et finalement un peu trop. « Minimiser les choses, c’est minimiser les souffrances de ces enfants, continue l’avocate. Pour devenir de bons parents, il faut l’entendre. Les auditions des enfants ont été difficiles, beaucoup de pleurs, de tremblements. » Aurélie Larcher, substitut du procureur, était allée dans ce sens, interrogeant la mère.
« En octobre 2019, à 23h41, vous écrivez : ‘De la Cristalline ! Et ma porte est encore grande ouverte. Putain, est-ce que tu parles français ? Cristalline, Cristalline, Cristalline ! Et de l’eau pour le bébé. » Une fois, pour l’embêter ou le punir, sa mère avait envoyé du lait directement de sa poitrine sur son téléphone, a rapporté le garçon. « Une famille où tous les rôles sont totalement inversés », résume le parquet, et même un peu pervers, c’est ce que raconte cette histoire de lait maternel.

« Il n’a pas eu de modèle paternel »
Ça faisait des enfants sans parents, finalement, et des enfants exploités et maltraités. Le garçon de 13 ans avait la charge du dernier né (le faire manger, le baigner, etc.) Pendant la durée du contrôle judiciaire, la femme et l’homme ont été contraints de se confronter un peu à leurs manquements, et à leurs agissements. Lui, il ne cesse de regretter. « Il n’a pas eu de modèle paternel, plaide maître Duquennoy. Mais il s’est stabilisé, il a un logement, il travaille dès qu’il a une mission, il a pu, grâce au contrôle judiciaire, rencontré un psychologue, et il est demandeur d’un suivi. »

« Madame est capable de faire illusion. Alors attention »
Maître Lépine, qui intervient pour la mère, veut « en réhabiliter quelque chose ». L’avocate ne veut pas que cette femme soit réduite à ses actes, « ce n’est pas facile d’élever des enfants, c’est pas tous les jours simple. Elle a voulu ses enfants, mais elle s’est retrouvée bien seule, elle n’a pas su gérer. Ce n’est pas une excuse, mais ça explique ». Maître Ravat-Sandre rappelait toutefois qu’elle n’avait pas hésité à se mettre en scène comme « mère méritante » dans les pages du Journal de Saône-et-Loire : « Madame est capable de faire illusion. Alors attention : l’affichage ne correspond pas toujours à la réalité. »

L’amour est une chose, les lois en sont une autre : il ne suffit pas d’aimer ses enfants
Florence Baillet, administratrice ad hoc pour le conseil départemental, est dans la salle, très attentive à tout ce qui est dit : elle veille à ce que les droits et intérêts des enfants soient respectés. Des enfants qui vraisemblablement aiment leur mère, tout comme celle-ci les aime aussi.
Mais il n’est pas question d’amour, ce lundi 28 septembre, il est seulement question des lois qui encadrent les relations entre parents et enfants, et de lois qui interdisent la maltraitance. Il est question des places de chacun : les parents ne sont pas les enfants, et les enfants ne sont pas les parents. La mère dit qu’elle espère retrouver tous ses enfants. « Je vais déjà travailler sur moi-même, et discuter avec eux, et qu’on me dise que faire quand ça ne va pas. Et ensuite j’aimerais qu’ils reviennent à domicile, mais avec de l’aide. »

Cette femme n’est pas un monstre, mais s’est tout de même comportée en Thénardier
Le garçon grâce à qui cette situation a pris fin ne veut plus, à ce jour, voir sa mère. « C’est encore trop douloureux », dit Agnès Ravat-Sandre, qui a une pensée pour tous les autres, car tous sont placés, « c’est un préjudice ».
Maître Lépine envoie un message à l’aide sociale à l’enfance, qui devrait « accompagner les enfants dans l’espoir, pas seulement dans l’idée que leur mère est un monstre ». … Nul n’a dit cela, à l’audience, et cette femme n’est pas un monstre, mais elle a montré jusqu’où ses propres carences et ses difficultés internes l’ont menée : à se comporter en Thénardier. Et l’attitude de son jeune ex-compagnon interroge, tant il s’accable et s’en veut d’avoir été « lâche », et à quel point il veut que l’on dédouane la mère de sa responsabilité personnelle.

Sursis probatoire « renforcé » pour la mère, 12 mois de prison à la clé
Le tribunal relaxe les prévenus des violences sur la petite fille, les déclare coupables du reste.
Condamne madame à 1 an de prison entièrement assorti d’un sursis probatoire renforcé (un suivi complet) pendant 2 ans. Obligation de travailler, de soins, et d’indemniser les victimes.
Condamne monsieur à 10 mois de prison assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligation de travailler, de soins, et d’indemniser les victimes. Son sursis probatoire n’est pas renforcé, il semble avoir fait davantage de chemin que madame, et fait montre de davantage de volonté de s’en sortir.
Florence Saint-Arroman

Ils devront solidairement indemniser le fils de 12 ans à hauteur de 2000 euros, et celui de 13 ans, à hauteur de 1500 euros. Si jamais ils ne payaient pas dans les 2 mois (ils doivent payer au président du conseil départemental en sa qualité d’administrateur ad hoc), le SARVI (service d’aide au recouvrement des victimes d’infractions) serait saisi, indemniserait les victimes et se retournerait ensuite contre eux, en majorant les sommes de 30 %.

