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> Bourgogne Franche comte > BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE
18/03/2023 03:17
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Michel Granger : «Nous vivons sur une planète extrêmement petite, ça doit remettre en cause beaucoup de choses…»

Il a la terre au cœur. Bien malgré lui il est devenu comme un lanceur d’alertes sur les maux qui frappent la planète bleue. Michel Granger se livre dans une longue interview. Un entretien sans langue de bois. Il parle de Paris, de l’écologie, des éoliennes, de la forêt, de la guerre en Ukraine, des chars…

Qu’avez-vous choisi pour votre exposition au Creusot ?
MICHEL GRANGER : «C’est toujours la terre mon fil conducteur, avec ce que cela implique depuis mon premier dessin en 1972… C’était avec la terre représentant une tête de mort. Le sujet est mondial !
Je me souviens que des scientifiques disaient qu’un problème qu’il se situe en Antarctique, en Arctique ou en Afrique a une résonance mondiale. Pour que chacun comprenne on peut parfaitement l’imager…»
 
A quoi pensez-vous ?
«Un colosse qui prend une épine dans le pied, il ne peut plus courir. Idem pour un athlète».

 
C’est un combat qu’il faut mener ?
«Il y a eu une prise de conscience, mais tout s’est aggravé. Aujourd’hui la prise de conscience est plus large. On le voit, avec d’ailleurs les excès que cela peut générer».
 

«Les gens en vélo ne sont pas punis»

 
C’est-à-dire ?
«Prenons l’exemple du vélo. Moi je suis né à Roanne. Tout le monde, ou plutôt une majorité d’ouvriers allaient travailler à l’arsenal de Roanne en vélo. C’était naturel. Moi je me déplaçais en vélo.
On peut donc considérer que le vélo n’est pas d’avant-garde. Le problème c’est que dans certaines villes, comme à Paris où je travaille, si tu n’as pas de vélo, je m’excuse de l’expression, tu es pris pour un con !
Ce qui veut dire que ce qui était naturel est devenu exceptionnel. Cela engendre de la radicalité. Je n’aime pas cela. Il faut de tout, y compris des voitures. Il faut de l’équilibre, pas de l’excès. Le travail, à Paris, de prétendus écologistes, c’est dramatique. Les cyclistes qui s’autorisent à aller sur les trottoirs ou à prendre les sens interdits, ce n’est pas bien.
Les gens qui font du vélo ne sont pas différents de ceux qui sont en voiture. Et pourtant ceux en vélo ne sont pas punis, alors que ceux en voiture le sont…»
 
Vous avez une parole très libre, comme vos dessins, vos peintures, vos œuvre…
«Je mène des combats, mais je ne propose rien. Je ne propose pas de solutions, car je n’en ai pas la prétention. Je n’ai pas les connaissances scientifiques, et encore ils ne sont pas tous d’accord».
 

Lanceur d’alertes…

 
Vous êtes un lanceur d’alertes alors ?
«C’est ce que l’on me dit souvent. Mais je ne me considère pas ainsi. Non je ne me considère pas comme un lanceur d’alertes. Moi je pars juste de choses simples, d’évidences, que tout le monde peut voir».
 
Par exemple ?
«Le diamètre de la terre est de 12.742 kilomètres. Avec ma Vespa, seulement avec elle, j’ai déjà fait 40.000 kilomètres. Ce qui veut dire que j’ai déjà fait en distance plusieurs fois le tour de la terre. La traduction, c’est que nous vivons sur une planète extrêmement petite, ça doit remettre en cause beaucoup de choses, dont toutes les guerres !»
 
C’est justement la guerre en Ukraine et vous avez décidé, en écho à cette guerre, de présenter à L’arc au Creusot vos créations réalisées avec des chars AMX 30. Pourquoi ?
«Ce travail, je l’ai réalisé après les manifestations sur la place Tian’anmen à Pékin, en 1989. Ce qui m’avait impressionné, c’était ce gars qui s’était mis tout seul devant un char pour l’arrêter. C’était exceptionnel ! Il avait eu la force et le courage de risquer sa vie».
 
Comment avez-vous réussi à représenter les chenilles des chars AMX 30 qui étaient fabriqués à l’Arsenal de Roanne ?
«Il y a eu plusieurs étapes dans mon travail. Au départ, j’avais décidé de mettre de la peinture sur les chenilles ; c’était comme des tampons encreurs.
Ensuite j’ai mis de la peinture au sol et j’ai fait rouler les chars dessus. Après j’ai mis la peinture directement sur les toiles. Les résultats étaient forcément très différents.
En fait, mon objectif premier était de faire faire à des chars quelque chose pour lequel ils n’avaient pas été créés. C’est un travail que j’ai aussi réalisé avec cheveux, des voitures».
 
Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
«Sur la nature, avec des empreintes de plantes. Et j’ai encore quelques idées à explorer sur le sujet».
 

«Je dis les choses…

…Les éoliennes défigurent les paysages»

 
Il y a forcément des messages que vous transmettez avec votre travail…
«Je ne suis pas un technicien. Je donne mes impressions et mes sentiments. En toute liberté. Je dis les choses. Par exemple, j’estime que couper des arbres pour faire des granulés, ce n’est pas très écologique».
 
Le Creusot est le berceau du nucléaire. C’est quoi votre sentiment sur l’électricité d’origine nucléaire ?
«Le problème du nucléaire, ce sont les déchets. Mais, je le dis, le nucléaire c’est mieux que les éoliennes. Elles défigurent les paysages. On a l’impression d’avoir des zones industrielles partout. Moi cela me gène !»
 
Que renvoient vos créations ?
«Pour certaines j’ai des réactions pratiquement quotidiennes. Au sujet de la terre «tête de mort», les gens me disent «On y a va tout droit. Mais je le répète, personnellement je n’ai pas de réponse. Je suis un citoyen. Je cherche mes idées dans la société, dans la nature».
 
Le Creusot, c’est la ville de Christian Bobin. Vous avez lu ses livres ?
«Il savait regarder les choses. Je viens de commencer «Une petite robe de fête». Bobin savait poser son regard sur les choses. Il écrivait ce qu’il aimait. Moi j’ai toujours aimé les régions où je suis allé. Depuis quelques mois je découvre Le Creusot».
 

La leçon de Soulages

 
A L’arc, dans les grandes expositions, vous allez succéder à Pierre Soulages. Vous aimez ?
«J’ai une anecdote. Il y a quelques années, je suis allé voir une expo de Soulages au Louvre. Il y avait peu de tableaux. Le premier que j’ai vu datait de 1946, mon année de naissance. Plus loin, le dernier, je suis tombé sur une œuvre de 2019 ou 2020. Une véritable leçon. A plus de 95 ans, il avait réalisé quelque chose de sublime. J’ai retenu que l’on peut faire quelque chose jusqu’au bout de sa vie d’artiste. Cela m’a touché et rassuré».
 
Quelques mots sur l’œuvre monumentale que vous allez réaliser pour la ville du Creusot ?
«Elle va associer le fer et le verre. J’ai longtemps cherché. J’ai visité des usines et quand j’ai visité le laminoir, je me suis dit que c’était l’âme du Creusot. Et puis j’ai découvert qu’au Creusot il y avait eu le verre. J’avais aussi pensé au bois. Mais non, Le Creusot c’est le métal et le verre. Ce sera une forme de Totem. Il sera implanté pas loin de la grande cheminée qui est aussi un Totem. Cette œuvre en métal aura une galaxie en verre, comme une constellation…»
Recueilli par Alain BOLLERY
 
L'exposition est ouverte jusqu'au 2 juin à L'arc au Creusot