
A l’initiative de François Sauvadet, président de Départements de France, Mâcon a accueilli ce mardi, le «Beauvau de la sécurité civile». André Accary a présenté au Ministre, François-Noël Buffet, son rapport sur la gestion de crise. Il fait le point dans une interview.
Outre les phénomènes de sécheresse, quels sont les nouveaux risque et périls dont la France doit se méfier ?
ANDRE ACCARY : «Tous ! Oui, objectivement tous ! Région par région, il y a toujours eu des défis face aux aléas climatiques. Aujourd’hui ils sont plus fréquents et plus violents. C’est pour cela que j’emploi le qualificatif de «pompiers climatiques», car il y a un éventail de risques climatiques. Et je suis convaincu qu’ils vont toucher tout le monde.
Prenons les inondations, on en a eues en Saône-et-Loire. Mais on en aura un jour en Saône et Loire et elles seront d’une ampleur beaucoup plus importantes. Nous devons tous l’avoir à l’esprit.
On n’avait pas de feux de forêts. Mais la répétition des sécheresses et leur ampleur font que désormais nous devons faire face à des feux de forêts plus importants. Nous sommes aujourd’hui devenu une zone sensible.
Pareil pour les orages. Ils peuvent être très courts et très violets !»
Existe-t-il de vraies différences entre les risques dans les zones urbaines et les territoires ruraux ?
«Ce sont les risques qui peuvent être différents, ou plutôt les conséquences différentes, en fonction par exemple de la concentration de population sur un secteur donné. Pour l’instant, ce sont plus les zones rurales qui subissent les incendies. Mais personne n’est à l’abri d’orages qui peuvent être très violets. Mais tout cela, à un moment ou à un autre, va se croiser. C’est pour cela que c’est un défi intéressant que celui d’essayer de traiter et d’anticiper. Mais il ne faut pas tomber dans le catastrophisme. J’ai un exemple basic…»
Lequel ?
«Suite à l’orage de grêle très violent qui avait notamment frappé le Charolais dont la région de Digoin et qui avait duré sept minutes, on a constitué un stock. On a acheté tout ce qu’il fallait pour faire face à de gros besoins sur une période de dix jours. Et ce ne sont pas seulement des bâches.
C’est cela la philosophie du Beauvau de la sécurité civile : Comment adapter les réponses aux nouveaux défis».
Quelles sont les urgences pour les années à venir ?
«L’urgence pour les départements et les pompiers, c’est s’adapter face aux défis des risques climatiques. C’est le maître mot. C’est le sens de ce que j’ai lancé en Saône et Loire. Nous avons désormais 1000 pompiers formés pour les feux de forêt. Et nous avons lancé de lourds investissements pour être équipés en matériel. Ce qui nous permet désormais de pouvoir venir en soutien ailleurs, dans d’autres départements.
Nous avons engagé une réflexion sur les autres risques climatiques. Une réflexion pour être à niveau sur les risques opérationnels et techniques. La carte actuelle des risques climatiques ne va pas s’arrêter aux frontières de la Saône et Loire ou de la Bourgogne. Ils vont arriver chez nous. On sait très bien que nous devons faire face à des orages courts et très violents».
Comme à Marcigny et Iguerande en 2007 ?
«Oui exactement. C’est un petit ruisseau qui coule et tout avait été inondé. Ce que l’on voyait dans le Sud Est de la France était arrivé chez nous. Eh bien il faut avoir bien conscience que ce risque existe».
A combien estimez-vous l’enveloppe des investissements à réaliser ?
«Le Beauvau de la sécurité civile qui avait lieu ce mardi à Mâcon n’avait pas pour objectif de le chiffrer. On sait que nous devons tous faire des efforts. En fait, nous avons une montée en charge et en puissance des chiffres. Nous sommes sur des progressions à deux chiffres. En 2024 le budget du SDIS était de 70 millions d’euros, contre 54 millions en 2014. C’est quand même pratiment une augmentation de 30% en dix ans. C’est bien plus que l’inflation !
Qui doit financer les investissement à venir et dans quelles proportions ?
«Aujourd’hui, les budgets sont assurés à 90% pour les collectivités locales et donc 10% pour l’Etat. On ne pourra pas tout faire tout seul. Pour les moyens aériens, il est logique que ce soit à la charge de l’Etat, même si des départements ou investi sur l’aérien. Il y a eu des efforts de faits par l’Etat pour financer des investissements. C’est le sens du pacte capacitaire. Il faut le pérenniser.
Mais je pense qu’il faut aussi prendre en compte la valeur de ce qui est sauvé par l’intervention des pompiers. Ils sont de plus en plus efficaces. Par exemple, aujourd’hui, un hectare brûle contre quinze ans. Cela génère donc des économies pour les assurances. Il y a donc une logique à ce que les assurances contribuent à l’effort, car c’est quand même pour limiter les conséquences y compris financières !»
Quel est votre plan d’action en Saône et Loire ?
«Il est simple et il reste le même : Continuer à investir. Nous avons pour ainsi dire rattrapé le retard qui avait été pris et remis le département à niveau. On se pose des questions sur les risques à venir, pour essayer d’imaginer les futurs besoins».
Recueilli par
Alain BOLLERY

