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> Économie > Économie
11/03/2021 03:16
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LE CREUSOT – MONTCEAU : Que faut-il retenir des «Assises de l’économie» ?

Initiées par la Communauté Urbaine, elles se sont déroulées mercredi après-midi. Elles ont mis en relief la foi des acteurs économiques dans leur territoire. Incontestablement le terreau est fertile pour construire un nouvel avenir et donner les bonnes impulsions pour sortir de la crise. Les deux grands témoins, Anne Lanvergeon et Louis Gallois, à défaut de dicter une ligne, ont souligné combien il faut faire preuve d’audace pour assurer le rebond autant que l’avenir.
Elle avaient d’abord été programmée en automne. Quand au plus fort de la crise sanitaire, lors du premier confinement, au printemps 2020, David Marti, président de la Communauté Urbaine, avaient décidé qu’il serait bien d’organiser des assises de l’économie.
Certes parce que la loi a confié aux Régions et aux Intercommunalités, les interventions économiques, mais pas que pour cette raison.
«J’étais dans ma voiture, sur l’Autoroute en direction de Mâcon, quand le patron de Véolia m’a appelé. On a parlé du présent. Evoqué l’avenir pour voir ce qu’il pourrait être et c’est là que j’ai décidé de la tenue de ces Assises», se souvient David Marti, ainsi qu’il l’a souligné lors d’un point presse, avant leur début, à l’ALTO où un plateau télé avait été aménagé, puisque contexte sanitaire oblige, le rendez-vous a fait l’objet d’un direct vidéo.
Dans une interview à creusot-infos (lire par ailleurs), le Président de la CCM avait fixé les enjeux, mais aussi fait le point sur l’activité économique et industrielle.
Ces assises ont donc d’abord été marquée par une large réflexion qui a enfanté 50 actions.
«Et rien que cela, c’est déjà une réussite. C’est la marque d’une intelligence collective», remarque David Marti qui s’est félicité des venues d’Anne Lauvergeon et Louis Gallois les deux grands témoins qui resteront aussi, un peu, les parrains de l’événement.
Les compétences, le savoir, la vision du développement économique et industriel, sont les piliers en forme de fondation de la réflexion. Car le Président de la Communauté Urbaine en est convaincu : «La crise nous oblige à travailler ensemble et l’idée est de se projeter à dix ans. Avec la volonté d’avoir un territoire attractif en terme d’emploi. Et corriger l’inadéquation entre les emplois non pourvus et les formations proposées. Car il s’agit vraiment de mieux répondre aux besoins»
En ce sens, l’élu fort de plusieurs constats, estime qu’il n’y a sans doute pas assez de formation sur le numérique et le digital qui sont désormais omniprésents dans l’économie, y compris dans l’industrie. «Et c’est bien à la puissance publique de le favoriser» ;
De même, David Marti souhaite que plus de place soit accordée à l’économie sociale et solidaire, dont le premier acteur en France est le groupe SOS qui est le propriétaire de l’Hôtel-Dieu.
A.B.

Ils ont dit


Rodolphe Roy

Dirigeant d’ATS
«On doit pouvoir vendre le territoire aux jeunes couples qui veulent venir. Un territoire qui va prendre soin de nous. On a un territoire magnifique, dynamique connecté et innovant. On doit mieux communiquer à l’extérieur de notre territoire. Comme le mouvement de la French Lab. A plusieurs entreprises, on a décidé de travailler ensemble, pour innover et attirer de jeunes talents».


Karine Burtin

Co-dirigeant de l’A.B.C.
«On a besoin d’être tous ensembles»


Céline Lacour

Eleveuse et productrice de fromages de chèvres
«Il est important de recréer du lien entre le rural et la ville. Pour nous producteurs c’est important. Peut être avec une maison des producteurs pour favoriser les circuits courts»
David Marti : «On organise des marchés de producteurs. On voit qu’il y a un engouement, avec du succès, quelque soit les communes. L’idée a germé de faire un lieu avec des producteurs qui seraient là. On y travaille activement. Dans très peu de temps on pourra l’afficher».


