mardi 24 avril 2018
Édito
Personne n’a oublié que l’avocat de Nordahl Lelandais a défendu avec de la violence verbale son client en accusant les gendarmes et la justice dans l’affaire Maëlys.
Questions à...
Dans une interview à creusot-infos, le Président de l’Elan Chalon se confie après la belle victoire obtenue contre Strasbourg et avant la venue de Limoges.
Le Président de la FDSEA de Saône-et-Loire, en préambule au congrès de sa fédération, a accordé une interview à creusot-infos. Il parle sans langue de bois.
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BERNARD LACOUR : «Les agriculteurs sont la cible de minorités, d’écologistes radicaux et cette violence leur fait mal»

20/03/2018 03:17Lu 4117 foisImprimer l’article
Le Président de la FDSEA de Saône-et-Loire, en préambule au congrès de sa fédération, a accordé une interview à creusot-infos. Il parle sans langue de bois.
Quel est l’état de santé de l’agriculture en Saône-et-Loire ?
BERNARD LACOUR : «Il est assez paradoxal ! Nous avons une agriculture d’excellence en Saône-et-Loire, avec un nombre très important d’AOC, nous avons des éleveurs qui brillent, des produits réputés de qualité, mais les agriculteurs ont le moral en berne…»

Pourquoi ?
«On a du mal à transformer, à trouver dans les prix, la rémunération que les agriculteurs et les éleveurs sont en droit d’attendre. C’est pour cela que la situation des agriculteurs pose problème. J’ajoute à cela un autre problème».

Lequel ?
«Les agriculteurs et les éleveurs voient des minorités s’acharner contre eux, sur un mode très idéologique. C’est l’œuvre des écologistes radicaux, mais aussi d’expressions, sur les réseaux sociaux, toujours à charge contre les agriculteurs. Cette violence verbale ou écrite nous fait mal. La stigmatisation des agriculteurs n’est plus acceptable. En ce sens, le débat sur le loup est révélateur. La France est aujourd’hui un pays où on privilégie le loup plutôt que le berger. C’est inacceptable et nous le dénonçons avec force. Comment voulez vous que les agriculteurs conservent le moral avec toutes les attaques qu’ils subissent ? En conséquence, on assiste à des drames, jusqu’à des suicides. Par rapport à son isolement, l’agriculture doit nous imposer une vraie réflexion profonde des acceptations».

Quelles sont vos attentes aujourd’hui ?
«Les états généraux ont été une première étape. Il faut que l’on transforme le consensus national sur la question de la répartition. Il y a des marges de manœuvre, sans augmenter le prix au consommateur. Il faut savoir que la viande a augmenté de 18% à la production et de 62% à la consommation. On voit bien que le paysan sert de variable d’ajustement. Il faut partir du coût de production pour obtenir une transformation à un prix rémunérateur.
Concernant le prix de la viande, la France a le 18e en Europe».

Que propose la FNSEA ?
«Nous avons proposé un contrat de solution, pour que l’on puisse avoir une évolution progressive et marquée de nos efforts. Si la France agricole perd son niveau de production, alors on ouvrira la porte à des produits qui viennent d’ailleurs. Le CETA, avec le Canada, ce sont des hormones de croissance. Les seuls gains sont pour nos fromages et nos vins AOC. Le problème, c’est que l’on reçoit de la viande produite avec des pratiques que les Français ne veulent pas.
Quand on regarde le Mercosur, il faut bien mesurer qu’en Amérique du Sud où trouve des exploitations avec jusqu’à 45.000 bêtes. Et non un centre d’allotement avec 4000 têtes fait polémique».

Justement, qu’elle est votre position ?
«Nous sommes assez proches de la position de la ville de Digoin. Peu importe le chiffre, 2000, 3000, 4000 ou 5000. La vérité c’est que l’on a besoin d’exporter. Et pendant qu’on s’auto flagelle, des pays attendent de nous. Car la France c’est une réputation de qualité, c’est la gastronomie. Mais pour exporter, il faut des mises en quarantaine. Il faut bien dire aux gens qu’un centre d’allotement ce n’est pas une ferme de production, mais une zone de stockage et de mise en quarantaine avant exportation. Arrêtons de débattre sur le volume, parlons plutôt des outils».

Et la filière laitière ?
«Danone met en cause l’activité laitière chez nous. L’Allemagne, ce sont des fermes de 25.000 vaches. C’est cela la réalité.
Nous à la FNSEA on veut installer des jeunes. L’agriculture, c’est 17% des emplois en Saône-et-Loire. On veut que notre agriculture fonctionne avec une juste répartition de la marge».

Que répondez-vous à ceux qui prônent que du bio ?
«Très simplement que la production doit répondre à la demande du consommateur. En viande, on est à 2% de bio, il y a donc des marges de manœuvre. Mais le défi c’est surtout la commercialisation. Il ne faut pas sombrer dans les excès. Ni dans un sens, ni dans l’autre».

Vous avez invité Christiane Lambert. C’est une bonne Présidente ?
«Je l’ai invitée dès le mois d’octobre. Elle ne peut pas se rendre dans chaque département. C’est donc une chance de la voir venir à l’assemblée générale de la FDSEA de Saône-et-Loire. C’est une fille de conviction. Elle fait passer des messages forts. La FNSEA a été écoutée aux états généraux, comme au salon de l’agriculture, car elle fait passer des messages forts. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été désignée «femme d’influence de 2017». Ce n’est pas usurpé».

Quel regard portez-vous sur les audits commandités par le Conseil Régional ?
«On les avait demandés et ils sont un élément parmi d’autres. Il faut se poser les bonnes questions quant à l’avenir de notre agriculture, étudier les marges de manœuvre, permettre aux agriculteurs de réfléchir aux orientations. Aujourd’hui, 70% des terres sont entre les mains d’agriculteurs qui ont plus de 50 ans. Alors il faut être en capacité d’offrir des perspectives aux jeunes.
En Saône-et-Loire on travaille avec les communes et les communautés de communes, c’est-à-dire les acteurs locaux, sur le développement économique, sur les développements du photovoltaïque, des circuits courts, et sur la proximité en général».
Recueilli par Alain BOLLERY