jeudi 24 mai 2018
Édito
Le devoir de mémoire ne doit pas être une option. C’est une obligation et en ce sens, il est particulièrement regrettable que les enfants des écoles du Creusot ne soient pas plus impliqués dans les commémorations. Que ce soit le 11 novembre ou le 8 mai.
Questions à...
Alors que le championnat se termine, Dominique Juillot se livre dans une interview vérité. Il se projette dans l’avenir et dessine ce que devra être l’Elan Chalon 2018/2019. Avec des jeunes. Avec, pourquoi pas, un retour de John Roberson…
Le tourisme en Saône-et-Loire est sur un vent porteur. 2018 sera d’abord l’année du vélo et 2019 sera l’année de l’œnotourisme annonce Elisabeth Roblot, dans une interview à creusot-infos.
L’ancien Ministre sera ce mercredi à Mâcon pour une visite d’expertise. Il se confie dans une interview à creusot-infos :
«André Accary a eu raison de lancer le recrutement de médecins»
«RCEA : On a perdu de belles années»
«Je soutiens la réforme de la SNCF. L’ouverture des lignes à la concurrence est une bonne chose»
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Interview de Dominique Bussereau, président de l’assemblée des départements de France

24/04/2018 16:45Lu 1809 foisImprimer l’article
L’ancien Ministre sera ce mercredi à Mâcon pour une visite d’expertise. Il se confie dans une interview à creusot-infos :
«André Accary a eu raison de lancer le recrutement de médecins»
«RCEA : On a perdu de belles années»
«Je soutiens la réforme de la SNCF. L’ouverture des lignes à la concurrence est une bonne chose»
Dominique Bussereau distribue aussi des bons points à trois Ministres, parle des Européennes, de la ligne de Laurent Wauquiez et délivre un conseil à Arnaud Danjean…
En quoi vos déplacements dans les départements sont-ils importants ?
DOMINIQUE BUSSEREAU : «Nous avons lancé l’année dernière le concept d’ateliers des départements de France. Il est important d’aller voir sur le terrain ce qui marche, découvrir et mettre en lumière les bonnes pratiques, lors de rencontres, pour les faire connaître à tous».

En quoi le principe du recrutement de médecins lancé par le département de Saône-et-Loire est-il séduisant ?
«Il est très innovant. A de rares exceptions, tous les départements sont confrontés au problème de la désertification médicale. Il est faux de croire que cela touche uniquement les territoires les plus ruraux. Je suis élu en Charente Maritime, à Royan, qui est une destination touristique avec beaucoup d’atouts. Eh bien comme d’autres nous avons du mal à compenser les départs à la retraite de nos médecins généralistes, mais aussi à trouver des spécialistes. C’est le problème, je pense, de toutes les villes moyennes. André Accary a donc eu raison de lancer cette initiative d'un centre départemental de santé et de salarier des médecins».

Etes-vous pour que les jeunes médecins aient une obligation d’installation au début de leur carrière ?
«Je ne crois pas à ce qui est imposé. Dans mon département, nous sommes allés dans les facultés de médecines de Limoges, Bordeaux et Poitiers. Nous proposons, sur les deux dernières années d’études, une bourse mensuelle avec en contrepartie un engagement d'une implantation sur un territoire pendant cinq ans. En fait, je pense que chacun doit faire preuve d’inventivité.
En ce sens, la Saône-et-Loire a franchi une étape supplémentaire avec la création d’un centre départemental de santé. Et quand André Accary nous en parle à l’assemblée des départements de France, on voit bien que son idée séduit»

La Saône-et-Loire c’est aussi la RCEA, un dossier que vous avez traité…
«Oh que oui et je regrette que le projet auquel on avait abouti ait vu un changement d’avis par la majorité de Monsieur Montebourg. On a perdu de belles années. On avait pensé à une route concédée qui pouvait être autre chose qu’une autoroute. Aujourd’hui on ne sait pas quand la RCEA sera entièrement à deux fois deux voies. Mais je remarque que Madame Borne, avec la future loi sur la mobilité, a cette idée de routes concédées…»

