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> Faits Divers > Au Creusot
30/11/2021 03:17
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LE CREUSOT : Les anxiolytiques n’ont pas suffi à ce que le jeune homme garde le contrôle de lui-même

Le jeune homme, qui était en récidive légale, est parti pour passer Noël en prison...
Quelle image de la justice les victimes qui viennent parler à la barre mais qu’on n’entend pas, peuvent-elles garder ? Celle-ci est jeune mais sait faire face : dans la nuit du 19 au 20 novembre, elle a été pénible toute la soirée, elle a même fait « une crise », et ça a tourné en boudin. Il est dans le box, ce lundi 29 novembre.

« Carences affectives et éducatives »
Elle sort avec un gars d’Etang-sur-Arroux depuis 5 mois. « C’est une bonne personne », dit-elle au tribunal, « sauf quand il boit ». Bon. Le prévenu a 28 ans, une histoire personnelle cruelle, des antécédents judiciaires et une jalousie pathologique.

Lors de faits précédents il a été soumis deux fois à des expertises psychiatriques qui parlent de ses « carences affectives et éducatives », de sa difficulté à supporter la frustration, de cette jalousie qui lui pourrit la vie et finit par pourrir celle de ses copines, de son rapport à l’alcool qui excite la jalousie, mais il exprime « honte et regrets ». Cela le rend « curable et réadaptable », s’il prend « ses traitements ».
La croyance dans la force du remède chimique pour compenser des carences issues d’enfances maltraitées nous laisse toujours un peu pantois, d’autant que démonstration est souvent faite à l’audience que ça ne marche pas vraiment, sauf à être drogué au-delà de ce qui est acceptable. Mais c’est comme ça, c’est la société actuelle qui entend « gérer les problèmes » qui est la source de ces croyances ou de ces choix.

Alcool, angoisse et oppression
Bref, les anxiolytiques n’ont pas suffi à ce que le jeune homme garde le contrôle de lui-même. Poussé à bout par une jeune femme qui l’oppresse, l’angoisse, à force, et par une scène excessivement « drama », il a passé les bornes. Ils avaient trop bu tous les deux.
C’est la nuit, il la raccompagne chez elle, elle veut qu’il la laisse descendre de voiture, il obtempère, elle est en campagne, elle le rappelle pour qu’il revienne, etc., l’élastique finit par casser : elle ramasse une gifle, il lui fait un croche-pied, elle tombe… Les violences sont constituées, mais ce n’est pas le fond du problème que pose cette audience de comparution immédiate ce lundi 29 novembre.

Le prévenu est en état de récidive légale et sous suivi socio-judiciaire
Le fond du problème, puisqu’aussi bien la façon dont la justice est rendue nous parle de l’état de la société (et réciproquement), ainsi que de l’idée de la justice qui prévaut à l’instant T, l’avocat du prévenu l’expose. Pour comprendre, il faut savoir que la jeune femme est allée faire une main courante, poussée par ses frères qui ont estimé qu’il fallait poser des limites à une situation fragile et parfois violente : le prévenu est facilement en colère et on sait ce qu’il en est de la violence des colériques.
La première des violences, parce qu’elle fait effraction chez l’autre, elle est dans leurs colères. Mais la jeune femme ne veut pas déposer plainte, et on l’assure, dit-elle, « que ça n’ira pas plus loin ». Or le prévenu est en état de récidive légale et sous suivi socio-judiciaire, le parquet engage donc des poursuites. Jusqu’ici rien d’anormal : certaines victimes se laissent maltraiter, la société veut donc les protéger, y compris à leurs corps défendants. Mais.

La victime sait, et dit, qu’elle est pour quelque chose dans le tragique de la soirée
Pourquoi ne veut-elle pas déposer plainte ? D’une part parce qu’elle pense que « c’est une bonne personne », et qu’avec des soins, il ira mieux. D’autre part parce qu’elle sait, et a l’honnêteté de le reconnaître, qu’elle est pour quelque chose dans le tragique de la soirée. Ce dernier point ne semble convenir à aucun des magistrats, on ne pense pas l’interaction, non. Au contraire, on coince le prévenu contre un mur.
Il doit dire qu’il est responsable, d’ailleurs il le reconnaît, mais ça ne change rien (sauf pénalement, of course – mais penser l’interaction n’empêche nullement la sanction pénale) au fond du problème : la relation entre lui et sa copine n’était pas bonne, et les deux y mettaient du leur. Lui, dévoré par une jalousie sans rapport avec elle, elle, parce qu’elle sait « ne pas être gentille », puis lui hurler dessus jusqu’à ce que l’angoisse pointe son nez. Et l’angoisse, c’est difficilement supportable.

« Est-ce que faire œuvre de justice, c’est appliquer la théorie ? »
Le schéma à l’œuvre pendant l’audience revient à une équation qui fonctionne dans certains dossiers mais pas forcément dans tous : il y a un coupable et une malheureuse. Dans ces conditions, si la victime vient nuancer le paysage, c’est sûrement parce qu’elle est dans le déni de quelque chose.
Celle-ci ne semble pas l’être et maître Diry s’interroge : « Est-ce que faire œuvre de justice, c’est appliquer la théorie, ou entendre ce que dit cette victime ? Son comportement à elle a eu une incidence sur ce qui s’est passé. » Appliquer la théorie, c’est additionner le casier judiciaire du prévenu, affirmer qu’il minore la gravité de ses actes, et relever l’état de récidive légale (qui double la peine encourue). L’avocat répond : « Jusqu’où peut-on s’affranchir de la parole de la victime ? »
C’est une question importante, car elle rappelle aux magistrats qu’ils doivent faire preuve de discernement(1). Et puis, le prévenu se situe dans une moyenne intellectuelle dite « basse », « il faut lui laisser le temps et s’adapter à ses capacités ».

Maintien en détention pour 8 mois
Au terme de 20 minutes de délibéré, le tribunal condamne le prévenu à une peine de 12 mois de prison dont 4 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Ordonne le maintien en prison pour la partie ferme. A sa sortie : obligation de travailler, de suivre des soins en psychiatrie, interdiction de tout contact avec la victime ainsi que de paraître à son domicile.
Il devra payer les 127 euros de droit fixe de procédure*, mais il aura 20 % de réduction s’il paie dans le mois.
Il disait : « Elle m’a crié dessus tout le long du trajet. J’étais oppressé, je voulais partir mais elle m’a rappelé pour que je vienne la chercher. » Elle disait : « Ben, lui, je le connais. Il a juste besoin d’être soigné. J’ai un frère qui est schizophrène : quand il prend ses médicaments, ça va, quand il ne les prend pas, ça ne va pas. »
Florence Saint-Arroman

* https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/L...

(1) A toutes fins utiles et puisque les temps sont si intolérants à la réflexion, nous précisons que nous ne défendons en aucune façon une quelconque légitimation de la violence, bien au contraire. Mais faire l’effort de mettre en évidence les jeux qui se jouent parfois entre deux personnes et qui concourent à générer de la violence, c’est faire œuvre, sinon de justice, au moins d’éducation. Elle est nécessaire aux prévenus comme aux victimes.