Nicolas Chevalier

Dirigeant de So Bag
«Il y a beaucoup de talents et d’expertise. On en a besoin dans nos PME. Etre dans un territoire à taille humaine est important pour avoir de l’écoute et du soutien. On a développé un projet collaboratif avec l’IUT pour intégrer des images. Michelin c’est un atout. Pour l’import export on a pu bénéficier des lignes rail / route. On a ainsi exporté au Canada et en Chine. Le site technopolitain sera un vrai atout pour nos entreprises».


Christophe Pellereau

RH Entreprise Framatome
«Framatome recrute 40 personnes cette année. On forme et nous avons besoin de talents. L’attractivité ne se décrète pas, elle se construit et se battit dans la durée. Il faut parler de la valeur de nos industries. On parle de ce supplément d’âge qui est de travailler pour l’énergie décarbonée. Sur la CCM, on a un métier emblématique, c’est l’usinage. Avec l’Education Nationale, il faut travailler sur le côté opérationnel pour que ce soit plus pratique que théorique.


Anne Lauvergeon

Ancienne dirigeante d’AREVA
«L’exercice que vous faites est important. Je suis convaincue depuis longtemps des forces de ce territoire. Les grandes croissances économiques à venir son en Asie. L’Europe n’a pas du tout profité de la pandémie. La France ne va pas sortir renforcée de cette crise. Alors retroussons nos manches. On n’est pas au pic de la crise économique et sociale. Des entreprises sont sous perfusion. Les PGE ont permis de maintenir une économie globale. L’atterrissage va être difficile. On risque un choc économique qui aura des conséquences sociales. Il faudra être capable de revenir à des libertés individuelles comme avant la crise. Je pense que l’organisation du travail va être transformée. La voyagite aigue d’habitude dans les entreprises va diminuer. Dans la Nièvre, depuis six mois, on ne trouve plus d’habitation à acheter à Clamecy. La volonté d’installation des urbains dans les territoires est peut être une opportunité. Le TGV est un atout.


Louis Gallois

Ancien grand patron d’industrie
«Je n’ai pas un passé dans la Nièvre. Mais j’ai un passé au Creusot où je suis venu dans des conditions dramatiques avec la faillite de Creusot Loire et je suis revenu à la SNECMA. C’est une très belle région trop méconnue. L’eau est un atout à mettre en valeur.
Je veux insister sur trois points. Le premier c’est le retour de l’Etat. On s’est rendu compte qu’on en avait besoin. Il va falloir qu’il se préparer à jouer un rôle nouveau, dans la vie économique. Il y a un nouveau commissaire au plan, je pense que c’est une tendance durable.
La crise a accru les inégalités en France. Le taux de pauvreté avait augmenté de 1% en 2008. Je pense qu’on a encore perdu 1%. Il y a un besoin de solidarité très fort. Cela peut être un ciment pour le pays.
Il y a aussi la question de la souveraineté que l’on a vu apparaître. Tout le monde en parle. C’est un phénomène mondial. Monsieur Biden dit qu’il ne veut plus dépendre des Chinois. La France et l’Europe vont devoir y penser. Je pense que les chaines de productions vont se régionaliser. Si l’Europe n’y pense pas, elle va devenir le champ de bataille entres les Américains et les Chinois.
Pour les principales alimentaires des médicaments, pour l’agroalimentaire, il va falloir y penser très vite.
Pour le travail, il y a des tours à la Défense qui vont se vider. Cela va donner leur chance à des territoires qui jusqu’à présent se sentaient marginalisés.
On ne va reconstituer l’industrie, d’il y a 20 ou 30 ans. Deux axes s’imposent : La technologie, car on ne peut pas miser sur les bas coûts. La recherche en France est insuffisante. Il faut 18 milliards de plus. Le deuxième axe c’est le verdissement. Il faut que l’industrie aille dans cette direction. Les investissements deviennent d’ailleurs de plus en plus exigeants.
Le nucléaire a un avenir qui résulte de la volonté de réduire les émissions de gaz à effets de serre.


Anne Lauvergeon

«Je ne dis pas par facilité que le nucléaire est une énergie d’avenir. Il y a aussi l’hydraulique. Il faudrait être capable de stocker de l’électricité, mais on ne sait pas encore. Le nucléaire est une énergie de base. On a été le numéro un mondial du nucléaire. On a été trop long sur la recapitalisation d’AREVA. On a su faire vite pour le transport. Framatome et Orano ont perdu leur première place, car l’Etat n’a pas su agir.
Dans les années 2000 on a fait l’erreur de croire qu’il fallait seulement concevoir. Il faut aussi être des producteurs.