Quel regard portez-vous sur la réforme de la SNCF ?
«Je soutiens cette réforme. Car la possibilité d’ouvrir des lignes à la concurrence est une bonne chose pour les usagers. Je crois en l’avenir du ferroviaire. A l’international nous sommes appréciés notamment pour nos entreprises et nos services. La France a besoin de se mettre en adéquation avec un modèle moderne, car aujourd’hui les structures sont beaucoup trop pyramidales et complexes. Très clairement, on n’est pas allé au bout de ce qu’il faudrait en matière ferroviaire. La Grande Bretagne, qui a fait sa révolution ferroviaire, a été beaucoup décriée. Mais aujourd’hui c’est le seul pays où le ferroviaire gagne des parts de marché.
En France, la grève que nous subissons ne va rien arranger pour le fret. Et de cela personne ne parle. Les trains de marchandises sont bloqués. C’est une véritable agression sur 10% de l’activité ferroviaire qui se retrouve à l’arrêt car à avec la pénurie de trains provoquée par la grève, on préfère faire circuler des trains de voyageurs».

Craignez-vous que le conflit s’éternise ?
«Une grève comme celle-ci, c’est toujours désagréable pour les plus humbles. Certains ont des solutions avec l’avion, avec la voiture. Moi je pense aux travailleurs, aux étudiants, au lycéens. Pour eux, il faut que ça cesse. Je trouve et j’ai dit au Premier Ministre, qu’il y a eu un défaut d’explications. On n’a pas assez dit les choses. Oui la concurrence peut améliorer le service et contribuer à réduire le déficit. Reste que le Gouvernement a le soutien de l’opinion publique. Il faut continuer de dialoguer avec les partenaires sociaux, mais il faut aller au bout de la réforme».

Si on vous demande de citer trois bons élèves de Gouvernement, à qui pensez-vous ?
«Jean-Michel Blanquer le Ministre de l’Education Nationale, car il a une belle réussite dans ce qu’il fait. Jean-Yves Le Drian pour son expertise aux Affaires Etrangères ; et Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées qui fait du très bon travail».

Quelle différence pour vous Président de département, entre le pouvoir d’Emmanuel Macron et celui de François Hollande ?
«Sous François Hollande le dialogue était bon mais n’aboutissait pas. Sous Emmanuel Macron il est bon, mais il n’aboutit pas, ou plutôt il n’a pas encore abouti. Je pense au sujet des mineurs non accompagnés ou encore au financement des politiques sociales. Mon reproche, ce sont les structures. Le dialogue avec les collectivités, toutes les collectivités n’est pas assez structuré. On n’a pas de véritable interlocuteur et cela rend les choses plus difficiles. Par exemple, on n’a rien contre le principe de contrats, mais tant que les dépenses que l’on nous impose ne sont pas compensées, on ne signe pas.
Prenons l’exemple des mineurs non accompagnés : En 2017, les départements ont dépensé 1,3 milliard et l’Etat leur a donné entre 50 et 60 millions. On voit bien le fossé. J’attends beaucoup de ma rencontre, jeudi, avec Edouard Philippe. Mon objectif n’est pas de m’opposer, mais de rechercher des accords, des solutions».

Dans un an, la campagne des Européennes battra son plein. Qu’attendez-vous de cette élection ?
«J’aimerai bien que le débat ne porte pas sur la politique intérieure. Je repense aux Européennes de 1979 et la grande victoire de Simone Veil. Personnellement, je voterai sans hésiter pour la liste qui défendra le plus l’Europe. L’Europe c’est la paix et on a trop tendance à oublier la paix. C’est aussi la libre circulation, mais aussi ERASMUS. Et c’est formidable».

Vous avez quitté Les Républicains. Laurent Wauquiez vous inquiète-t-il ?
«Il a une ligne trop systématique d’opposition. Sur l’immigration, on a du mal à comprendre les propositions des Républicains par rapport à celles du Front National».

Vous venez en Saône-et-Loire qui est aussi le département d’Arnaud Danjean. Que lui conseillez vous ?
«Arnaud Danjean est profondément européen. C’est un très bon député européen. Je souhaite personnellement qu’il reste au parlement et qu’il aille sur la liste la plus européenne. En clair, si la ligne des Républicains s’avère eurosceptique, je comprendrai que ceux qui sont pour l’Europe, n’aient pas envie de la défendre !»
Recueilli par Alain BOLLERY

A noter que les ateliers des départements de France qui se tiendront ce mercredi 25 avril, à partir de 14 heures, au conseil départemental à Mâcon, sont ouverts au public.