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Gérard Lacher : «Il faut rééquilibrer les relations entre les éleveurs et les distributeurs»

12/06/2018 03:15Lu 1131 foisImprimer l’article
En visite lundi à Charolles, le Président du Sénat incontestablement veut que la loi soit plus favorable aux agriculteurs et aux éleveurs qu’au distributeurs.
La volonté est là, mais les actes suivront-ils ? A l’image de leur Président National Jérémy Decerle, les jeunes agriculteurs veulent sortir du flou et du brouillard dans lequel se trouve la profession.
Dans le périmètre de l’AOC Bœuf de Charolles, les éleveurs ne roulent pas sur l’or. La race charolaise a une réputation mondiale et pourtant son élevage autant que sa commercialisation ne permettent plus aux agriculteurs de vivre décemment. C’est ce constat sévère qui a été dressé devant Gérard Larcher qui, ce lundi 11 juin, s’est rendu dans une exploitation à Charolles.
Celui qui était vétérinaire avant d’embrasser une carrière politique qui l’a conduit à devenir le deuxième personnage de l’Etat, n’a pas mis longtemps à comprendre que les maux dont souffrent les éleveurs charolais sont graves et qu’ils appellent un traitement de choc si demain la France veut toujours être un pays d’élevage de rang.
Jean-Charles Blanchard et son fils Clément, à la tête d’une exploitation comme on en recense aujourd’hui moins d’une dizaine sur le territoire de la commune de Charolles, ont du mal à joindre les deux bouts.
Sur les 180.000 euros de chiffre d’affaires dégagés sur l’exploitation - «je dis bien chiffre d’affaires et non pas salaires» insiste Jean-Charles Blanchard, un tiers provient de la PAC et donc de l’Europe. «Alors si on nous la baisse comme c’est annoncé, on va se retrouver dans une situation intenable, en très très grandes difficultés».
C’est bien pour mesurer cela que Gérard Larcher est venu accompagné de deux sénatrices de la région Bourgogne – Franche-Comté et pas n’importe lesquelles. Sophie Primas, élue en Haute-Saône, est présidente de la commission des affaires économique. Anne-Catherine élue de Côte-d’Or et de Saulieu, est elle «co-rapporteure» du projet de loi «pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire, pour une alimentation saine, durable et accessible de tous».
Jean-Paul Emorine est catégorique : «Etre éleveur aujourd’hui, il faut pouvoir en vivre». Et de plaider pour que les éleveurs soient justement payés pour leur travail. «La vraie question est de comment contraindre un système commercial qui ne soit pas déséquilibré».
Pour les éleveurs, ce n’est pas une simple question, mais une question de survie. «Les coûts des produits, on le connaît», s’insurge encore Jean-Paul Emorine inquiet de voir le «la» donné par quatre centrales d’achats.
A la suite des états généraux de l’alimentation qui ont posé de bonnes questions, le Président du Sénat n’y va pas par quatre chemins : «Oui, le premier sujet c’est le prix. Il est quand même incroyable de voir que le prix est aujourd’hui le même qu’il y a trente ans. Alors oui il faut voir comment rééquilibrer avec la distribution, quand on constate que la relation est déséquilibrée». CQFD. En ce sens, Gérard Larcher estime illégitime que l’on oppose aux éleveurs des questions de non respect de la concurrence s’ils veulent s’entendre, alors que les centrales d’achats ne sont absolument pas dans la concurrence. C’est une distorsion que la loi devra supprimer.
A l’heure des échanges entre le Président du Sénat et les représentants des éleveurs, Luc Jeannin a mis en-avant les problèmes de succession : «En Saône-et-Loire, 70% des agriculteurs ont plus de 52 ans. Quels espoirs peut-on avoir pour les successions et les transmissions.
Au sujet de la PAC, Christian Bajard devait juger : «On a l’impression que la France n’est peut-être pas suffisamment organisée. On nous demande de monter nos produits en gamme. Mais si on baisse la PAC et qu’on laisse rentrer de la viande qui n’est pas produite avec les mêmes règles, comment peut-on tenir. Car une baisse de la PAC de 5% c’est 12 à 13% de moins dans nos exploitations».
Les Jeunes Agriculteurs, par la voix de leur président départemental, et de leur Président National Jérémy Decerle, devaient eux mettre en-avant le problème économique des installations, sans lesquelles les exploitations risquent de s’éteindre.
La question des volailles a elle aussi été abordée, par la voix de Louis Accary qui a rappelé qu’aujourd’hui 4,5 poulets consommés en France sur 10 sont importés. «Et c’est à nous qu’on demande toujours plus. Pas aux poulets qu'on importe !».
Gérard Larcher a bien compris que les agriculteurs et les éleveurs demandent «reconnaissance et considération». Et il l’a dit sans ambiguïté : «Moins de 400 euros de revenus par personne, ce n’est pas acceptable. Ca ne peut pas durer. Et je le dis, oui en pariant sur les prix les plus bas, c’était une erreur au détriment des agriculteurs. Maintenant, il faut aller vers un accord acceptable pour les agriculteurs avec la distribution. Et oui il faut regarder avec courage les distorsions de concurrence». C’est bien de l’entendre. Mais les agriculteurs veulent maintenant le voir.
Alain BOLLERY

«Ne pas utiliser les
abattoirs comme une arme»
En venant en Saône-et-Loire, le Président du Sénat a aussi voulu passer par l’abattoir de Paray le Monial : «Car je le dis, ça suffit d’utiliser les abattoirs comme une arme contre l’agriculture. J’ai pu constater de bonnes conditions d’abattage avec une recherche de qualité».