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23/09/2021 03:17
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Arnaud Montebourg : «J'en ai assez, et avec moi des millions de Français»

Juste avant la fête de la Rose à Frangy, Arnaud Montebourg se confie dans une longue interview. Sévère avec le Parti Socialiste, il explique pourquoi il est candidat et ce qui le différencie de tout le monde. Partisan d'une démondialisation raisonnable, il estime que personne n'y échappera. Au sujet de l'industrie en général et du nucléaire en particulier il fait part de ses convictions. «Mon projet est républicain, social, et vise à rétablir la France comme puissance».



Dans son bureau parisien, des miels «bleu blanc ruche» sont sur l’étagère blanche. Mercredi matin le soleil brillait sur Paris. Un peu comme les yeux de l’ancien Ministre du Redressement producteur quand il parle du «Made in France». Car c’est bien plus qu’un slogan pour Arnaud Montebourg. Il le conjugue à tous les temps. Et il n’a pas attendu la campagne présidentielle pour en faire son miel. Mais bien depuis qu'il est passé par Bercy.
S’il revendique la démondialisation, il la souhaite mesurée, quand il parle d’une «part raisonnable, mais nécessaire, de notre souveraineté». Ce n’est pas forcément qu’il veut jouer les équilibristes. Mais il ne veut pas verser dans le populisme. Après avoir officialisé sa candidature le premier samedi de septembre, à Clamecy, dans sa ville de naissance, il sera à l’affiche de la Fête de la Rose ce samedi. La mécanique est lancée. Jusqu’à quand ? demandent ses détracteurs… Il avance tête baissée, persuadé qu’il peut, qu'il va rassembler une majorité de Français sur ses idées. Ses amis disent qu’il a souvent eu raison trop tôt… En cet automne 2021 il a le sentiment d’être dans le tempo. Ainsi va Arnaud Montebourg.

A.B.

«La France s’est affaissée et les Français sont appauvris»

Avez-vous regretté certaines absences, à Clamecy, comme par exemple celle de Christian Paul, officiellement en vacances ?
ARNAUD MONTEBOURG : «Ma candidature est indépendante. Elle présente un projet inclassable. J’ai rompu avec le Parti Socialiste. Je considère qu’il a abandonné les classes populaires et les classes moyennes. C’est pour cette raison François Hollande n’a pas pu se représenter. Ma candidature a pour but de tirer les échecs des trois quinquennats précédents qui se ressemblent peu ou prou. Sarkozy, Hollande, Macron, ont tous mené à peu près la même politique, et ont conduit au même échec. La France s’est affaissée et les Français sont appauvris. Voilà le résultat».

Ne peut-on pas le dire pour d’autres nations ?
«Non, la plupart des nations européennes ont atteint le plein emploi. L’Italie a 60 milliards d’excédent commercial. Nous avons 85 milliards de déficit commercial. Nous importons 65% de nos fruits et légumes. Nous sommes devenus une passoire. Nous n’avons plus d’industrie. Les Français n’arrivent pas à boucler leur fin de mois, comme en témoigne la crise des gilets jaunes qui n’est toujours pas soldée. Je ne parle même pas des questions liées à l’insécurité, qui sont devenues une préoccupation centrale des Français.
Ma candidature a pour but de tirer les leçons de ces échecs et de proposer une politique qui n’a jamais été mise en œuvre».

Comment ?
«Elle vise à reprendre une part raisonnable de votre souveraineté. Une part nécessaire de cette souveraineté perdue».

«Ma proposition c’est le «Made in France» en taille XXL»

Dans quelle proportion ?
«Celle qui est nécessaire. Je considère que l’on a besoin de l’Union Européenne, dans la montée des conflits mondiaux, du chaos mondial et des empires que sont les Etats-Unis et la Chine. Mais nous avons besoin surtout de pouvoir organiser notre reconstruction, selon nos propres règles afin de retrouver les moyens d’agir indépendamment des intrusions permanentes de l’Union Européenne. C’est ce que j’appelle la Remontada, un projet ambitieux, collectif, difficile. Il définit les moyens par lesquels on parvient à remonter notre industrie, notre agriculture, notre éducation nationale, nos hôpitaux, nos services publics ; et comment on parvient à nous organiser pour nous passer du pétrole dans 20 ans. Cela suppose de diminuer de 5% par an la facture pétrolière.
Ma proposition c’est le «Made in France» en taille XXL, qui est malheureusement irréalisable avec la réglementation européenne libérale d’aujourd’hui. Irréalisable dans la conception, la vision, que l’Europe impose de la mondialisation à ses Etats membres. Mon projet est donc républicain, social, et vise à rétablir la France comme puissance».

