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27/06/2022 03:18
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Jérémy Decerle, de retour d’une mission en Ukraine : «Faire sortir les stocks alimentaires c’est l’urgence absolue»

De retour, dimanche soir, d’une mission en Ukraine menée par quatre parlementaires européens, Jérémy Decerle (ici en photo avec le Ministre de l'agriculture ukrainien) a vu les conséquences de la guerre. Il se livre dans une interview à creusot-infos. Il évoque les urgences et l’avenir qui passera par l’Europe
Qu’est-ce qui vous a conduit à vous rendre en Ukraine ?
JEREMY DECERLE : «Je fais partie du groupe de travail sur la sécurité alimentaire. Avec trois autres députés européens, dont Dacian Ciolos, l’ancien commissaire européen à l’agriculture et ancien Premier Ministre en Roumanie, nous avons voulu nous rendre sur place, pour mieux comprendre la situation, pour mieux mesurer les enjeux. Pour voir ce qui, sur place, est le plus urgent. J’avais envie de le voir avec mon regard de paysan».
 
Où la délégation du parlement européen s’est-elle rendue ?
«Nous nous sommes rendus à dans la ville de Lviv. Cette ville est assez proche de la frontière avec la Pologne qui n’est pas au cœur de la guerre, même si elle a été touchée par l’attaque de la Russie. Depuis cette ville, nous nous sommes écartés en direction du centre du pays, dans les zones céréalières. C’était important pour nous de pouvoir voir».

 
Qu’est-ce qui vous a d’abord frappé ?
«C’est d’abord la motivation des Ukrainiens de vouloir se sortir de cette situation de guerre. Ils veulent évidemment se défendre, défendre leur pays. Mais ils veulent aussi faire tourner leur économie, car ils ont bien conscience que tout peut s’effondrer. C’est une population qui veut rebondir. Ils ne sont pas ko, malgré la guerre qui est là dans toutes les têtes, car elle est proche».
 
C’est-à-dire ?
«Le premier soir, la sirène d’alerte a retenti à 22 heures, puis ensuite à 6 heures du matin. On a entendu au loin des tirs. On a entendu les bruits de la guerre et forcément cela ne laisse pas indifférent, ça interpelle. Le matin, le Ministre de l’agriculture nous a dit qu’il y avait eu six frappes. On a appris ensuite que parmi les cibles visées, il y avait un centre d’entraînement militaire des forces ukrainiennes dans le district de Starytchi, dans la région de Lviv, 3 une trentaine de kilomètres de la frontière polonaise. Il faut bien comprendre que bien qu’ils soient en guerre, les Ukrainiens veulent se projeter dans l’avenir. Leur message est clair, c’est «on continue». C’est fort»
 
Quels étaient vos objectifs ?
«On s’est vraiment rendu en Ukraine pour voir ce que l’on peut faire dans la relation entre l’Ukraine et l’Europe. Il faut régler les problèmes conjoncturels. Voir comment on peut accompagner leur agriculture. Voir comment on peut débloquer toutes les marchandises, pas seulement alimentaires, qui sont bloquées. Il était important de voir comme nous européens, on peut s’impliquer pour faire sortir. Comme tos les ports sont bloqués. Ils nous ont expliqué quels sont leurs problèmes. Il n’y a pas 36 solutions, c’est par la route que l’on les marchandises doivent être sorties. Il faut aussi faire sauter tous les verrous administratifs chez nous. Je veux dire qu’il faut organiser et simplifier le transport par camion. Il y a urgence, vraiment».
 
Pourquoi y a-t-il urgence ?
«Il faut bien comprendre qu’il va falloir très vite libérer les zones de stockages, car les nouvelles récoltes vont arriver.. Il va bien falloir stocker le blé et les autres céréales. Ils en ont besoin pour vivre et nous européens aussi. Mais il faudra aller plus loin. Il faut vraiment mettre en place une organisation entre l’Ukraine et l’Europe. C’est en substance ce qu’a dit le Président de la République. L’Europe et l’Ukraine peuvent ensemble devenir le premier au monde pour l’agriculture, le 1er en quantités, le 1er en durabilité, le 1er aussi en qualité. C’est un enjeu énorme que tout le monde est en train d’identifier».
 
Quelle suite sera donnée à votre mission qui s’est terminée dimanche ?
«Nous nous sommes fixé le mois de septembre pour faire un point, voir comment les choses ont avancé. Je le répète, sortir les stocks alimentaire, c’est l’urgence absolue. Les autres stocks aussi. Mais il faut aussi organiser le marché alimentaire mondial. On nous parle des friches agricoles chez nous. Mais il y a aussi des friches, de grandes friches en Ukraine. Il y a donc des potentialités pour répondre aux urgences alimentaires. Il faut l’organiser et ne pas faire n’importe quoi».
Recueilli par Alain BOLLERY
(Photos DR)