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> Faits Divers > Au Creusot
26/10/2020 20:05
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LE CREUSOT : Ce sont les voisins qui ont appelé la Police et fait tomber le mari très violent

«Il me tabassait tout le temps, fallait rien lui dire. Oh non j’en veux plus chez moi (sa voix se casse), je ne veux plus le voir»... lâche la femme. Le mari est condamné et reste derrière les barreaux.

Nous sommes le 26 octobre 2020 et nous vivons, en Saône et Loire comme une partie du pays, sous liberté contrainte, avec des interdictions (sortir après 21 heures, boire de l’alcool sur la voie publique, etc.*) et des obligations (se désinfecter les mains à chaque entrée d’un lieu public, porter un masque). Nos libertés fondamentales** sont restreintes, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire décrété pour endiguer l’épidémie de Covid-19.
Chacun éprouve de plus ou moins grandes difficultés à vivre ainsi, mais la vie dans les prétoires étant ce qu’elle est, on y croise immédiatement pire, comme cette femme qui avait perdu presque toute sa liberté, ainsi que son intégrité physique, morale et psychique.
 
Des profils modestes sur tous les plans
Une femme « vulnérable psychiquement » - dit la présidente -, qui vit au Creusot, en couple depuis au moins 15 ans avec cet homme, né en Algérie en 1961. Un homme marié puis divorcé (un enfant), puis en couple (deux enfants) puis avec madame X. Un homme qui ne travaille plus depuis 2 ans, moment où madame dit que leur relation s’est considérablement dégradée. Un homme qui perçoit l’allocation pour adultes handicapé, pour des problèmes neurologiques, comprend-on lorsque la présidente relève que l’expert psychiatre n’en a vu aucun signe pendant le temps de l’expertise. Un homme qui boit pas mal et qui était en sursis mis à l’épreuve jusqu’au 30 juillet dernier.
 
Plusieurs témoignages du voisinage
Quatre jours plus tard, le 3 août en début de soirée, une des voisines du couple appelle la police. Elle entend une scène de violences et ce n’est pas la première fois. La police intervient au domicile. Plusieurs voisins témoignent dans le même sens.
L’homme est placé sous contrôle judiciaire, il doit quitter le domicile de sa conjointe et va vivre dans un foyer, mais le 30 août une jeune fille qui loge également là, l’accuse d’attouchements sexuels, il est alors placé en détention provisoire. Il sera jugé mi-novembre sur ces faits car l’expertise psychiatrique de la victime n’est pas faite. Il dit qu’il est accusé injustement.
 
10 jours d’ITT - il fut déjà condamné pour des violences sur elle
Et le 3 août ? Il reconnaît laborieusement avoir « perdu le contrôle, une fois » et donné « un coup derrière la tête ». Le médecin constate une plaie à la tête mais aussi un état anxieux important chez la victime, qui n’a de cesse d’insister auprès des policiers qu’ils écrivent clairement que ce n’est pas elle qui les a appelés.
Elle a 10 jours d’ITT. Il a un casier judiciaire, condamné 8 fois dont 2 pour violences, et plusieurs fois pour conduites sous l’empire de l’alcool. En 2006, il avait mis le feu à l’appartement de madame. Et puis elle a déjà été reconnue victime de lui devant un tribunal en 2013. Il avait fait 3 mois de prison mais elle ne s’en souvient pas. Par contre, lorsqu’elle a la parole ce lundi 26 octobre, ça sort tout seul.
 
«Oh non j’en veux plus chez moi (sa voix se casse), je ne veux plus le voir »
« Y m’a pissé dessus, jeté son portable, c’est quoi tout ça ? Quand je rentre chez moi, j’ai même pas envie de rentrer. C’est moi qui paie toutes les factures. Je cachais mon argent et mon chéquier, et je prenais 7 cachets pour dormir.
Le 3 août il m’a tabassée sur la tête, il me tabassait tout le temps, fallait rien lui dire. Oh non j’en veux plus chez moi (sa voix se casse), je ne veux plus le voir. »
La procédure rapporte que ce monsieur avait la fâcheuse manie de vouloir tuer tous les gens, et tout particulièrement sa compagne, surtout si elle appelait la police. Terrorisée, elle s’en est bien gardé. La présidente pose plusieurs questions précises sur les bruits que les voisins ont entendus, puisque le prévenu conteste leurs témoignages.
Il répond à côté, dit qu’il n’était pas au domicile quand les policiers l’ont interpellé, sous entendant qu’il n’était pour rien dans la scène bruyante, etc. « J’ai l’impression que vous n’avez pas compris », constate, stoïque, la présidente Catala.
 
«C’est toujours lui la victime !»
Il ressort de la plaidoirie de maître Mirek que ce couple n’avait certes pas une relation enviable mais qu’elle a duré longtemps et que madame, dans sa volonté d’y mettre fin, noircit le tableau ; mais il ressort de la plaidoirie de maître Varlet (pour la victime) que monsieur traitait sa compagne « comme une chose », et les réquisitions sont claires et nettes.
Pour une fois dans un dossier de violences conjugales on a plusieurs témoignages (et qui racontent des violences, sinon habituelles, du moins fréquentes, ndla), développe Aurélie Larcher pour le ministère public, et puis l’attitude du prévenu qui justifie ses violences par le comportement de la victime (il disait en audition :
« vous-mêmes, vous ne tiendriez pas face à elle ») montre qu’il « n’a rien compris à ce qui le conduit devant le tribunal aujourd’hui ». Elle requiert 15 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis probatoire, incarcération pour la partie ferme. « C’est toujours lui la victime ! »
Le mot de la fin revient au prévenu qui renforce sans le vouloir les réquisitions : « Que voulez-vous que je vous dise ? Moi j’ai passé 15-16 ans avec elle, et j’ai jamais posé plainte contre elle. »
 
9 mois de prison ferme puis 2 ans de probation
Le tribunal le condamne à 15 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligations de soins (addicto/alcool et psychologiques), interdiction de contact avec la victime, interdiction de paraître à son domicile. Il devra l’indemniser à hauteur de 1200 euros. Comme il est en détention provisoire pour les faits de fin août, il reste sous ce statut, il exécutera les 9 mois ferme dans la foulée, vraisemblablement. La victime peut rentrer chez elle tranquillement, l'heure du couvre-feu lui en laisse le temps.
Florence Saint-Arroman
 
* Le détail des mesures en Saône et Loire est ici :
http://www.saone-et-loire.gouv.fr/passage-en-etat-...
** La liberté d’aller et venir, la liberté de réunion, la liberté de manifestation.