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> Faits Divers > Au Creusot
11/04/2025 03:16
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LE CREUSOT : Le tribunal a passé la rixe au scanner et a rendu son verdict

Trois hommes se sont battus, à deux contre un, dans la nuit du 6 avril au Creusot. Seul l’un d’eux est jugé, ce 10 avril, en comparution immédiate. La lecture du dossier selon le parquet : celui qui est dans le box portait deux armes et a attendu les autres « pour en découdre ». La décision du tribunal dira autre chose.
Le procureur à l’audience attaque ses réquisitions ainsi : « Une phrase résume ce dossier : les apparences sont parfois trompeuses. » Pourquoi ? Parce que lorsque les policiers sont arrivés sur la scène, vers 1h25 du matin le 6 avril, que voient-ils ? Ils voient un homme à terre, et deux autres qui sont sur lui et le frappent. D’ailleurs l’un d’eux, B., prend la fuite en les voyant : c’est celui-ci qu’on place d’abord en garde à vue.
Celui qui est au sol semble être victime. Lorsqu’il entre dans le box, ce jeudi, on remarque immédiatement à quel point il est amoché. La présidente le lui dira aussi, avec ce même terme : « Vous êtes bien amoché. »
Il a 10 jours d’ITT, les deux autres ne sont pas poursuivis, ni présents ni représentés à l’audience. Ils n’ont pas déposé plainte, ne se constituent donc pas parties civiles, ne demandent pas à être indemnisés, mais sur la foi de leurs déclarations, la victime est devenue prévenu. L'homme est en détention provisoire depuis le 8 avril.

A la charge du prévenu :
- son casier judiciaire – 12 condamnations dont 3 pour des violences -,
- sa situation pénale – il est sous main de justice, en sursis probatoire pour une conduite malgré injonction de restituer le permis et sans assurance, en récidive -,
- et les déclarations de B. et R. qui ont soutenu, chacun de leur côté, qu’ils n’étaient pas porteurs d’armes, et que le couteau (un rasoir type coupe-chou) trouvé sur les lieux, c’est bien le prévenu qui le tenait, ainsi qu’une matraque télescopique.

Les faits
Le prévenu, âgé de 58 ans, s’était rendu ce soir-là dans un bar du Creusot parce qu’il est fondu de musique et qu’on en jouait. Le gérant du bar le connaît, c’est un habitué et jamais il ne l’a vu ivre.
La soirée était tranquille quand B. est arrivé, accompagné d’un ami, R.
Il faut savoir que B. vit dans l’appartement juste en dessous que celui du prévenu, et qu’entre eux, visiblement le courant est nerveux.
Ce soir-là, le prévenu dit que B. et R. l’insultaient, et puis lui ont lancé des cacahuètes dans le dos. Le gérant les a vu faire une fois. Le ton monte, et le prévenu a dit à B. : « Si tu as un problème tu peux venir me voir. » Il lui aurait également lancé : « On en reparlera. » Et puis il est parti. C’est le gérant qui a demandé aux deux autres de partir également. Ils se sont exécutés, calmement. Sont allés dans un autre bar boire encore, sont repassés devant le premier bar, « éméchés » mais toujours « calmes », selon le gérant.
Pendant ce temps-là, le futur prévenu était rentré chez lui, et, dit-il à l’audience, a pris sa matraque télescopique pour ensuite sortir son chien, « en cas de défense », « pendant 1h30 », ce qui fait long, remarque la présidente.
Toujours est-il que lorsque les deux autres sont arrivés, il était là. Il reconnaît avoir frappé le premier, avec sa matraque mais conteste vigoureusement avoir eu le moindre couteau sur lui.

Des coupures par lame dont l’origine reste inexpliquée
Le problème c’est que les deux autres (dont l’un avait saisi un tube en fer pour le frapper à son tour), ont maintenu que ce couteau n’était pas à eux. B. a une coupure à une main (zéro jour d’ITT), R., lui, a trois blessures causées par la lame du coupe-chou, une au tibia, deux à la cuisse (2 jours d’ITT).
Du coup la présidente insiste, mais le prévenu ne cède rien sur ce point.
Il reconnaît, on l’a dit, avoir frappé le premier. « Ils m’insultaient. » Les deux autres disent que c’est lui qui a marché sur eux, leur disant : « Vous allez voir. »
Et ce couteau, alors ? « Dans la confusion, j’essayais d’attraper le couteau. »
Info, intox, allez savoir. Les deux autres ne sont pas venus à l’audience, donc il faut faire avec leur défection.

Ce n’était donc pas que pour des cacahuètes
La présidente résume : « D’abord une histoire de cacahuètes, puis vous leur dites ‘on n’en restera pas là’, puis vous vous trouvez dans la rue, armé… Vu votre casier, vous connaissez les enjeux, monsieur ?
- Oui, oui. J’ai pas réfléchi à tout ça, sur le moment. »
L’homme dit aussi de B. « Il me met la pression au quotidien, il m’invective dès qu’il le peut. »
Son avocate intervient opportunément pour apprendre au tribunal que la famille du prévenu a vidé son appartement et récupéré le chien (« Il y avait donc bien un chien », remarque la présidente – car il n’en est pas fait mention dans la procédure), et qu’un ami, « professeur de musique », veut bien héberger le prévenu « en dehors du Creusot ».

