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> Faits Divers > Dans la Région du Creusot
07/10/2022 17:45
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TORCY : Interpellé à cause de sa voiture accidentée, adepte la cocaïne le matin, il dort en prison

«J’ai l’air d’un drogué, là ?» Il ne désarme pas. Le 3 octobre, une patrouille de police repère, sur le boulevard des abattoirs à Torcy, un véhicule dont l’arrière est accidenté et les policiers reconnaissent le conducteur.
Il ferait l’objet d’une suspension de permis (en fait le tribunal requalifiera en conduite avec permis non prorogé, ndla), et puis la voiture n’est pas assurée, et puis il est positif « à des produits cocaïniques ». Il a 55 ans, il est divorcé, il a eu 5 enfants, il vit seul avec son chien (pour lequel il s’inquiète beaucoup, puisqu’il n’est pas rentré chez lui depuis ce fameux contrôle). Il est jugé selon la procédure de comparution immédiate, ce jeudi 6 octobre.    

A quoi bon s’assurer quand on n’a pas d’accident ?
Comme si ça ne suffisait pas qu’on soit déjà en début de soirée, il faut que le prévenu coupe la parole en permanence, discute de tout et visiblement baratine pas mal. Il avait de la cocaïne dans le sang, mais c’était « à mon insu ». 

Reprenons dans l’ordre : pas d’assurance… Pourquoi ? Il semble dé-ten-du : « Elles sont trop chères. Écoutez, madame, j’ai eu mon permis en 93, j’ai jamais eu un accident, alors, assuré, pas assuré… »
                   
« Ah ben non ! - Ah si ! »
Les stups, c’est pas de sa faute : « J’étais chez un ami, lundi matin. Il fumait des cigarettes, j’ai tiré dessus, mais c’était pas une cigarette, voilà. On m’a pris même pas deux heures après. J’ai fait 700 mètres que la police était déjà derrière moi. » La présidente Berthault : « Mais ! Vous avez déjà été condamné pour des faits liés aux stupéfiants. » Le prévenu, catégorique : « Ah ben non ! » La présidente, catégorique elle aussi : « Ah si ! » En 2013, une peine de 4 ans de prison dont 2 ans et 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve pendant 2 ans, pour trafic de stupéfiants. « Il n’y avait pas l’usage », relèvera maître Seriot.
    
Cocaïne et ammoniaque dès potron-minet
Le problème lié à son permis de conduire : « Mon permis, il n’a plus de points, mais moi, j’ai dit que tant que je ne reçois pas de lettre de la Préfecture, eh bien je continue à conduire. J’en connais, ils n’ont plus de points depuis 10 ans et ils conduisent. Il y a une faille, alors…
Et puis moi je ne savais pas qu’il fallait passer une visite médicale ! » Une juge assesseur revient sur la cocaïne à son insu : « Monsieur, ça ne se fume pas en cigarette, la cocaïne. » Le prévenu ne se démonte pas, et montre qu’il en connaît un brin sur la question : « Si, si, elle se fume ! Et là, elle était basée avec de l’ammoniaque. - Donc vous saviez bien ce que vous preniez. – Je ne pensais pas être positif avec si peu. »
    
Soumis à l’obligation de travailler, il ne cherche pas, parce qu’il est « fatigué »
Alors, parmi les 8 mentions qui figurent à son casier judiciaire, l’une date de 2020. 15 mois de prison assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans pour outrage, rébellion, conduite sans assurance (et hop, on relève la récidive), harcèlement et refus de se soumettre au dépistage des produits stupéfiants.
Le juge de l’application des peines a ordonné la révocation de 12 mois du sursis, le mois dernier. « Mais pourquoi ? » s’indigne le prévenu. Alors la présidente reprend le rapport du service pénitentiaire d’insertion et de probation : ne justifie pas de sa situation financière, a eu un rappel de ses obligations, n’a qu’une présence ponctuelle aux convocations, a une obligation de travail, a travaillé 2 jours et ne cherche pas parce qu’il est « fatigué ». Le prévenu commente : « C’est bien vrai. »

Tout revêtu d’infractions, il se rendait au greffe pour faire appel
Il fait l’indigné mais en réalité, et son avocat nous l’apprend, ce lundi matin monsieur se rendait au greffe pour faire appel de cette décision. Sans permis en règle, au volant d’une VW pas assurée, et imprégné de cocaïne, roulez jeunesse. Et puis là, de toute façon, il râle parce que justement il a rendez-vous « demain, avec ma conseillère pôle-emploi, pour un travail, et ma chance, je vais la louper ! »
« Les propos de monsieur sont affligeants » constate sobrement Charles Prost, vice-procureur, qui requiert la peine de 12 mois de prison avec maintien en détention, l’annulation de son permis, et une amende.

Les infractions n’ont causé aucun dommage, « ne l’oublions pas »
Maître Seriot reconnaît qu’à tout le moins le prévenu donne « des réponses inadaptées à la situation ». L’avocat trace en deux coups de crayon le portrait de cet homme de 55 ans qui « croyant faire usage d’un droit (faire appel d’une décision), commet trois infractions », rappelle que les condamnations sont espacées, qu’il doit vivre avec 500 euros par mois et qu’on peut entendre que s’assurer soit un luxe dans ces conditions, que de surcroît « il n’a jamais été dessaisi de son permis de conduire », et qu’au final les infractions n’ont causé aucun dommage, « ne l’oublions pas ».
Pendant qu’il plaide, son client demande des clopes aux membres de sa famille assis au fond de la salle.

6 mois ferme
Le tribunal réduit le quantum requis, déclare monsieur coupable, le condamne à la peine de 6 mois de prison avec maintien en détention, annule son permis de conduire et fixe une amende à 150 euros. Il est satisfait, dit-il, et enfin rassuré pour son chien : de bonnes âmes lui donnent à boire et à manger. Ouf.
Florence Saint-Arroman