Ce n’est plus le cas aujourd’hui ?
«Les faits parlent d’eux-mêmes. On s’est fait voler Alstom ; on a perdu en 15 ans, je rappelle, Arcelor, Péchiney, Alstom, Technip, Laffarge, Alcatel, Suez, Essilor… Ca ce sont les œuvres complètes de trois quinquennats, avec au sommet, celui de Monsieur Macron. Pour moi, c’est une humiliation nationale et, à chaque fois, un coup de couteau planté dans le cœur de notre pays. Et si je suis candidat, c’est pour mettre fin à cela, car j’en ai assez ! Et avec moi des millions de Français. C’est un vrai cri du cœur que j’exprime là. J’en ai assez de voir mon pays descendre, à cause d’une classe dirigeante corrompue, ou incompétente, ou encore trouillarde. Voilà qui est dit !»

David Marti dit que la démondialisation serait une catastrophe pour Le Creusot…
«La démondialisation est inéluctable et elle déjà commencé.
En raison des taxes carbone qui arrivent. De la nécessité de produire là on consomme et de consommer ce que l’on produit, et du retour du circuit court, pas seulement dans l’alimentation et l’agriculture, mais aussi dans l’industrie. D’ailleurs, le commerce mondial s’est effondré pendant le COVID, les traités de libre échange sont attaqués de toute part dans le monde. Nous allons donc devoir reconstruire des bases industrielles, pour accéder à l’autosuffisance. Non seulement Le Creusot n’y échappera pas, mais en sera bénéficiaire comme beaucoup de territoires industriels».

200.000 emplois directs

Quand des entreprises, comme par exemple Matière exportent 100% de ce qu’elle produit, quand Industeel exporte de 70 à 80% de sa production, que répondez-vous ?
«Je pourrai leur répondre que la commande publique, les rétrécissements des flux économiques, devront amener ces belles entreprises industrielles à être privilégiées sur le sol national par la commande publique (100 milliards annuels). Nous importons 3,7 milliards de machines pour la construction, 4,2 milliards de matériels de levage et de manutention, 3,5 milliards d’engrenages et d’organes de transmission, 10 milliards de médicaments d’endormissement pour les hôpitaux et 1,8 milliard d’antibiotiques, 1 milliard de polymères et accumulateurs, 900 millions de thermostats, 800 millions de radars et de matériels de navigation… Nous avons commis l’erreur de confier les clés de nos usines aux autres, qui les ont installées ailleurs ! J’ai pris dans ces exemple seulement l’équivalent d’environ un tiers du déficit de la balance commerciale, vous imaginez donc l’ampleur de notre dépendance. Mon projet c’est d’investir dans tous ces secteurs, car la France est compétitive ; et de remonter des industries, avec eux, avec tous ceux qui voudront.

Cela se traduirait comment ?
«C’est l’équivalent de 500 usines, entre 4 et 5 par département qu’il va falloir remonter et construire».

Il faut que l’Etat soit à la manœuvre ?
«Les industriels ne peuvent pas le faire seuls et l’Etat ne sait pas le faire. Donc il faut faire travailler l’Etat et les industriels ensemble. Donc on va utiliser la commande publique, les réglementations protectionnistes, le secteur bancaire public, pour remonter l’industrie qui nous manque. Rien que 30 milliards de chiffre d’affaires réalloué sur le territoire français, ce sont 200.000 emplois directs, sans compter les indirects. Il nous manque un million d’emplois industriels en France. Si on les veut, on sera obligé de reconstruire une industrie, à l’abri de protections que nous aurons à établir. C’est ce qu’ont fait les Japonais, c’est ce qu’ont fait les Chinois, c’est ce que font les Américains. C’est le moment de le faire».

