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> Faits Divers > Au Creusot
23/06/2020 08:00
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LE CREUSOT : «Alors, est-ce que madame boit parce que celui-ci lui mène une vie impossible, ou la vie est-elle impossible parce qu’elle boit ?»

«Papa dit que maman est alcoolique»... Violence et harcèlement étaient jugés lundi.
« Papa dit que maman est alcoolique. » Ce sobre extrait de l’audition d’un des enfants pose le cadre. Deux heures de plongée dans une vie de couple et de famille qui échoue à la barre de l’audience de comparutions immédiates ce lundi 22 juin. Le père comparaît libre, il vit sous contrôle judiciaire depuis 3 mois. Il est poursuivi pour violence sur son épouse le 9 septembre dernier au Creusot, et pour harcèlement également, mais toujours sur la journée du 9, ce qui a peu de sens, il sera relaxé sur ce point.
Ils sont venus en France pour travailler, tous deux d’une catégorie socio professionnelle peu courue au pénal où l’on voit surtout des gens modestes voire pauvres, voire très pauvres. Il a 48 ans, il connaît sa femme depuis 25 ans, ils ont deux enfants. Son avocate, maître Charbonnel, place l’enjeu de l’audience lors de sa plaidoirie : « Alors, est-ce que madame boit parce que celui-ci lui mène une vie impossible, ou la vie est-elle impossible parce qu’elle boit ? » Elle a posé plainte le 18 mars dernier, il fallait bien que des tiers mettent fin à ce cirque, elle veut la séparation.
 
Un logiciel qui trace l’envoi de messages
 
Du côté de l’époux, des comportements déplaisants. Il place une application sur le téléphone de sa femme pour savoir à quel moment elle envoie des messages, et en quel nombre. Elle le savait, mais, fait observer un des juges assesseurs : « quel impact ça peut avoir sur elle, de consentir à cela ? » Elle fut plusieurs fois hospitalisée, un médecin note « une souffrance psychique ayant un impact sur son quotidien ». Un médecin légiste l’examine dans le cadre de la procédure : « anxiété généralisée, hypervigilance, insécurité ». Tout vient dire une souffrance importante et des signes forts parlent de maltraitance.
 
Tableau complexe
 
Mais le tableau se complique car cette femme souffre également de fragilités personnelles : dépression qui démarrerait en 2012, et puis un diagnostic de bipolarité, et puis le problème de l’alcool, que monsieur et madame se renvoient comme une balle au cours d’un match qui achève de se jouer devant des juges, au pénal et aux affaires familiales. Madame reconnaît boire « deux verres de vin le soir, pour l’aider à dormir ». « Combien de personnes dans cette salle boivent pour trouver le sommeil et s’endormir le soir ? s’insurge maître Charbonnel, avocate du prévenu. Est-ce une attitude normale ? »
 
Elle est malade, il est jaloux
 
La vie familiale s’est dégradée, au point que les enfants, pris dans l’enfer domestique, souffrent tous les deux, et ne savent plus à quoi ou à qui se fier. Le mari se défend ainsi : « Elle n’est pas bien parce qu’elle est malade, depuis longtemps, elle a une maladie dépressive. » La présidente Catala tâche de fixer des éléments objectifs de violence, et il y en eut, ainsi que des insultes. « Est-ce que vous l’avez traitée de pute devant les enfants ? – Euh….. non. – Hors la présence des enfants ? Et d’alcoolique ? – Oui. » Il reconnaît des insultes et aussi « des tapes derrière la tête », mais « parce qu’elle avait trop bu ». Une ombre vient donner du contraste à ce tableau: sa jalousie à lui, qui traquait des infidélités, réelles ou supposées, peu importe ici : elles furent la source d’abus psychologiques et physiques.

Chacun dresse un état catastrophique de la situation

Maître Lamain plaide que le père manipule les enfants, que sa cliente n’a aucune addiction à l’alcool. La représentante du ministère public enfonce le prévenu et requiert 6 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Maître Charbonnel bagarre pour « recadrer les choses ».  Le couple est désormais séparé, et un juge aux affaires familiales est intervenu, le père a un droit de visite classique mais il y a du mal de fait et des enfants otages d’une situation qui a trop traîné sur un mode destructeur pour tous, et dont leur mère, certes aux prises avec des fragilités personnelles, a souffert au premier chef. Faire la part des choses n’est pas possible, mais la décision pénale va peser dans les décisions du JAF.

Il ressort libre de l’audience JLD et rentre à pied au Creusot

« A l’issue de sa garde à vue, monsieur est présenté au juge des libertés et de la détention. Il est placé sous contrôle judiciaire le 20 mars. Il ressort de cette audience, libre, mais sans un sou, sans carte bleue. Il rentre au Creusot, à pied. 38 kilomètres. Le lendemain il apprend que des policiers étaient venus chez lui car sa femme ne se sentait pas bien et avait alerté les urgences. La police voulait lui remettre les enfants, mais il était sur la route, faisant le trajet à pied. Je souligne au passage le manque d’humanité. » Et maître Charbonnel conclut : « Je vous laisse apprécier mais vous demande de prendre en compte l’intégralité du dossier. L’alcoolisme n’est pas une vue de l’esprit, il fait des ravages et est souvent l’ombre des violences. »

Coupable de violence

Le 9 septembre, pour la nième fois il lui reprochait d’avoir une relation extraconjugale, il lui a tiré les cheveux et mis un coup derrière la tête. Un médecin a constaté une cervicalgie, une douleur à la tête et des acouphènes, a fixé 3 jours d’ITT.?Le tribunal relaxe monsieur de la prévention de harcèlement, le déclare coupable de violence sur sa femme le 9 septembre et le condamne à 3 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de 2 ans avec obligation de soins psychologiques, obligation d’indemniser la victime (600 euros), et interdiction de contact avec elle.
Florence Saint-Arroman