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> Bourgogne Franche comte > BOURGOGNE
15/02/2020 03:18
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EDITO : Que nous dit l’affaire Griveaux ?

Le désormais ancien candidat à la mairie de Paris a été victime d’une tentative d’homicide numérique et politique. Notre société ne doit pas l’accepter. Elle doit se révolter contre ce virus bien plus redoutable que le coronavirus.
Volontairement et résolument, creusot-infos ne s’est pas précipité pour participer au grand concert politique et médiatique qui a entouré la décision de Benjamin Griveaux de retirer sa candidature à la Mairie de Paris. Nous n’avons pas voulu faire la course aux clics sur la crête des superlatifs, abonder et commenter pour commenter.
Avec un minimum de recul et après avoir beaucoup lu et entendu, nous nous bornerons à répéter ce que nous avons déjà beaucoup écrit par le passé. A savoir que les réseaux numériques sont d’abord une formidable machine à détruire et à calomnier.
Et il est un peu indécent de constater que les mêmes qui depuis vendredi matin n’ont pas de mots assez forts pour condamner ce qui s’est passé, avec la diffusion de vidéos intimes et privées, sont les mêmes qui à longueur d’année jouent avec le miroir aux alouettes.
Car les réseaux incriminés sont finalement qu’une version numérique de la séquence de Blanche Neige. «Miroir mon beau miroir, dis moi qui est la plus belle ?» Ou «le plus beau», ajouterons nous.
Dans cette course à l’échalote qui consciemment ou inconsciemment vise à avoir toujours plus d’amis, toujours plus d’abonnés, toujours plus de partages, toujours plus de «like», toujours plus de «retweet», les chevaux s’emballent. Les chevaux sont lâchés et comme dans les jeux du cirque il faut des morts, car le peuple adore le goût et l’odeur du sang.
Mais on n’a encore jamais vu des candidats gagner une élection parce qu’ils avaient plus d’amis sur internet que l’autre candidat. Ce serait trop simple. Et depuis quelques années, au gré des scrutins, ils sont déjà un certain nombre à en avoir fait les frais. A avoir constaté le soir d’une élection que leur activisme numérique, leur nombre d’amis, ne leur avaient été d’aucun secours. Comme le nombre de mains serrées, ainsi qu’un candidat aux législatives l’avait amèrement constaté dans les années 90…
Le problème aujourd’hui c’est qu’il suffit d’une photo, d’une vidéo, pour que la machine à détruire se mette implacablement en marche. Parce qu’aucune loi ne règne. Parce que les forces de l’ordre qui, quoi qu’on en dise, sont les garantes de notre démocratie, sont impuissantes.
Le coup d’épée sanglant porté à Benjamin Griveaux est tout simplement une tentative d’homicide politique. Dans notre société, les balises de démocratie et de justice, permettent en règle générale de mettre hors de nuire, les auteurs des tentatives d’homicide sur des personnes ou des enfants.
Un exemple : Plus qu’hier et sans doute moins que demain, notre société s’évertue à répondre aux tentatives de féminicides et quand malheureusement il est trop tard, la justice, notre justice passe et condamne, de plus en plus fermement.
Dans le cas de l’affaire Griveaux, que restera-t-il ? D’abord et seulement un homme dont la vie privée a été utilisée à des fins de destruction politique. Ce 14 Février c’était lui. Demain ça sera un autre ou une autre. Avec dans les heures qui suivront des fleuves d’indignations de circonstance.
Nous voulons bien croire que celles lues ou entendues depuis de 14 février au matin étaient sincères. Mais il faut toujours prendre un peu de mesure. La vérité c’est que certains se sont réjouis et certains commentaires indignés avec ajouté «oui mais», ont bien montré que dans le monde impitoyable de la politique, telle que certaines et certains le veulent, il y avait là matière à marquer une différence, à se démarquer, pour jouer non pas une autre musique que celle qui s’imposait à tous, mais ajouter quelques notes différentes.
Il n’est pas venu le temps où les responsables politiques, des élus des communes jusqu’aux parlementaires des deux assemblées, jusqu’aux ministres et jusqu’à la Présidence de la République, comprendront que jouer avec les réseaux numériques c’est manier une bombe.
En cette mi-février, dans ce gros mois qui précède les élections municipales, il y a une victime et des victimes collatérales. Elles sont connues et identifiées, car d’abord familiales.
Mais que l’on ne s’y trompe pas. Les victimes collatérales de cette affaire ne sont encore pas toutes connues. C’est bien malheureusement comme le coronavirus… On a du mal à apprécier l’étendue du mal au début, et ensuite c’est comme un incendie qui se propage sans pompiers pour le stopper. Un peu comme les incendies qui ont ravagé l’Australie.
Le continent de la politique avec sa sphère médiatico-politique vient de vivre un événement d’une rare violence, avec pour seules réponses des indignations qui ne changent rien à ce qui est arrivé.
Et demain ? Jusqu’où le curseur de la haine sans limites sera-t-il déplacé ? Qui est prêt à agir ? Quel médias dignes de ce nom sont prêts à signer une charte pour dire «PAS NOUS« ? Pour ne pas participer consciemment ou inconsciemment à l’explosion de la bombe et des dégâts qu’elle commet froidement et durablement ?
Nous voulons bien entendre que tout absolument tout doit être transparent. C’est ce que revendiquent certains. Mais la transparence, quand elle peut être vérolée par ce que l’on appelle des fake-news, c’est à dire de fausses informations fabriquées de toute pièce, montre ses limites.
Quand l’opinion juge, condamne, détruit, sans le moindre élément de preuve, mais juste pour le plaisir de se donner un rôle, alors ce sont les fondements même de la démocratie, de notre démocratie qui sont attaqués et mis à mal. Notre pays, nos enfants, méritent bien mieux pour leur avenir. Nous voulons le croire.
Alain BOLLERY