
Le préfet de Saône-et-Loire Dominique Dufour, à l'occasion du "Emilie Mottet Tour" à Hub and Go, a également insisté sur les violences invisibles : « Les violences psychologiques qui durent des années, les violences économiques qui enchaînent, les violences sexuelles au sein du couple (…) sont des crimes. »

À Hub and Go au Creusot ce jeudi 7 mai, élus, responsables associatifs, chefs d’entreprise et représentants de l’État se sont réunis à l’occasion de l’Émilie Mottet Tour : une journée consacrée à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Entre témoignages, engagements politiques et initiatives locales, tous ont rappelé l’urgence d’agir face à un phénomène encore trop souvent silencieux.
« Les combats pour l’égalité sont au cœur de notre avenir collectif »
Présidente de la Communauté urbaine Creusot-Montceau, Isabelle Louis a ouvert cette journée en saluant « toutes celles et ceux qui rendent cette rencontre possible ».
Dans son discours inaugural, elle a insisté sur l’importance de l’engagement collectif : « Les combats pour l’égalité, pour le respect, pour la dignité ne sont pas des sujets secondaires. Ils sont au cœur de notre avenir collectif. »
L’élue a également rappelé que l’égalité ne pouvait se limiter à un principe théorique : « L’équité, ce n’est pas traiter tout le monde de la même manière, c’est permettre à chacune et chacun d’avoir réellement une chance d’avancer, de s’exprimer, de réussir et de trouver sa place. »
Face aux violences sexistes et sexuelles, Isabelle Louis a appelé à ne jamais banaliser les discriminations et les stéréotypes: « Nous avons un devoir collectif de ne jamais les banaliser. »
Pour la présidente de la CUCM, les territoires ont un rôle essentiel à jouer grâce « au lien humain, à l’engagement local et au dialogue ». Elle a souligné que cette journée permettait de « partager des outils, valoriser des parcours inspirants et construire des solutions concrètes ».
Évoquant l’avenir, elle a plaidé pour une société plus juste : « Ce sont ces jeunes filles qui osent enfin choisir tous les métiers, ces jeunes garçons éduqués dans le respect et l’égalité, ces clubs sportifs devenus exemplaires, ces entreprises plus justes. »
Citant Simone Veil, elle a rappelé que « la véritable égalité pourra enfin devenir une réalité lorsque les femmes participeront pleinement à la vie publique et économique ».
Avant de conclure : « Cette égalité n’est jamais une idée abstraite. Elle se trouve dans les décisions que nous prenons, dans chacun de nos comportements et dans notre manière de vivre ensemble. »
Un engagement fort de l’État
Le préfet de Saône-et-Loire Dominique Dufour a ensuite pris la parole en estimant que cette journée « restera gravée dans l’histoire de notre département». Il a notamment salué le lancement du projet Luminosité, présenté comme « un acte collectif de solidarité et d’espérance ».
Évoquant les féminicides et les violences intrafamiliales, le représentant de l’État a rappelé que « chaque femme tuée par son conjoint ou son ex-conjoint est certes un chiffre, mais c’est surtout un drame absolu, une vie fauchée, une famille dévastée ». Il a également insisté sur les violences invisibles : « Les violences psychologiques qui durent des années, les violences économiques qui enchaînent, les violences sexuelles au sein du couple (…) sont des crimes. »
Face à cette réalité, il a défendu la mobilisation de l’ensemble des acteurs du territoire : « Les violences conjugales et intrafamiliales ne peuvent pas être l’affaire d’un seul professionnel ou d’une seule institution. » Il a rappelé que près de « 1500 personnes ont été accompagnées en 2025 dans le cadre du réseau VIF », un dispositif départemental d’accompagnement des victimes.
Des parcours féminins inspirants
Parmi les intervenantes, Clarisse Maillet, directrice d’Aérométal, a livré un témoignage personnel et inspirant sur son parcours dans l’industrie métallurgique, un secteur encore largement masculin.
Revenant sur son enfance, elle a expliqué avoir rêvé d’indépendance en observant une femme autonome de son entourage : « Moi, je rêvais d’être Dominique (…) de pouvoir être autonome, de pouvoir faire ce que j’aimais. »
Entrée chez Aérométal alors que l’entreprise comptait seulement cinq salariés, elle a progressivement participé à son développement jusqu’à en devenir directrice. Son credo : ne jamais céder face aux obstacles. « Ne vous laissez pas fermer les portes. Si la porte est fermée, passez par la fenêtre », a-t-elle lancé aux femmes présentes dans la salle.
Elle a également insisté sur la capacité d’adaptation nécessaire dans l’industrie : « À chaque crise, nous avons vu une opportunité. » Durant la crise sanitaire, l’entreprise a ainsi réussi à se diversifier vers les secteurs du nucléaire et du médical après l’arrêt brutal de l’aéronautique.
Aujourd’hui, Clarisse Maillet se félicite de voir davantage de femmes rejoindre l’entreprise : « Au début, j’étais la seule femme. Aujourd’hui, nous avons deux femmes dans l’atelier », dont une ingénieure.
Lutter contre les déterminismes
Le maire de Marmagne et vice-président de la Communauté urbaine, Guillain Gilliot, a insisté sur les freins encore très présents dans les territoires ruraux. Selon lui, « il y a des déterminismes qui existent dans les territoires ruraux, notamment pour les jeunes filles ».