Notre article du 10 août :
En 16 ans elle a porté puis mis au monde huit enfants. De 2002 à 2019, sa vie fut rythmée selon des cycles réguliers : neuf mois de grossesse, un temps pour s’occuper du nouveau né, puis une nouvelle grossesse. Il y eut quelques papas, mais finalement elle les élevait seule ou presque seule, puisque le dernier père ne vivait plus au pavillon de Torcy, tout en y étant présent, plus ou moins, mais suffisamment pour être poursuivi en même temps qu’elle pour des violences habituelles sur trois des enfants âgés de 9, 12, et 13 ans.
Arrêtés le 4 mai dernier, ils passaient le 5 en comparution immédiate, mais au vu des éléments du dossier, le tribunal ordonnait une expertise psychiatrique, pour lui comme pour elle, et les plaçait sous contrôle judiciaire. On peut lire ci-dessous le récit de cette audience.
Ce lundi 10 août, ils sont là, masqués, posés sur des bancs différents : ils n’ont pas le droit de communiquer. En réalité, personne ne communique plus avec personne, car outre les interdictions imposées par les conditions du contrôle judiciaire, le juge des enfants est intervenu : tous les enfants ont été placés, ici et là, et la mère et le jeune beau-pere (il a 27 ans) n’ont pas le droit de rentrer en contact avec eux, sauf par téléphone et sous réserve que la conversation soit médiatisée par un membre du service de l’aide sociale à l’enfance.
Ce lundi 10 août, alors que nous sommes tous plongés dans une torpeur tropicale, on apprend que monsieur n’a pas pu passer l’expertise psy. Par ailleurs maître Ravat-Sandre qui interviendra dans l’intérêt des enfants, ne peut pas être présente et demande un renvoi, le jugement aura donc lieu plus tard, fin septembre. Peut-on imaginer ce qu’a représenté le séisme de l’arrestation du couple et les placements des enfants de cette fratrie désormais atomisée en divers endroits ?
À la barre et d’une voix de souris, la mère demande à pouvoir entrer en contact avec l’aîné. Son premier né sera bientôt majeur, « il n’a pas le droit de me voir. Il souffre de tout ça, il voudrait... » Angélique Depetris, substitut du procureur, ne s’y oppose pas. Elle demande par ailleurs le maintien sous contrôle judiciaire des prévenus. Les contrôles, assurés par l’AEM (association d’enquête et de médiation) se passent bien si ce n’est que que « c’est un peu compliqué pour moi d’aller sur Chalon (à partir du Creusot, pour se rendre à l’AEM à Chalon) avec mon RSA ». Ça peut être compliqué, oui.
Les deux se rendent au CMP du Creusot. Madame, selon les disponibilités du centre, y va « une fois par mois ». Entre l’injonction judiciaire et les réalités en dehors du palais, l’écart est parfois important. Manque de postes, manque de places, suivis en pointillés espacés, le rythme institutionnel est beaucoup trop lent, ce n’est même pas une nouveauté. Le rapport de l’AEM, que consulte la présidente Chandet, dit qu’ « un suivi psychologique paraît indispensable, ainsi qu’un stage de responsabilisation parentale ». Nous ne saurons rien de plus sur le fond que ce qui fut dit à l’audience du 5 mai.
Le tribunal renvoie à fin septembre, ordonne le maintien des contrôles judiciaires à l’identique, autorise toutefois le fils aîné à avoir des contacts avec sa mère, « sous réserve de la décision du juge des enfants ».
FSA

Notre article du 8 Mai :

Elle est du Creusot, pas lui. Elle a 39 ans, il en a 27 ans. Mariés, ils ont divorcé en 2016. Il a son propre logement. Depuis, ils ont eu ensemble deux enfants, âgés de 2 ans et demi, et de 10 mois, qui vivaient au domicile de leur maman, avec leurs 6 demi-frères et sœurs.
Des policiers du Creusot escorte le couple. Ils sont dans le box, à l’audience de comparutions immédiates de ce jeudi 7 mai. On ne verra pas leurs visages, ils portent des masques. Ils sont poursuivis pour avoir exercé des violences sur trois des huit enfants, depuis le mois d’octobre 2017.

Placement en urgence de 7 des enfants

La police a procédé à l’interpellation du couple hier. Le parquet a choisi ce jeudi même de l’orienter vers une comparution immédiate. Compte-tenu d’un rôle d’audience déjà trop chargé, et vu le délai bien trop court, le président n’a pas eu le temps de prendre connaissance de tout le dossier, il envisage un renvoi. Les deux prévenus demandent, de toute façon, un délai pour préparer leurs défenses.
Maître Ravat-Sandre, qui représente l’administrateur ad hoc désigné pour les trois mineurs, précise qu’elle fera des demandes de constitutions de parties civiles pour eux. Tous les enfants à l’exception du bébé ont été placés en urgence. Que s’est-il passé ?

