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15/05/2024 03:17
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Jérôme Durain : «On est submergé par la drogue... 240.000 personnes en vivent en France… Il faut taper les trafiquants au portefeuille»

On peut estimer à environ près de 2000 le nombre de personnes vivant du narcotrafic en Saône et Loire… Face à l’ampleur du phénomène, 35 mesures sont préconisées. Mais il faut surtout des moyens humains, matériels et techniques. Avec aussi la création d’un parquet national anti stupéfiants.

Voir l’interview vidéo de Jérôme Durain.
Le narcotrafic – autre nom pour désigner les trafics de stupéfiants – est en plein boum en France, qui vit comme une submersion, ainsi que l’exprime le Sénateur Jérôme Durain. Du coup, cela relativise, quand même un peu, pour ne pas dire beaucoup, les affirmations du quotidien dit de référence, qui avait cru bon de présenter une ville moyenne comme capitale de tous les trafics.
Car les Sénateurs Etienne Blanc et Jérôme Durain sont catégoriques après leur travail d’enquête : Le narcotrafic est un fléau dans toutes les villes et même dans les campagnes. Depuis de trop longs mois, les règlements de compte sanglants, ont d’ailleurs bien démontré qu’il n’y a pas un territoire épargné.

Quand on songe que 240.000 personnes (*) vivent des trafics de stupéfiants en France, une simple règle de trois permet de les évaluer à environ 2000 (*) uniquement sur le seul département de Saône et Loire.

L'équivalent de la population de Lille

Si nous nous permettons de donner ce chiffre c’est juste pour que chacune et chacun mesure l’ampleur du phénomène. 240.000 bénéficiaires, c’est quand même grosso modo l’équivalent de la population de Lille ! C’est tout simplement vertigineux…
Sans doute qu’Etienne Blanc, Jérôme Durain et les 23 membres de la commission d’enquête n’avaient pas imaginé l’ampleur du phénomène. La submersion du trafic de stupéfiants et de toute évidence plus rapide que la submersion des côtes promise et annoncée par le réchauffement climatique.
Mais cela n’est guère surprenant puisque finalement tout le monde ou presque désormais parle des trafics de drogue. Ne serait-ce déjà avec les voitures qui sont incendiées aujourd’hui, plutôt dans les campagnes, que dans les cités où les systèmes de vidéo protection, quoi qu’on en dise, ont prouvé qu’ils peuvent être dissuasifs.
A ceux qui pouvaient douter de l’ampleur du phénomène, la conférence de presse, mardi matin, au Sénat, dirigée par Jérôme Durain, président de la commission et par Etienne Roy, son rapporteur, a été comme un révélateur.

Frapper haut et fort

Mais il ne faut pas croire que le phénomène date de quelques années. Il vient de loin. Au minimum d’une à deux décennies. Face à l’ampleur, le socialiste Jérôme Durain et le Républicain Etienne Blanc proposent de frapper haut et fort, de prévenir la corruption pour mieux la juguler, mais aussi de lutter de façon radicale contre le blanchiment. La mesure la plus spectaculaire qui est préconisée est sans aucun doute de donner aux Maires la possibilité de faire prononcer, par la justice, des fermetures administratives de commerces suspectés d’être des lessiveuses. Entendez de simples vitrines légales pour mieux blanchir l’argent de la drogue.
Il n’est point besoin de faire un dessin pour dire que le narcotrafic est juteux. Pour les gros bonnets qui flambent. Mais pas que. «Avec 5000 euros investis dans le trafic de cocaïne, peuvent rapporter un million d’euros un an après».

«Aujourd'hui la prison est comme un accident de travail !»

Il faut donc des réponses pénales fortes. 7 ans de prison ferme au minimum. Car, aujourd’hui, «pour les trafiquants, la prison est comme un accident du travail, elle fait partie des risques. Elle ne fait plus peur»
Il faut donc un sursaut, appelé de ses vœux, par le Sénateur Jérôme Durain, et les membres de la commission d’enquête, avec la création d’un parquet national anti stupéfiants. «La menace est là. Il faut passer à la vitesse supérieure», assène Jérôme Durain.
Et Etienne Blanc de prolonger : «On s’approche d’un affaiblissement de la puissance publique. Notre rapport dit qu’il y a risque et affaiblissement. En face, ça va nécessiter des moyes, car c’est un risque majeur».
A.B.
(Photos Alain BOLLERY)
 
(*) Pas uniquement les trafiquants, mais aussi leur famille et/ou très proches...