«Le «made in France est majoritaire»

Vous pensez que vous pouvez convaincre une partie de la gauche, du centre droit…
«Je pense que sur cette ligne là, il y a des Français qui pensent comme moi dans tous les sensibilités politiques. Et j’ai envie de dire que ces idées- là sont devenues majoritaires. Le «made in France» est majoritaire. La démondialisation est majoritaire. Le scepticisme sur les dysfonctionnements européens est majoritaire. Donc je constitue une candidature d’alternative. Et comme il y a une majorité de Français qui pensent cela, s’ils me jugent apte à réaliser cette politique, il n’y a aucune raison que l’on ne réussisse par à constituer une majorité politique progressivement dans la campagne»

Comment convaincre Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon de s’effacer ?
«Je ne commente pas les autres candidatures. Je défends mes propositions et ne gaspille pas mon temps de parole, en commentaires inutiles».

Nucléaire : «La seule solution pour faire face à l’urgence du changement climatique»

La Saône-et-Loire est le berceau du nucléaire. Vous êtes toujours pour ? Que faut-il faire pour lutter contre le réchauffement climatique ?
«J’observe d’abord que tous les pays qui ont fermé des centrales nucléaires ont construit des centrales au gaz et au charbon. L’Allemagne a fermé 11 centrales nucléaires et a construit 10 centrales au gaz et au charbon. La dernière, celle de Neurath, construite en 2018, émet 32 millions de tonnes de CO2, c’est à dire plus que la totalité du transport aérien français !
Je note que les Verts allemands, norvégiens, danois, ont changé d’attitude sur le nucléaire et considèrent que c’est le seul moyen, avec les énergies renouvelables, qui subsiste pour réussir à décarboner d’urgence l’économie. Et de fait, il y a 51 centrales nucléaires en construction dans le monde, en raison de cette prise de conscience là. La Belgique vient de décider de fermer ses centrales nucléaires mais va construire des centrales au gaz qui vont faire exploser négativement son bilan carbone.
Voilà pourquoi je défends l’investissement dans une nouvelle génération de réacteurs nucléaires, plus petits, mieux pilotables et capables de participer à l’élimination des déchets que nous avons sur les bras. L’énergie nucléaire n’est pas une énergie propre, mais à l’avantage d’être hautement decarbonée. Mais c’est la seule solution pour faire face à l’urgence du changement climatique. Je préfère donc effectivement un couple énergie renouvelables et nucléaire, qui nous permettra de de nous débarrasser des 45 milliards de facture pétrolière annuelle, dans 20 ans ; Plutôt que des énergies renouvelables seules qui ne nous permettront pas, de nous débarrasser du pétrole ! Je ne crois pas que cette position soit anti-écologique. Au contraire, il s’agit d’une écologie qui permet d’avancer grâce au nucléaire».

Bure ? «Une solution raisonnable»

Le centre d’enfouissement de Bure c’est une bonne solution ?
«Je la défends. C’est une solution qui techniquement est bonne. C’est une solution raisonnable. Il faut bien considérer ces déchets. Mais la meilleure solution c’est la nouvelle génération de réacteurs capables de dévorer les déchets radioactifs en s’en servant comme combustibles».