Jean-Baptiste Moreau

Directeur de la Régie de Territoire
«Aujourd’hui l’économie circululaire a toute sa place. Elle est portée par l’économie sociale et solidaire. Elle est génératrice d’emplois non délocalisables.
Louis Gallois : «L’EES c’est 10% de l’emploi en France, avec les mutuelles. L’ESS n’a pas les mêmes exigences de productivité. Elle peut embaucher des personnes qui ne sont pas immédiatement productives. Il ne faut pas demander d’embaucher de force, comme on le fait pour les handicapés. L’entreprise doit embaucher qui elle veut. Mais elle peut aider, avec de l’immersion, avec la formation. Les entreprises peuvent participer à des groupements pour l’insertion et la formation, pour remettre le pied à l’étriller pour un certain nombre de gens qui ensuite pourront aller vers des emplois de bien commun».
           Anne Lauvergeon : «Il existe A2I, agir pour l’insertion dans l’industrie. A2I peut financer jusqu’à 60% des associations qui peuvent revenir des gens dans l’industrie. L’idée est de créer des SAS.
           Louis Gallois : «Il y a au Creusot des entreprises qui ont ces fondations pour le faire, comme la fondation PSA l’a fait.  Les entreprises ne peuvent pas se désintéresser de cette question. Il ne faut pas embaucher de force, sinon on va à des échecs».
           David Marti : «On a de bons exemples, sur le territoire, comme le groupe SOS, qui est numéro un en France. Je pense qu’il faut aussi pousser des alliances entre le public et le privé, comme cela a été fait dans le Mecateam Cluster. Puisque l’intervention de l’Etat, c’est la puissance publique.
Mais c’est aussi l’Europe. Il y a une capacité à mobiliser des fonds, pour soutenir l’économie. Il ne faut oublier personne. Il faut donc trouver le modèle»

David Marti

«Concernant la relocalisation, oui il faut cibler. Mais attention, nous par exemple, nous sommes sur un territoire mondialisé. Les entreprises exportent entre 60 et 80% de leurs productions. Nous avec des relocalisations, on pourrait être sinistré».


Anne Lauvergeon

«Deux tiers des Français pensent que la décroissance serait une bonne chose. Là on a un laboratoire en vrai. On est à un tournant. Sera-t-on capable de reconstruire quelque chose qui serait dans une vision positive»


Quels conseils pour l’avenir ?


Louis Gallois

«Les grandes entreprises s’en tirent toujours. C’est très différent des PME. Le conseil c’est qu’il faut tenir. Mais il faut les aider à tenir. Il y a un sujet important : On manque de capitaux, ce que l’on appelle des fonds propres. Les prêts restent des prêts. Les entreprises françaises sont parmi les plus endettées. Il faut que les chefs d’entreprises ouvrent leur capital. Il faut aussi des politiques de filières. Il faut pouvoir amortir plus rapidement les investissements.


Anne Lauvergeon

«Comment sortir des PEG ? C’est un sujet très compliqué, car des entreprises ne seront pas capables de rendre les prêts. Va se poser la question de la conversion».


Jean-Claude Lagrange

vice-président du Conseil Régional
«Oui c’est la puissance publique qui est au rendez-vous. L’économie régionale marche avec le soutien des collectivités. Cette Région a accompagné les mesures de l’Etat. Etre chef de file, c’est être à la manœuvre. Avec l’Etat on a mis en place un plan de relance complémentaire»


David Marti

«Au terme de ces assises, j’ai le sentiment que l’on a répondu aux objectifs fixés, avec l’éminence des intervenants pour la relance. L’ensemble des travaux ne prennent pas fin aujourd’hui. C’est une base pour un plan de relance. Je m’engage à vous réunir à l’automne pour un bilan d’étape, pour ajuster. Il faut chacun sache sur qui s’appuyer. Le pire c’est le repli et l’inaction. Il faut apporter des réponses aux nouveaux enjeux, pour stimuler l’innovation et intégrer l’économie, notamment l’ESS. La seule motivation doit être de repenser et de reconstruire, avec audace». Le futur n’est pas écrit, soyons les acteurs de cet après».

Alain BOLLERY