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> Bourgogne Franche comte > BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE
03/05/2023 03:17
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Jérôme Durain : «Oui j’ai eu peur, alors que j’étais au milieu des Policiers chargés du maintien de l’ordre»

En immersion, lundi 1er Mai, à Paris, avec les Policiers qui ont affronté les violences, Jérôme Durain n’est pas sorti indemne de cette expérience. Non pas qu’il a été blessé. Mais il a pu voir de l’intérieur le difficile exercice du maintien de l’ordre que les forces de l’ordre doivent assurer.
Sans forcément le savoir quand il avait pris sa décision d’être au cœur d’un dispositif de maintien de l’ordre, Jérôme Durain était loin de penser plusieurs choses. D’abord que la manifestation où il était à Paris en ce 1er Mai allait voir des déchainements de violences plus importants que ceux vus lors des dernières manifestations contre la réforme des retraites. Des violences exercées par ceux que l’on appelle les «black bloc», figures de proue de l’ultra gauche la plus radicale.
Le Sénateur et Président du groupe socialiste au Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, ne pensait pas voir des pavés lui voler au-dessus de la tête et finalement avoir plus de chance que les Policiers qu’il était venu observer et dont certains ont été blessés, parfois gravement.

Certains verront peut être du zèle de la part du député. Mais le photographe indépendant blessé à Lyon par un jet de pierre, vous dira qu’assurément ce n’est pas de l’opportunisme que de risquer une grave blessure.
Alors oui, depuis lundi soir, Jérôme Durain est invité par tous les médias pour expliquer ce qu’il a vécu et vu. Avec parfois des échanges vifs, comme avec Pascal Praud qui, sur RTL, lui a reproché de ne pas vouloir qualifier «d’assassins» ceux lancent les cocktails molotov contre les Policiers, dont un a été gravement brûlé (cliquez ici pour écouter l’échange entre Pascal Praud et Jérôme Durain) ou de se satisfaire de la non utilisation des LBD.
24 heures après la manifestation, le Sénateur de Saône-et-Loire a répondu aux questions de creusot-infos.
A.B.
 
Qu’est-ce qui vous a conduit à vous retrouver au milieu des Policiers, chargés du maintien de l’ordre, le 1er Mai à Paris ?
JEROME DURAIN : «Le Ministre de l’Intérieur avait fait un peu de la provocation en lançant aux Sénateurs «Venez voir plutôt que critiquer», après les incidents de Sainte-Soline. Je l’ai pris au mot, car la question du maintien de l’ordre, de la confrontation entre les casseurs et les policiers, est un sujet important. Depuis trop longtemps, il y a trop souvent des problèmes, avec des policiers accusés de violences d’un côté et accusés de ne pas être assez durs avec les délinquants de l’autre. Une chose est certaine, en France, le maintien de l’ordre n'est pas satisfaisant».
 
Comment les choses se sont-elles passées ?
«J’avais rendez-vous à 13 heures. On m’a expliqué les consignes et puis on m’a équipé pour me protéger…»
 
C’est lourd à porter ?
«Entre les gants, le casques, les jambières, le filet de protection et tout le reste, ça fait pas loin de 12 kilos».
 
Quelle a été votre premier sentiment quand vous avez vu les violences ?
«J’ai tout de suite été impressionné. Soyons francs : Ces déchainements de violence, ça fait peur. Oui ça fait peur. Oui j’ai eu peur alors que j’étais au milieu des Policiers chargés du maintien de l’ordre…
Avec tout à la fois ce mélange de gaz, de détonations, de marteaux, de pierres et de pavés qui volent, de bombes agricoles qui tombent sur les gens. Oui ça fait peur quand ça arrive de tous les côtés. Les dangers générés par ces casseurs sont multiples, y compris de voir des personnes blessées alors qu’elles n’ont strictement rien à voir avec les casseurs. Et c’est ce qui interpelle, de voir des personnes qui peuvent être blessées».
 
Comment cela est-il possible ?
«Tout simplement parce que les casseurs se replient dans la foule, se cachent, pour mieux ressurgir».
 
Pendant combien de temps êtes-vous resté avec les forces de l’ordre ?
«Je les ai laissées à 19 heures, quand la tension et les violences commençaient à baisser, place de la Nation et que des groupes s’évaporaient pour aller casser ou dégrader ailleurs, pour s’en prendre à des biens».
 
Que faire par rapport à ce que vous avez vu et vécu ? Que prônez vous ?
«D’abord il faut condamner les casseurs avec la plus grande fermeté. Parce que j’ai vu des manifestants se retrouver blessés et ensanglantés, je pense qu’il faut s’interroger sur le schéma du maintien de l’ordre en France. Beaucoup lancent au Ministre de l’Intérieur : «Qu’est ce que vous faites ?» Incontestablement, en France, il y a trop de blessés dans les manifestations. Au niveau européen on nous regarde et on nous considère comme un pays où ça ne va pas très bien…»
 
Jean-Luc Mélenchon a accusé Gérald Darmanin d’être le responsable de toutes ces violences. Vous approuvez ou vous condamnez ses propos ?
«Je ne suis pas là pour condamner Jean-Luc Mélenchon. S’il y a des désordres dans les forces de Police, il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. C’est vrai qu’il y a des coups qui partent. Mais il faut tout regarder et voir aussi ce à quoi les forces de l’ordre sont confrontées».
 
Avez-vous le sentiment que nous sommes dans une voie sans issue ?
«J’ai une conviction très forte : Il faut aller voir ce qui se passe ailleurs. Les techniques ont d’ailleurs évolué chez nous. La nasse du Préfet Lallement n’est plus utilisée. On ne confond plus tout le monde. Il faut bien comprendre qu’il est difficile d’isoler les casseurs qui se réfugient au milieu des autres manifestants. Le souci c’est qu’il faut isoler la manifestation pour qu’elle arrive, car il faut d’abord penser aux manifestants, les vrais, qui ne sont pas des casseurs».
 
Conseillez-vous à d’autres de vivre votre expérience ?
«Je dis surtout que c’est à d’autres de prendre le relai, pour avoir une vision globale. Aujourd’hui tout le monde filme et en additionnant et recoupant tout ce qui est diffusé, notamment sur les réseaux sociaux, on peut reconstituer ce qui s’est passé».
 
24 heures après, que ressentez-vous ?
«J’ai trouvé cela très éprouvant. Les Policiers avaient d’autres choses à faire que de s’occuper de moi. Et c’est très bien car j’ai pu voir ce à quoi ils sont confrontés. C’est d’ailleurs le cas, aussi, en partie, maintenant pour les journalistes qui sont aussi visés par les casseurs (*)».
Recueilli par
Alain BOLLERY
(Photos fournies par Jérôme Durain)
 
(*) Les photographes et caméramans sont de plus en plus pris à partie. Lundi, un photographe indépendant a été blessé par une pierre reçu derrière le tête, à Lyon.