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16/09/2026 18:10
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Alliance ou rupture avec Mélenchon : L’équation insoluble de la gauche

La gauche a besoin des électeurs insoumis pour se qualifier au second tour de la présidentielle. En même temps, Jean-Luc Mélenchon serait le plus mal placé pour affronter Marine Le Pen en cas de duel, selon les sondages... La question des alliances semble donc insoluble : le partenaire indispensable à la qualification est celui qui l’empêcherait de gagner... Les résultats des municipales de 2026 montraient déjà le blocage d’un système de partis fragmenté et incapable de produire des majorités.

Alliance ou rupture avec Mélenchon : l’équation insoluble de la gauche

Thomas Ehrhard, Université Paris-Panthéon-Assas
L’ESSENTIEL
  • La gauche a besoin des électeurs insoumis pour se qualifier au second tour de la présidentielle. En même temps, Jean-Luc Mélenchon serait le plus mal placé pour affronter Marine Le Pen en cas de duel, selon les sondages.
  • La question des alliances semble donc insoluble : le partenaire indispensable à la qualification est celui qui l’empêcherait de gagner.
  • Les résultats des municipales de 2026 montraient déjà le blocage d’un système de partis fragmenté et incapable de produire des majorités.

Au soir du second tour des élections municipales 2026, le 22 mars, Jean-Luc Mélenchon écrivait que le résultat « ouvre directement le cycle de l’élection présidentielle de 2027 ». Le commentaire politique a suivi : ces municipales seraient le premier tour de la présidentielle. Six mois plus tard, plus personne ne s’en réclame. Ni les vainqueurs ni les vaincus n’invoquent ces résultats pour justifier leur position.
Toutefois, cette disparition est trompeuse. Les municipales ont produit une information électorale précise dont les enseignements ont été tirés diversement. Et, c’est justement parce que la question n’a pas été tranchée que celle-ci structure aujourd’hui tout l’automne de la gauche.

Les enseignements des élections municipales de mars 2026

Le verdict était net, à défaut d’être sans appel. Dans les villes de plus de 50 000 habitants, sur 17 fusions de listes entre socialistes, écologistes ou communistes et La France insoumise (LFI), 11 ont été perdues au second tour (Toulouse, Strasbourg, Besançon, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Poitiers, Avignon, Argenteuil, Colombes, Clichy), pour 6 victoires (Lyon, Nantes, Grenoble, Tours, Aubervilliers, Villejuif). Sur les 13 villes où la gauche non insoumise avait écarté toute alliance, 9 ont été gagnées. La corrélation n’est pas une causalité, mais elle est nette et univoque. À Toulouse, le candidat insoumis allié au socialiste arrivé troisième pouvait espérer plus de 50 % des suffrages ; il n’en a obtenu que 46,13 %.
Pourtant, la lecture des nombres a été sujette à interprétations. Le député Aurélien Rousseau, proche de Raphaël Glucksmann, a formulé le mécanisme de ces fusions qui « n’ont pas été des additions, mais des soustractions ». Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a été plus direct encore : « La France insoumise nous a fait perdre. »
Côté insoumis, Manuel Bompard a considéré que « 48 % à Toulouse, si ça, c’est un plafond de verre, ça me va ». La maîtrise des fondements de l’arithmétique électorale n’étant visiblement pas partagée, deux conclusions opposées en ont été tirées.
L’enquête électorale d’avril 2026 a confirmé l’ampleur du rejet : 81 % des Français seraient mécontents d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon, 8 % seulement des sympathisants socialistes s’en satisferaient, et 73 % jugent peu ou pas probable de voter un jour pour LFI. L’information était disponible, chiffrée, récente. Or, un système de partis est censé apprendre de ses tests électoraux : les acteurs ajustent leur stratégie à ce que les urnes leur ont appris. Mais, c’est à cette étape indispensable, que le mécanisme s’est enrayé. Pourquoi ?

Un verdict électoral inapplicable : le plancher haut et le plafond bas

L’explication est simple, elle tient dans le fait que l’information à tirer des municipales est antithétique dans ses implications. LFI est arithmétiquement nécessaire au premier tour et électoralement éliminatoire au second. Aucune stratégie ne peut satisfaire les deux contraintes simultanément.
Les deux sont largement documentés. En juillet, l’Ifop créditait Jean-Luc Mélenchon de 15 % d’intentions de vote, niveau qu’il n’avait jamais atteint dans les enquêtes de l’institut, premier à gauche. Sa candidature capte quatre à cinq électeurs du Nouveau Front populaire sur dix. Aucune candidature de gauche ne peut espérer la qualification sans cet électorat. Mais, sa défaite au second tour semble également très probable, avec une ampleur telle qu’elle ne laisse pas de place au doute. Dans un second tour face à Marine Le Pen, il obtiendrait autour de 30 % des voix, un électeur socialiste sur deux s’abstiendrait, et il n’en récupérerait qu’un sur trois.
La leçon exprimant concurremment ces deux idées (« vous perdez avec » et « vous ne pouvez pas gagner sans ») ne peut pas être comprise comme une information électorale stratégique par des candidats en concurrence. Les partis ne peuvent que se diviser sur la moitié du verdict qu’ils retiennent à leur avantage.

