
Pour Sébastien Martin; «L’Europe ne peut pas rester la seule grande puissance à
exposer son industrie à une concurrence déloyale. Défendre notre base
industrielle, c’est préserver notre compétitivité»
Le 15 décembre 2025, à l’issue de la réunion du Comité exécutif du
Conseil national de l’industrie – l’instance de dialogue entre l’État,
les filières industrielles et les organisations syndicales – la France
appelle la Commission européenne à un sursaut face à la concurrence
déloyale. Elle défend la mise en œuvre rapide d’une préférence
européenne ambitieuse dans les secteurs stratégiques, notamment
l’automobile.
Dans un contexte international incertain, l’industrie
européenne se trouve à un tournant décisif. Des filières clés telles que
l’acier, l'aluminium, la chimie, le verre, les médicaments critiques,
ou les pièces mécaniques, sont particulièrement sensibles. L’automobile,
pilier de l’industrie européenne, en pleine transformation
structurelle, traverse une période de grande difficulté. La France
appelle à une mobilisation européenne concrète et ambitieuse pour
protéger son industrie, continuer de produire sur le sol européen,
préserver les emplois et soutenir la compétitivité.
Près d’un an
après le Pacte pour une industrie propre et seize mois après le rapport
Draghi, il est urgent de renforcer et mettre en œuvre des actions
concrètes. Le Gouvernement, en lien avec le Conseil national de
l’industrie, demande l’adoption et le renforcement d’une série de
mesures : Face à la lenteur de la prise de décisions, le Gouvernement
appelle la Commission européenne et les États membres à un sursaut.
1/ Transformer nos outils de défense commerciale
Tout
d’abord, le Gouvernement appelle la Commission européenne à une
transformation des outils de défense commerciale, aujourd’hui trop lents
et trop complexes. Il est nécessaire de renforcer les équipes,
d’accélérer les procédures et de mener des enquêtes à l’échelle de
familles de produits et de chaînes de valeur, chaque fois que cela est
nécessaire, afin de protéger à la fois l’amont et l’aval industriels.
2/ Protéger les secteurs stratégiques
Le
Gouvernement invite également la Commission européenne à garantir
l’efficacité du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) et à
protéger les secteurs stratégiques dans le cadre de l’Industrial
Accelerator Act (IAA).
L’efficacité du MACF suppose une application
réellement équitable des règles de décarbonation. Entrant en vigueur le
1er janvier 2026, il permettra d’aligner les importations sur les
exigences européennes du marché du carbone. Pour être pleinement
efficace, il doit toutefois être renforcé : la France demande une
extension de la protection aux produits à l’aval, un soutien aux
exportations européennes, et une taxation à l’échelle des pays
producteurs afin d’éviter que des productions dites « vertes » ne
contournent le dispositif alors que l’essentiel de leur production
demeure fortement carboné. À ces conditions, le MACF pourra devenir un
véritable outil de décarbonation et de protection de l’industrie
européenne.
Aussi, le Gouvernement plaide pour la mise en œuvre d’une
préférence européenne assumée et ciblée dans les secteurs stratégiques,
dans le cadre de l’Industrial Accelerator Act (IAA) : à l’instar de ses
partenaires internationaux, l’Europe doit assumer des avantages
financiers et réglementaires pour les entreprises qui investissent et
produisent en Europe. Les réglementations sectorielles, les soutiens
publics et la commande publique doivent être pleinement mobilisés pour
bâtir une industrie résiliente et souveraine.
3/ Associer objectifs environnementaux et trajectoire industrielle
Enfin,
s’agissant de la réglementation relative aux émissions de CO₂ des
véhicules, le Gouvernement souligne que les objectifs environnementaux
doivent être indissociables d’une trajectoire industrielle claire. La
France se montre ouverte à des flexibilités concernant la neutralité
technologique et les objectifs fixés à l’horizon 2035, à condition
qu’elles s’accompagnent directement d’incitations réglementaires et
financières en faveur du maintien et du développement de chaînes de
valeur industrielles européennes compétitives dans un cadre mondial
équitable. En particulier, les véhicules électriques répondant à des
critères de production européenne doivent bénéficier de modalités de
prise en compte préférentielles, permettant d’apporter des souplesses
aux constructeurs engagés dans la production locale.
Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique a déclaré : « Les règles du jeu ont changé, soyons fermes. L’Europe ne
doit pas rester les bras croisés face aux déséquilibres causés par des
pratiques déloyales. Nous devons collectivement accélérer et renforcer
nos mécanismes de protection pour protéger nos industries, garantir
notre souveraineté, produire européen et conserver notre rang de
puissance mondiale. »
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie,
a déclaré : « L’Europe ne peut pas rester la seule grande puissance à
exposer son industrie à une concurrence déloyale. Défendre notre base
industrielle, c’est préserver notre compétitivité, nos chaînes de valeur
et notre capacité à produire sur le continent. Cela suppose d’assumer
pleinement une préférence européenne ciblée dans les secteurs
stratégiques, afin de sécuriser les investissements, soutenir l’emploi
industriel et renforcer notre souveraineté économique. Nous devons nous
doter sans délai d’outils commerciaux et réglementaires efficaces pour
permettre à nos entreprises de se projeter dans la durée. »
(Photo Manon BOLLERY)
(communiqué)