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> Faits Divers > Au Creusot
07/04/2020 14:20
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TRIBUNAL : Elle avait du cannabis caché entre ses fesses... Une Creusotine de 47 ans condamnée à rester en prison

Elle a été jugée en visioconférence.
Elle avait été reconnue par les Policiers en train de rouler sans permis... Doublement dommage pour elle, car la voiture était bien garnie. Mais pas seulement. Elle avait du cannabis dissimulé entre ses fesses.
Le tribunal a été sévère.
« Pour vous, prendre de la drogue une fois par mois, c’est une consommation habituelle… mais pour moi, consommatrice de longue date, c’est exceptionnel. » Elle a raison. Il est impossible de se rendre compte ce que cette restriction représente dans la vie d’une femme qui depuis bientôt 25 ans est dépendante des drogues. Plus de la moitié de sa vie. Elle a 47 ans.

De grandes avancées, mais

Le 6 mars dernier (la vie d’avant le confinement, qui nous semble déjà si loin), au Creusot, les policiers reconnaissent une conductrice qui n’a pas le droit de conduire, son permis a été annulé. Contrôle positif : elle a pris du cannabis, de l’héroïne, de la cocaïne. Contrôle positif : sa voiture n’est pas assurée.
Fouille positive : entre ses fesses elle a planqué 23 grammes de cannabis qu’elle venait d’acheter au quartier du Tennis. Elle aurait dû rentrer chez elle directement, mais son compagnon lui a demandé de vite aller chercher quelques courses, c’est ainsi qu’elle a croisé une patrouille. Du coup on perquisitionne chez elle le jour même. Perquisition positive : un peu d’héroïne, un peu de cocaïne et un peu de cannabis.

La voilà mise au pied de son mur, une fois encore, à remâcher sa vie sous toxiques

Mais « un peu » quand il s’agit de substances prohibées, ça veut dire beaucoup aux yeux de la loi. Et puis tout ce positif n’est que du négatif à porter au tableau judiciaire de cette prévenue, car elle est en état de récidive légale pour tout. Le président Dufour a le souvenir du jugement de décembre dernier, il lui avait dit : « C’est un pari : vous êtes sur la bonne voie, à vous de persister, et de nous montrer que nous avons eu raison. Ça ne dépend que de vous. » Elle avait été condamnée à 10 mois de prison, peine aménageable, mais voilà elle a été mise à exécution le 7 mars, donc cette femme est en train de faire les 10 mois.
Entretemps le Covid-19 a mis le monde entier sous cloche, entretemps la peur et l’anxiété ont produit leurs effets partout alors que le ciel partout s’éclaircit, lavé de la pollution intensive et des traces laissées par le trafic aérien.
La voilà coincée dans un bâtiment pénitentiaire, à absorber les nouvelles alarmantes, les consignes contradictoires, les espoirs messianiques comme le pessimisme cynique. La voilà au pied de son mur, une fois encore, à remâcher sa vie sous toxiques et ses conséquences. Parmi elles, de grandes difficultés respiratoires qui s’entendent à chaque expiration, à chaque inspiration. Le ciel respire mieux, pas elle.  

Visioconférence cause état d’urgence sanitaire

L’audience de comparution immédiate se déroule en visioconférence ce lundi 6 avril, pour cause « d’état d’urgence sanitaire », précise d’emblée le président Dufour. La justice a pris le pli, tout le monde a pris le pli. La prévenue est donc restée à la prison pour femmes de Dijon. Le président la confronte : « Vous dites que vous ne prenez qu’exceptionnellement de la drogue, mais à chaque contrôle vous êtes positive. » Le fait est.

Lourdes réquisitions

La substitut du procureur, Marie-Lucie Hooker, reprend les rapports du conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation et du juge d’application des peines. Elle relève les avancées avérées de cette femme dont on peut remarquer le courage, à lutter ainsi contre ce qui la fait dévisser, à reconquérir sa capacité à travailler, à moins se droguer. « Elle avait repris du poids, elle travaillait. »
Mais. Mais nous sommes en justice et il est rarissime que les réquisitions échappent à la logique de la balance faite entre un casier judiciaire (12 mentions), les faits reprochés, l’état de récidive, etc. Donc, même si la magistrate salue en quelque sorte la réussite d’un dispositif en milieu ouvert tout entier dédié à soutenir et pousser la prévenue vers un sevrage et une vie plus structurante, elle requiert une peine lourde (en tout, 2 ans de prison ferme et 2 ans de sursis probatoire*).

« Il faut préserver l’après » plaide l’avocate

Maître Lépine trouve la logique un peu sommaire, « comme avec nos enfants, à qui on dit ‘je te l’ai dit, une fois, deux fois, et maintenant je te punis’ ». Sommaire, et infantilisante, donc. « Il faut préserver l’après », plaide l’avocate. L’argument a une profondeur particulière dans un contexte où le pays entier est suspendu à « la vie d’après ».
Faut-il grever cette vie possible et nécessaire au motif qu’on n’a pas su conduire son présent comme on l’aurait voulu, faute de l’avoir pu ? Les infractions commises sont-elles si graves que ça ?

« …au final je suis devenue ce genre de personne »

La société dit que oui. La prévenue est abattue. Au jugement de décembre, elle avait expliqué : « « En 1996, après les violences conjugales on a placé ma fille. C’est ça qui a fait. J’arrivais pas à comprendre qu’on puisse se détruire comme ça, et au final je suis devenue ce genre de personne. Quand on m’a enlevé ma fille… je sais pas… je n’avais plus de but. J’ai d’abord pris des drogues de synthèse et puis de l’héroïne. » «
 C’est déjà bien, de ne consommer qu’en début de mois », poursuit maître Lépine, ce 6 avril. Sa cliente pleure et pleure encore. En décembre, c’était maître Guignard qui la défendait, il avait pleuré aussi. Cette haine sociale, pourquoi ?

21 mois de prison s’ajoutent aux 10 mois en cours

Le tribunal la condamne à 3 ans de prison dont 2 ans assortis d’un sursis probatoire renforcé. Obligations de soins (psycho et addicto), de travailler, et d’intégrer le dispositif AIR (accompagnement individuel renforcé). Maintien en détention pour la partie ferme, et incarcération immédiate pour les 9 mois de sursis antérieur qui sont révoqués. 31 mois de prison en tout (avec les 10 mois qu’elle purge actuellement). Si seulement ça pouvait l’aider.
En prison, elle prend de la méthadone (qu’elle prenait avant aussi). L’addiction à la méthadone est désastreuse mais admise, puis la loi ne l’interdit pas.
Florence Saint-Arroman

* Sursis probatoire : depuis le 24 mars, c’est le nouveau nom du sursis mis à l’épreuve, de la même façon que le tribunal de grande instance s’appelle désormais « tribunal judiciaire ».