Une information préoccupante il y a une semaine

Le 30 avril dernier, soit il y a tout juste une semaine, une information préoccupante est communiquée au parquet du tribunal de Chalon-sur-Saône. X, 12 ans, a parlé à son père des violences, des vexations et maltraitances psychologiques que sa mère et son beau-père, ou ex-beau-père, lui infligeaient.
Comment résumer ce que le président a rapidement évoqué ? Il faut imaginer cette maman, qui semble aimante, pour ce qu’elle en exprime à travers le souci pour ses petits placés si rapidement que l’un n’a pas ses « cache-œil », que l’autre n’a pas son traitement, etc., cette maman, donc, née en 1981, et qui, entre 2003 et 2019, met huit enfants au monde. Il y a plusieurs pères, donc plusieurs noms de famille, les derniers portent le sien.

La mère donnait les ordres par SMS

Il faut donc l’imaginer dans le pavillon dont elle est locataire à Torcy, avec cette tribu, faire exécuter les tâches ménagères par une de ses filles, âgée de 9 ans, et deux de ses fils âgés de 12 et 13 ans. Des enfants dotés de téléphones portables, qui recevaient les consignes par SMS, et devaient prendre des photos « avant » et « après », des surfaces ou des objets qu’ils devaient nettoyer.
De son lit elle pouvait demander qu’un des fils vienne fermer ses volets. A 12 ans, il a pris un coup à la tête parce qu’elle n’était pas satisfaite, une autre fois il a été jeté dehors, une nuit d’hiver, en tee-shirt et en tongs. Punition. Le beau-père a reconnu ces faits, exécutés à la demande de son ex-femme.

Enfants soumis au travail domestique, y compris la nuit

La petite-fille a contesté avoir dû faire le ménage, mais son téléphone a parlé pour elle. Elle pouvait trimer même au-delà de 22 heures, et les garçons plus tard encore, 1 heure du matin, et même 3 heures. On en pleure presque d’avoir à l’écrire tant ces pratiques sont insensées. Que les ordres et consignes soient donnés par SMS, quand tout le monde vit sous le même toit, ajoute une pointe de piment. Il brûle.
Le couple n’offre guère l’image de bourreaux, et pourtant. Si madame estime qu’elle a eu une enfance on ne peut plus habituelle, « jusqu’au décès de ma mère », monsieur, lui, a la voix et l’histoire d’un déshérité.

«Je m’en veux»

« Je tenais à dire à tout le monde que, à l’origine, je ne suis pas quelqu’un de violent envers un enfant, et je m’en veux. Ça impactera plus tard sur la vie de ces enfants. » Il porte le nom de sa mère, son père ne l’a reconnu qu’en 2002, mais finalement ce monsieur ne serait pas son père biologique. Il a vécu chez sa mère jusqu’à ses 16 ans, puis fut à la rue jusqu’à ses 21 ans. Il s’est drogué à l’héroïne, mais tient bon avec du Subutex depuis 2014. Le président l’en félicite, le prévenu lui dit « merci ».
On se doute qu’à la lecture de cet article, nombre de gens vont juger ce couple avant la justice, mais on tient à souligner à quel point, quand des faits sont si incroyablement durs et minéraux, à quel point la reconnaissance de l’humanité du prévenu par celui qui peut-être le jugera en août prochain, est importante.

 «Je suis très inquiète pour l’avenir de mes enfants, parce que je m’en veux»

L’union du prévenu avec madame l’a stabilisé, et depuis leur divorce, il a un logement pour lui, même s’il est encore avec elle, plus ou moins. « C’est compliqué ». Elle, elle n’a pas de casier. Elle a la garde de tous ses enfants, dont certains ne voient jamais leur père. Elle est allée au lycée, elle a deux BEP. Elle voudrait travailler en centre aéré, car elle a le BAFA et elle a aimé travailler avec les enfants. Le président lui renvoie en substance qu’elle peut faire une croix sur ce plan-là, vu ce qu’on lui reproche et dont elle devra rendre compte.
« Je suis quelqu’un de très angoissé, dit-elle d’une voix si douce. Et je suis très inquiète pour l’avenir de mes enfants, parce que je m’en veux. » L’émotion perce, elle écrase une larme puis boit une gorgée d’eau, après avoir demandé son accord à la policière qui se tient derrière elle.

Expertises psychiatriques avant le jugement

Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, estime que les deux peuvent être placés sous contrôle judiciaire. Maître Charrier et maître Duquennoy sont d’accord. « On envisage une ordonnance temporaire de placement pour les enfants, ou au moins une mesure d’assistance éducative, il n’y aura donc pas de réitération possible. »
Le tribunal ordonne le placement sous contrôle judiciaire de monsieur et de madame, chacun chez soi, interdiction totale de contact entre eux, obligation de soins, interdiction de tout travail au contact d’enfants. Monsieur ira pointer au commissariat une fois par semaine. Un expert-psychiatre est désigné. Le jugement est fixé au 10 août. « On va prier pour le que les expertises soient rentrées. »
Florence Saint-Arroman

(photo d'illustration)