Le déplacement des questions municipales au sein de la primaire du PS

De cela ont résulté des conséquences logiques avec une alternance de choix opposés sur la question des alliances. Le 9 juillet, les adhérents du Parti socialiste (PS) ont voté à 55,5 % pour une primaire réservée au pôle social-démocrate, contre 44,5 % pour la primaire ouverte à toute la gauche non insoumise que défendait leur premier secrétaire. Le PS s’est ainsi retiré d’une primaire unitaire qu’Olivier Faure avait co-initiée en novembre 2025. Le 25 août, en ratifiant les modalités de sa propre primaire avec Place publique, le PS a refusé d’inscrire, dans la charte des candidats, le principe de non-alliance avec LFI aux législatives de 2027 (accord PS-Place publique ratifié par le Conseil national du PS à 159 voix pour, 32 contre, 21 abstentions). Deux jours plus tôt, Raphaël Glucksmann s’était déclaré candidat sur la ligne inverse, affirmant : « Si je gagne cette primaire, il n’y aura plus jamais d’accord » avec La France insoumise. Le 30 août, Olivier Faure s’est porté candidat contre lui.
Ainsi, la question de mars n’a pas été tranchée et est restée l’axe de division du parti qui devait la trancher. Elle se rejoue, désormais, à l’intérieur même de la primaire. Le 7 septembre, François Ruffin, ancien insoumis, a demandé à y participer. Olivier Faure s’y est déclaré favorable (la primaire doit aller « de Ruffin à Glucksmann ») et une centaine d’élus socialistes l’ont soutenu par lettre ouverte. Raphaël Glucksmann l’a refusé, en défendant la procédure adoptée par le PS en juillet.
Outre la curieuse inversion des rôles entre un premier secrétaire allant contre la procédure adoptée par son parti et un candidat extérieur étant le plus légaliste, cette séquence est révélatrice de la permanence de la question. L’un raisonne en addition : chaque candidature intégrée favorise une qualification au premier tour ; l’autre raisonne en soustraction : chaque proximité avec l’ancien monde insoumis coûte au second tour. Ce sont les deux lectures de Toulouse.
Hors de la primaire, la gauche continue de se diviser. Les candidatures se multiplient : Marine Tondelier, dont le propre parti se divise sur l’opportunité de sa candidature, Fabien Roussel pour le Parti communiste français (PCF), voire Bernard Cazeneuve et Karim Bouamrane. Marine Tondelier en tire un constat implacable : la gauche « va dans le mur pour la troisième fois en trois présidentielles ».

Un système de partis qui ne peut pas apprendre

La situation de cet automne ne fait, finalement, que mettre en évidence ce que les fusions municipales avaient révélé localement. Il faut donc renverser la lecture politique initiale : les municipales n’ont pas ouvert le cycle présidentiel qu’elles auraient dû clarifier, elles ont révélé, précocement, qu’il était déjà bloqué.
Dans un système de partis fragmenté où les injonctions du premier et du second tour sont contraires, l’information électorale ne produit pas d’ajustement stratégique, parce que chaque acteur peut invoquer la moitié du verdict qui lui convient.
Cette contradiction n’est pas propre à la gauche. Le scrutin majoritaire à deux tours l’impose à toutes les familles politiques, d’autant plus fortement que l’une des deux places qualificatives pour le second tour est assurée pour le Rassemblement national (RN), dont l’élimination au second tour n’est plus certaine, loin de là.
Néanmoins, cette contradiction pèse plus pour la gauche. Si, pour les autres le départage entre les candidats pourrait conduire à la victoire, pour la gauche, cette contradiction devient insoluble parce que le partenaire indispensable à la qualification (LFI) est aussi celui qui l’empêche de gagner au second tour.
En politique, pour paraphraser Henry Kissinger, les faits en eux-mêmes sont rarement explicites, tant leur signification, leur analyse et leur interprétation dépendent du contexte et des intérêts des acteurs. À plus de sept mois de l’élection présidentielle, les dynamiques de la campagne électorale contraindront, peut-être, les candidats et les partis de gauche à converger, en se souvenant des échecs passés (l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle en 2002), à moins que les imprévus de campagne (arrestation de Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol, à New York en 2011) viennent en changer la fin annoncée.The Conversation
Thomas Ehrhard, Maître de conférences, Université Paris-Panthéon-Assas
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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