L’élu estime essentiel de valoriser les parcours féminins pour permettre aux jeunes générations de s’identifier : « Vos parcours mériteraient d’être entendus par des jeunes filles issues de ces territoires pour qu’elles puissent ouvrir de nouvelles portes. »
Il a également rappelé la difficulté pour les femmes de s’engager en politique : « Les femmes sont toujours celles qui n’ont jamais le temps parce qu’il y a les enfants, parce qu’il y a tout le poids de la vie familiale. Les hommes ne se posent pas du tout la question et il y a justement un grand travail à faire là-dessus car nous avons toutes et tous un rôle à jouer pour que les choses changent. »
Un centre régional dédié à l’égalité
L’événement s’inscrivait dans le cadre de l’Émilie Mottet Tour, porté par le centre régional Émilie-Mottet, présenté par Florian Martinez, animateur du centre.
« L’idée, c’est de parler d’égalité entre les femmes et les hommes et de sensibiliser le plus grand nombre », a-t-il expliqué. Le centre propose notamment une plateforme numérique recensant les structures engagées pour l’égalité, des ressources pédagogiques et un réseau de 165 structures régionales.
Parmi les thématiques abordées figurent « le masculinisme, la précarité menstruelle ou encore les violences conjugales ».
Nathalie Bonnot, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité en Saône-et-Loire, a détaillé le programme de cette journée organisée au Creusot. Plusieurs ateliers et “serious games” étaient proposés autour des violences intrafamiliales, des discriminations LGBT+, de l’égalité dans l’agriculture ou encore des violences sexistes dans le sport.
« On travaille déjà avec la mission interministérielle sur la lutte contre les violences conjugales », a-t-elle rappelé, précisant que la dernière table ronde portait spécifiquement sur « les violences sexistes et sexuelles dans le sport ».
« Les femmes doivent prendre toute leur place »
La sénatrice Paulette Matray a, elle aussi, rappelé l’importance d’un engagement politique fort face aux violences faites aux femmes.
Ancienne assistante sociale et ex-maire, elle a expliqué que son engagement sur ces questions était avant tout « un travail militant pour le droit à l’égalité pour les femmes ».
Évoquant les récents féminicides survenus en Saône-et-Loire, elle a reconnu que ces drames « posent beaucoup de questions », notamment dans les territoires ruraux. « Il ne faut pas que les femmes acceptent tout, ce n’est pas possible que ça continue comme ça », a-t-elle déclaré avec gravité.
Pour la sénatrice, la présence sur le terrain reste indispensable : « C’est bien beau d’écrire et de faire des choses, mais il faut aussi être présente sur le terrain, expliquer et essayer de prendre du recul par rapport à tous ces événements. »
Au Sénat, elle rappelle que les sujets liés aux droits des femmes sont régulièrement travaillés au sein de la délégation aux droits des femmes, notamment avec sa collègue sénatrice Marie Mercier. Elle estime cependant qu’il reste encore « énormément de travail à faire », particulièrement sur la place des femmes dans la vie publique.
« Il y a 50 % de femmes dans la société, pourquoi sommes-nous seulement au tiers dans les assemblées ? », a-t-elle interrogé, dénonçant encore des fonctions politiques « très genrées », souvent attribuées aux femmes dans les domaines de l’enfance ou du tourisme.
La sénatrice a également insisté sur la nécessité de former les élus et de faire évoluer les mentalités. Reprenant les mots du sénateur Éric Kerrouche, elle a rappelé que « nous sommes tous des citoyens et citoyennes éclairés », capables de se former pour faire avancer l’égalité.
Selon elle, les collectivités ont aussi un rôle majeur à jouer à travers « la charte européenne de l’égalité », qui doit permettre d’intégrer systématiquement la question de la parité dans les politiques publiques : « Dans toutes les actions menées par les collectivités, il faut se poser la question de la parité. Où est-elle ? »
Elle estime enfin que cette exigence pourrait profondément faire évoluer la société : « Si on se rend compte que ce n’est pas respecté, il faut savoir dire stop et réfléchir autrement. »
Un outil régional pour agir durablement
Enfin, Laëtitia Martinez a présenté le centre Émilie-Mottet, qu’elle décrit comme « un centre de ressources complètement consacré aux questions d’égalité entre les femmes et les hommes, d’égalité professionnelle, de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et de lutte contre le sexisme ».
L’élue régionale a détaillé le fonctionnement de cette plateforme régionale, accessible à tous, qui regroupe « des ressources, des données, des informations, mais aussi une cartographie des associations et des structures engagées sur ces questions en Bourgogne-Franche-Comté ».
Selon elle, cet outil permet également de créer du lien entre les acteurs du territoire : « C’est une véritable mise en réseau de toutes celles et ceux qui s’engagent, qui constatent les inégalités entre les femmes et les hommes et qui ont envie d’agir.»
La vice-présidente de Région a insisté sur l’importance de rendre visibles les initiatives locales et les parcours inspirants : « On y retrouve aussi nos pépites, nos parcours, nos fiertés, ces femmes qui ont réussi dans des univers majoritairement masculins ou qui font preuve d’un engagement remarquable. »
Elle a également rappelé que l’objectif de l’Émilie Mottet Tour était d’aller au plus près des habitants avec « huit rendez-vous organisés dans les huit départements de la région » afin de sensibiliser largement le public.
Pour Laetitia Martinez, ces problématiques concernent l’ensemble des territoires : « Qu’on habite dans une métropole ou dans une zone rurale, ces questions nous touchent toutes et tous. »
Elle a enfin souligné l’importance du partenariat entre l’État et la Région dans ce projet inédit : « Il y avait une volonté conjointe de dire qu’en Bourgogne-Franche-Comté, l’égalité entre les femmes et les hommes est un sujet qui nous préoccupe fortement et sur lequel on a envie de s’engager durablement. »
Avant de conclure en invitant chacun à s’approprier cet outil : « L’idée, c’est d’aller au plus près des territoires pour dire : appropriez-vous cet outil. »
Manon Bollery












































