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EDITO : Emmanuel Macron et ses premières obligations

08/05/2017 09:00Lu 4539 foisImprimer l’article
C’est sans doute entre le dimanche 14 Mai et le mardi 16 Mai qu’Emmanuel Macron effectuera officiellement son entrée à l’Elysée.

François Hollande lui transmettra alors les clés de tous les pouvoirs que la constitution confère au Président de la République.
Emmanuel Macron sera alors, très symboliquement, face à une feuille blanche. Très symboliquement parce que depuis de nombreux mois déjà il a décidé ce que sera son programme, ce que sera le lancement de sa gouvernance.
Mais pour Emmanuel Macron ce sera encore bien plus solennel que pour ces prédécesseurs, ceux qui ont été à l’Elysée depuis Pompidou. Car la victoire d’Emmanuel Macron n’est pas une victoire comme les autres. Pour beaucoup, elle est un peu venue de nulle part.
Il y a un an, bien peu connaissaient Emmanuel Macron. Et pourtant les Français lui ont offert une victoire avec de l’éclat. Car même si pour beaucoup voter Macron au deuxième tour n’était pas obligatoirement une adhésion, ils ont quand même glissé un bulletin Macron dans l’enveloppe. Pas un bulletin Le Pen. Pas un bulletin blanc. Pas un bulletin raturé.
Et si effectivement les votes blancs et nuls ont atteint les 10% des votants à l’échelle nationale, si effectivement on peut dire que c’est peu, quand d’autres pensent que ce n’est pas assez, la vérité c’est qu’une victoire obtenue avec environ deux tiers des suffrages, c’est exactement ce que le nouveau Président de la République espérait dans son duel avec Marine Le Pen.
Une victoire avec un score en dessous de 60% et même en dessous de 55% aurait rendu extrêmement difficile les premiers mois de sa gouvernance.
Là Emmanuel Macron est libre. Libre d’écrire une nouvelle page de l’histoire de France. Il est devant sa page blanche et il sait qu’il appartient à lui seul d’écrire le nom de son «premier» Premier Ministre ou «première» Première Ministre. Il est libre, car il n’est pas prisonnier des appareils. Certes et évidemment il devra avoir une majorité. Il en a besoin pour entamer les réformes qu’il souhaite porter. Il connaît trop les échecs et les renoncements des gouvernances passées, dont celle à laquelle il a appartenu avant de claquer la porte, pour être convaincu que l’heure est maintenant de ne plus tromper nos concitoyens.
Sur sa page blanche, Emmanuel Macron ne devra pas se contenter d’écrire des promesses, de remettre au lendemain ce qu’il a annoncé vouloir faire. Non, le nouveau Président de la République doit s’attaquer aux défis sans la réussite desquels la France ne doit pas rebondir.
Pour cela il ne doit pas donner des caps pour faire plaisir à telle ou telle faction politique. Il a bien vu que la France des villes n’a pas voté comme la France des campagnes.
La fracture est profonde avec une différence. En 2002, au second tour, Jean-Marie Le Pen était arrivé en tête dans un nombre infime de communes. Ce dimanche 7 Mai 2017, sa fille est arrivée en tête dans un certain nombre de communes, partout sur le territoire, y compris en Saône-et-Loire, y compris autour du Creusot.
C’est l’expression affirmée d’une défiance à l’égard des élites, à l’égard de cette élite qui, prenons un exemple, considère que tout le monde a le métro et des transports en commun, et qui stigmatise celles et ceux qui prennent leur voiture pour travailler.
La France qui travaille, celle qui se trouve en dehors des villes, veut être considérée. «On n’est pas des ploucs», nous confiait récemment un acteur socio-économique qui n’en peut plus des normes, qui n’en peu plus des contraintes imposées par des élites qui ne connaissent pas les réalités du terrain. «Quand je vois qu’un de mes employés se retrouve dans la galère parce qu’il a eu une suspension de son permis de conduire, alors qu’il n’a tué personne et qu’il n’a commis aucun crime, je me dis que notre pays va mal, qu’il est à côté de la plaque. Comment peut-on empêcher quelqu’un de travailler, alors que l’on a justement besoin d’avoir des gens qui travaillent ?»
C’est une des questions paradoxales que l’on ne peut considérer que si on est en province, sur des territoires où les bus ne passent plus, où les trains ne s’arrêtent plus. Mais ce n’est pas tout. Comment peut-on accepter que l’on n’arrive pas à recruter une serveuse, un serveur, un cuisinier, alors que l’on a des millions de chômeurs ? C’est pourtant ce qui est vécu par les professionnels de la restauration. Ils ne comprennent pas que Pôle Emploi soit incapable de leur apporter des réponses.
La vérité c’est que pour ces métiers comme d’autres, la vérité c’est que notre système de formation n’est plus en adéquation avec les besoins de notre économie. Et cela touche aussi les entreprises industrielles.
Il faut donc tout remettre à zéro. Pas pour plaisir de le faire. Mais pour obtenir des résultats rapidement. Très rapidement.
De même, nos concitoyens n’accepteront plus longtemps de ne plus avoir accès à la santé. Pas seulement parce qu’il n’y a plus assez de médecins et de professionnels de santé formés. Mais parce qu’ils ont la liberté de s’installer où ils le souhaitent, qu’ils sont majoritairement concentrés dans le Sud et dans les grandes villes, alors même que c’est la nation, toute la nation, y compris celle des territoires ruraux qui a en grande partie financé leur formation.
On le voit, sur sa feuille blanche, Emmanuel Macron va devoir écrire les bons mots, écrire les bonnes priorités. Car, nous l’avons déjà écrit, il n’y aura pas de session de rattrapage en 2022.
Alain BOLLERY