lundi 21 octobre 2019

Tout doit disparaître !

Du 16 Octobre au 16 Décembre

Ouverture exceptionnelle

  Dimanche 20 Octobre Après-midi  

Sans oublier les Cuisines Mobalpa

Jusqu’à -70%

Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Dans une interview à creusot-infos il parle du Mondial au Japon, de l’équipe de France, du Top 14, du rugby trop violent et du Creusot.
Dans une longue interview, la Présidente du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté se montre marquée par les bouleversements climatiques.
«La sécheresse est une lame de fond»
Elle annonce une mobilisation exceptionnelle pour les années à venir, pour agir sur plusieurs leviers :
«La grande priorité, c’est la question climatique»
Marie-Guite Dufay confirme aussi qu’elle n’écarte absolument pas d’être candidate aux prochaines élections régionales, avec une affirmation en forme d’avertissement :
«Il faudra un rassemblement des forces de progrès pour faire barrage au Rassemblement National»
Dans une interview à creusot-infos, Le Maire du Creusot annonce qu’il sera bien candidat pour les élections municipales de mars 2020. Il explique aussi quelle liste il entend mener, sur quelles valeurs, et pourquoi.
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Bernard Lacour : «J’en veux aux médias, car ils sont en permanence à charge contre notre agriculture»

20/09/2019 03:18Lu 5960 foisImprimer l’article
Dans une longue interview, le Président de la Chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire parle sans langue de bois. Il dresse des constats, accuse, parle de l’avenir et de la question de l’eau.
Il dénonce la main des Etats-Unis derrière des associations agissantes.
«On a des agriculteurs sur les rotules et petit à petit ils se désespèrent»
«Désolé, mais un steak végétal, ce n’est pas une entrecôte»
«On met de l’eau potable dans les toilettes et on n’est pas capable de répondre à l’abreuvement de nos animaux»
Devant la crise qui frappe les agriculteurs, avec notamment la sécheresse, êtes-vous résigné ou en colère ?
BERNARD LACOUR : «Résigné non, ce n’est pas dans ma nature. Oui je suis plus en colère que résigné, mais je suis surtout déterminé. C’est une période très difficile pour les agriculteurs. Deux années de sécheresse de suite, c’est une de trop. C’est extrêmement difficile à vivre pour les éleveurs, et c’est moralement que c’est peut-être le pire. Vous vous en doutez, c’est difficile à vivre financièrement».



Les problèmes s’accumulent ?
«En plus de la sécheresse et de la difficulté d’alimentation du bétail, avec l’obligation de puiser dans les stocks, il y a la problématique des sources qui se sont taries. Des rivières ne coulent plus. Il faut trouver des solutions, ce n’est pas facile, car il faut bien pouvoir donner à boire aux bêtes. On a des agriculteurs sur les rotules et petit à petit ils se désespèrent. Et cela intervient dans un contexte terrible…»

…C’est à dire ?
«Terrible car la qualité de notre viande ne trouve pas une juste rémunération. On a perdu 30 centimes au kilo sur les broutards. Le marché est tendu. Il y a une baisse de la consommation, pour laquelle les médias portent une lourde responsabilité. Et il y a de plus en plus d’importations».

Vous en voulez aux médias ?
«Oui je leur en veux. A la télévision, à la radio, et même dans la presse écrite, en permanence ils sont à charge contre notre agriculture. Que veut-on ? La mort de notre profession ? A la dernière session de la chambre d’agriculture, on a dit à nos éleveurs «éteignez la radio, éteignez la télévision» car il faut bien comprendre qu’on n’en peut plus de ces attaques en règle et systématiques. Cela alors même que notre agriculture est reconnue comme la plus durable au niveau mondial».

C’est quoi le problème de fond pour vous ?
«Une catégorie de la population, peu importante, revendique par exemple le véganisme et tous les satellites. Ils ont le droit. Mais on entend, on ne voit et on ne lit que cela, alors que c’est l’œuvre d’une minorité. Peut on accepter de voir ainsi détruire notre économie sans cœur et sans émotions ?
Aujourd’hui, ces groupuscules, ces associations très minoritaires sont soutenus par des associations végétales des Etats-Unis. Une commission parlementaire est en train de se mettre en place sur le sujet. Les médias en font trop pour accuser notre agriculture, nos éleveurs. Trop, c’est trop».

La situation est grave ?
«Oui. Je le dis avec force : Faisons attention de ne pas détruire ce qui nous permet de produire de la qualité, tracée, pour aller vers des produits végétaux qui correspondent à quoi ? Désolé, mais un steak végétal, ce n’est pas une entrecôte. C’est très grave de voir que l’on a pu faire brûler trois poulaillers dans l’Orne. Il faut bien comprendre que tout le monde ne peut pas faire du bio, contrairement à ce que l’on veut bien nous dire en permanence dans les médias».

Quelle place doit avoir le bio ?
«Je suis contre la régression de notre agriculture. Je suis très clair : La chambre d’agriculture que je préside accompagnera ceux qui le souhaitent pour le bio, pour s’installer en bio, ou se convertir en bio. Mais il faut des marchés. Mais il faut aussi éviter d’opposer le bio et le conventionnel. Tout le monde ne va pas manger bio. Il faut être cohérent. Où est la logique environnementale quand le bio arrive de l’autre bout du pays ou même d’autres pays ? D’Espagne, ou d’Italie et même de Chine. Il faut de la cohérence. Les produits bio ne devraient pas faire des centaines et des centaines de kilomètres. Et puis, on ne peut pas faire porter aux seuls agriculteurs toutes les vertus. Le libre échange dessert toujours les plus pauvres. Notre système d’élevage sera la première victime si on continue comme cela de dériver».

Quels messages souhaitez vous publiquement adresser aux élus départementaux, régionaux, au Préfet aussi ?
«Déjà nous demandons un accompagnement à court terme pour passer ce cap très difficile que nous affrontons. Les agriculteurs ont besoin d’aide à très court terme. Mais nous devons aussi avoir une vision pour notre agriculture. Les organisations professionnelles prendront leurs responsabilités, mais nous demandons une vraie ligne politique. Il faut que nous ayons les moyens d’affronter. Les états généraux de l’alimentation c’était bien, mais on a du mal à aboutir. Quel est le rôle de l’Europe ? Veut-on aller vers l’autosuffisance, ou bien au-delà ? Les céréaliers sont capables de relever le défi en terme de protéines».

Se pose aussi la question des réserves d’eau…
«Il y a un vrai débat à engager sur la problématique des ressources. Y a t-il besoin de politiser le débat comme cela avait le cas avec le barrage de Sivens ? Que constatons nous aujourd’hui ? Nous sommes capables de mettre de l’eau potable dans les toilettes et à côté on n’est pas capable de répondre à l’abreuvement de nos bovins et de nos animaux. Ca devient indécent et incohérent. Il faut se fixer des priorités. Il me semble quand même que l’économie doit être au service des femmes et des hommes. Je le répète, à la Chambre nous prendrons nos responsabilités. Mais on n’est pas élu pour faire le jeu de l’économie sud-américaine.
Il y a un projet national pour les réserves d’eau. Oui il faut le faire. En France on retient 2% de l’eau, contre 25% dans certains pays, comme l’Allemagne. Au Creusot, dans la Région du Creusot on connaît bien le sujet avec toutes les réserves d’eau qui existent et cela ne date pas d’aujourd’hui. Ces réserves doivent nous servir d’appoint quand c’est nécessaire. C'st juste du bons sens».
Recueilli par Alain BOLLERY