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Entre guillemets

 
Jérôme Durain
«Nous avons découvert l’ampleur, l’enracinement, les risques d’un fléau qui menace notre pays. Il faut une vision globale et non pas des mesures par ici ou par là».
«Le narcotrafic génère 3 à 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. On parle d’un tsunami blanc. Avec l’explosion des drogues de synthèse»
 
Etienne Blanc
«On a repéré des failles. Les premières c’est que les moyens mis à disposition sont insuffisants : Humains, techniques, ils ne sont pas adaptés. Mais aussi juridiques avec des faiblesses dans notre code pénal».
«Notre rapport est dense. C’est la première fois que l’on produit un rapport qui va du spectre au haut du spectre»
«Une des questions, c’est la coopération internationale».
«Il faut rénover la procédure pénale. Les magistrats comme les forces de Police, nous ont expliqué que la complexité ouvre la porte à des failles»
«Exemple l’infiltration. Il y a une faiblesse juridique pour l’utilisation des informateurs. Un informateur ne peut être efficace que s’il s’approche. Et plus il s’approche, plus il est efficace. Ceux qui l’utilisent peuvent être poursuivis. Les faiblesses c’est vrai pour les informateurs et pour les personnes infiltrés».
«On a proposé une réforme du statut du repenti. Le garde des sceaux l’a annoncé il y a un an, mais nous n’avons rien vu venir».
«Concernant l’usage, dans le procès verbal, il y a obligation de donner les moyens qui ont été utilisés pour une enquête et on donne ainsi des billes aux narcotrafiquants. Il ne faut plus obliger le contradictoire dans la procédure»
«Concernant l’utilisation des mineurs, nous pensons aujourd’hui, que 7 ans d’emprisonnement serait un moyen redoutable».
 
Jérôme Durain
«Dans le narcotrafic, il y a une différence entre l’engagement des enquêteurs, qui s’intéressent aux fantassins, mais on a du mal à appréhender les généraux. Il faut donc un pilotage avec un parquet national, car c’est une menace pour la nation. Il y a besoin de fluidifier. Il faut renforcer l’office anti stupéfiants. Il ne l’est qu’en titre. On veut faire de l’ofas le point fort».
«Il faut un plan d’urgence pour donner tous les moyens. Car on a entendu que les trafiquants ont tous les moyens. L’Etat peut financer en allant chercher l’argent chez les criminels, avec la saisie de tous les biens».
 
Etienne Blanc
«Pour les trafiquants, la prison est comme un accident du travail, elle fait partie des risques. Elle ne fait plus peur. Ce qui frappe le narcotrafic, c’est l’argent. C’est le nerf de la guerre. Ceux qui en disposent le plus sont des flambeurs».
«Un chiffre tout simple : Quand on investit 5000 euros dans le trafic de cocaïne, cela peut rapporter 1 million un an après. Le chiffre d’affaires, c’est entre 3 et 6 milliards d’euros. Sur les 3 à 6 milliards, seulement 100 millions ont été saisis. Il y a des marges de manœuvres pour donner des moyens au service».
«Il faut systématiser les enquêtes patrimoniales. Comprendre comment a été obtenu l’argent provenant du trafic. Du paiement du loyer jusqu’aux achats de luxe. Il faut s’associer à l’URSAFF au Fisc».
«Ce qui nous a frappé c’est le blanchiment au travers de l’acquisition de commerce. On va constituer un chiffre d’affaires avec l’argent du trafic, pour le blanchir. Nous avons proposé que ces commerces de façade fassent l’objet de fermetures administratives. A la demande d’un Maire».
«Nous proposons la création d’une injonction : Demander comment ils ont constitué leurs moyens. Ce ne serait plus à la puissance publique de le démontrer. Ce qui ouvrirait la porte aux saisies et aux confiscations. En Belgique, la procédure pénale n’empêche pas ensuite une enquête sur le patrimoine».
 
Jérôme Durain
«On veut aborder le thème de la corruption. Ce phénomène est inquiétant. Appât du gain notamment ; On la découvre souvent de façon latérale. Achats de services auprès de dokker jusqu’à 100.000 euros, informations de la part d’enquêteurs. Le risque est immense. Nous réfutons l’idée de la corruption de basse intensité. Car elle est importante pour les profils».
«Il faut rendre impossible la corruption avec des changements de postes réguliers. Détecter les usages anormaux des fichiers de Police. La faiblesse est humaine. Lutter contre les présences criminelles par exemple dans les installations portuaires»
«On ne peut pas avoir un Ministre de l’Intérieur qui dit place nette, place nette, s’il n’y a pas de cohérence avec le Ministre de la Justice et celui de l’Economie. Tout ce qui contribue c’est bon à prendre. Mais les opérations du bas du spectre, il ne faut pas les surestimer. Il faut s’attaquer au haut du spectre. Les résultats ont été modestes mais utiles».
 
Etienne Blanc
«Pour que ça fonctionne bien, il faut une très bonne collaboration entre Police et Justice. Les parquets n’ont pas été associés. C’est une occasion manquée»
«Nous avons été marqués par la disponibilité des Maires pour lutter contre les trafics. Car ils connaissent leur ville, leur commune. Il faut favoriser la circulation de l’information».
 
Alain BOLLERY
(à Paris)