« Les deux hommes arrivent. X (le prévenu) les attend et les attaque. R. et B. voient rouge »
Le procureur développe ses arguments, en particulier sur le point couteau : « Il nie, mais le déroulement de la bagarre montre que c’est lui, puisque les deux autres sont blessés par une lame. » Le magistrat voit les choses ainsi : « Les deux hommes arrivent. X (le prévenu) les attend et les attaque. R. et B. voient rouge, « je suis devenu fou » a déclaré B., et ils portent des coups. On peut se dire qu’heureusement qu’ils étaient deux… »
(Le fait est que la scène a dû être d’une violence pas possible (au point qu’on s’est demandé, pendant l’audience, pourquoi les deux autres n’étaient pas poursuivis aussi, au final). L’état du prévenu en dit quelque chose, ndla.)
Le procureur requiert une peine de 30 mois de prison (le prévenu souffle, pour encaisser) dont 10 seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 3 ans, et puis il demande la révocation du sursis probatoire, soit 4 mois, et mandat de dépôt pour le tout, soit 24 mois.

« On lui a lancé des cacahuètes dessus, c’est un acte humiliant »
« Monsieur se présente devant vous avec une certaine amertume » commence l’avocate de la défense, qui elle aussi va poser ses arguments. « Il a été passé à tabac », « oui, il est défavorablement connu, mais depuis 8 ans, n’a plus commis de faits de violence », « on lui a lancé des cacahuètes dessus, c’est un acte humiliant, avilissant, et en plus dans un lieu où il est connu ».

« Il a 10 jours d’ITT et un doigt cassé : il a plus subi et reçu de coups qu’il n’en a donné »
Lecture contre lecture (du dossier), celle de la défense tient la route également. « S’il avait voulu être à l’origine des violences, il l’aurait fait devant le bar. Et puis, il savait bien qu’à deux contre lui, il n’en sortirait pas vainqueur. Il a 10 jours d’ITT et un doigt cassé : il a plus subi et reçu de coups qu’il n’en a donné. »
Sur les armes : « R. a ramassé une barre de fer, donc on ne pas soutenir qu’il n’était pas armé. Et rien, rien ne prouve que monsieur détenait le couteau de type coupe-chou. »

« Il y a un partage de responsabilités et les deux autres ne sont pas venus à l’audience »
« Je pense qu’il s’est défendu contre deux hommes dont il avait peur. B. est à l’origine de la provocation dans le bar. De surcroît, B. et R. ont menti sur le jet de cacahuètes. Ils provoquent monsieur depuis des mois. C’était un passage à tabac contre lui, et non un guet-apens tendu par lui. Et quand on voit son état psychologique et physique… » L’avocate est ferme : « Il y a un partage de responsabilités et les deux autres ne sont pas venus à l’audience. » Elle demande au tribunal de revoir les réquisitions à la baisse et ne pas incarcérer cet homme qui par ailleurs « est investi dans son sursis probatoire ».
Le prévenu a la parole en dernier, se contente de lâcher sobrement : « Je me sens victime. »

« Le tribunal, au vu du contexte, estime qu’il n’y a pas à vous envoyer en prison aujourd’hui »
Le tribunal, après avoir délibéré, dit l’homme coupable de violence avec usage ou menace d’une arme contre deux hommes, le condamne à la peine de 18 mois de prison dont 10 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de travailler (il vivote avec l’ASS), de suivre des soins psychologiques ; avec les interdictions suivantes : celle de paraître au Creusot, d’avoir le moindre contact avec les victimes.
Le tribunal révoque en outre 2 mois du sursis antérieur.
Ça fait 10 mois de prison ferme.
« Le tribunal, au vu du contexte, estime qu’il n’y a pas à vous envoyer en prison aujourd’hui, mais vous irez rencontrer un juge de l’application des peines pour faire une demande d’aménagement de peine, avec des justificatifs. C’est une mesure de confiance, à vous de vous en saisir. »
L’homme est soulagé. Juste avant que le tribunal ne rende sa décision, il pleurait.
FSA



Notre premier article :
L’alcool fait des ravages… Pour preuve, au cours du week-end, trois hommes bien enivrés en sont venus aux mains… Enfin, ça c’était au début, car chacun a sorti son arme par destination. Un tube de fer pour l’un, une matraque télescopique pour le deuxième et un couteau pour le dernier.
Les trois ont été blessés, mais après soins aucun n’a été hospitalisé. Par contre les trois se sont retrouvés au commissariat de Police pour être entendus et ils ont dû s’expliquer., après cette bagarre survenue dans le quartier Saint-Charles.
Le parquet a demandé la présentation du principal protagoniste. Celui qui avait usé d’une matraque télescopique… Il ne s’agit pas d’un perdreau de l’année, puisqu’il est âgé de 58 ans et domicilié au Creusot, comme les autres impliqués. Le bientôt sexagénaire a été placé en détention provisoire à Varennes le Grand, dans l’attente de son jugement, en comparution immédiate, ce jeudi.


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