A ceux qui disent, comme Anne Hidalgo, «Il faudra qu’on embarque Arnaud», vous répondez quoi ?
«Ma position c’est que j’ai une proposition politique qui n’a que peu de rapports avec la sienne. J’ai un projet et il est inclassable : Le retour à la terre. C’est une proposition politique, pour lutter contre la prise du pouvoir pat les métropoles du pays. Le Parti Socialiste présente la Maire de la 1ère des métropoles de France et même d’Europe. Il y a là une vision antinomique. Mon programme de retour à la terre propose de prendre en compte ces 10 millions d’habitants vivant dans les métropoles qui rêvent de s’installer à la campagne, dans les sous-préfectures et villes moyennes. Ils n’en ont pas les moyens. Parallèlement, il y a un million de biens vacants abandonnés sur tous les territoires, d’après l’INSEE.
Ma proposition est que l’Etat rachète ces biens à faible valeur, les attribue gratuitement aux familles qui veulent s’installer, lesquelles devront les rénover à leurs frais et les habiter durablement. C’est un programme d’accession à la propriété pour ceux sui n’en ont pas et qui pourront se constituer un patrimoine. Ca permettra à beaucoup de retrouver leurs racines, de changer de vie professionnelle, de se reconvertir. C’est le projet de la deuxième vie professionnelle. C’est aussi la réalisation d’un rêve.
Si nous arrivons à amener un million de familles à quitter les métropoles, à faire baisser les prix du logements là bas et rénover partout sur nos territoires, c’est du travail pour les artisans, des enfants pour les écoles, des commerces, des emplois pour l’artisanat, l’agriculture. Ca sert à ça la politique».

Médecins salariés ? Bravo André Accary

André Accary, le Président du conseil départemental de Saône-et-Loire, a décidé de salarier des médecins. Il a eu raison ?
«Il a réussi en ayant une politique audacieuse sur ce plan là et les résultats sont là. Il faut le généraliser, oui, si ça peut fonctionner et je dirai que la Saône-et-Loire peut devenir le modèle à suivre pour faire disparaître les déserts médicaux. Pour ma part, je propose le rétablissement du service national civil et militaire, obligatoire, incluant les étudiants en médecine. Ils auront l’obligation de faire leur service dans les déserts médicaux, pour soigner les gens».

Faut-il, à la fin des études, imposer des installations ?
«Il faudra forcément aller vers ce type de décision. Mais le service national sera déjà l’occasion d’amener des médecins à faire leurs armes et, peut être, adopter un territoire. Nous en verrons bien les effets. Le coercitif doit toujours rester la solution ultime».

Paris 2024, ça vous fait rêver les JO en France ?
«Je trouve que nous avons des sportifs extraordinaires, qui n’ont pas mérité de se faire sermonner par le Président de la République. A domicile on peut être encore plus fort, ça peut doper nos résultats».

Un projet d’équipement sportif pour les JO remis en cause par un tribunal, ça pose un problème ? Un peu comme pour des projets éoliens…
«On n’a pas réussi en France à trouver un compromis sur l’usage des sols. Je proposerai donc que l’on mette un coup d’arrêt à l’artificialisation des sols et qu’en contrepartie on libéralise l’urbanisme, dans les zones déjà urbanisées, de manière à permettre la densification, là où il y a déjà des constructions, même en milieu rural. Y compris dans les zones industrielles et commerciales. La France est paralysée par la bureaucratie et la judiciarisation de l’usage des sols. On pourra échanger la liberté plus grande de construire là où c’est déjà construit contre des interdictions beaucoup plus fortes portant sur les sols naturels et agricoles à protéger. C’est comme cela qu’on pourra trouver un compromis».

Exclusivement des miels d'origine France

Un petit mot sur les abeilles ?
«Une année apicole difficile, en raison de la perturbation météorologique qui a un rapport avec le réchauffement climatique. L’année dernière, avec la sécheresse, dans le Sud les abeilles n’avaient pas pu produire de miel. Cette année c’est dans le Nord où les précipitations ont été trop fortes. Il va falloir vivre avec ces animaux en danger qu’il faut veiller à protéger. Je reste un grand militant de la cause des abeilles.
Concernant «Bleu Blanc Ruche», nous avons fait en 2020, 600.000 euros de chiffre d’affaires l’année dernière, nous étions en croissance de 47%. Cette année la croissance continue et on espère améliorer nos marges et nos résultats. Nous n’importons jamais de miel, car nous défendons et commercialisons exclusivement des miels d’Origine France Garantie, et fédérons 45 apiculteurs qui font des miels de cru ! Et ces apiculteurs se sont engagés à augmenter leur cheptel en contrepartie d’un achat supérieur aux prix de marché. C’est pour cela qu’on appelle nos miels Bleu Blanc Ruche des miels de repeuplement»
Recueilli par Alain BOLLERY
(à Paris)