lundi 17 juin 2019

Du Vendredi 14 au Dimanche 23 Juin

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Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Alors qu’ils sont officiellement présentés ce jeudi à 18h30, Jérémy Pinto lève un coin du voile sur les 42 rendez-vous programmés.
Nicolas Pommerel est le nouvel entraîneur du Creusot, avec Eric Catinot pour les arrières et Vuli pour les avants.
Avant la reprise de juin, Nicolas Pommerel se confie dans une interview à creusot-infos.
Le vice-président de la Région Bourgogne – Franche-Comté, en charge des lycées est catégorique : «On sait s’adapter, on sait être réactif et on peut voter un financement exceptionnel»
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OPINION : Une phénoménologie futile du vote utile

22/05/2019 02:10Lu 556 foisImprimer l’article
A défaut de concourir pour le trophée du charisme et de l'éloquence tribunicienne, les Loiseau, Glucksman, Bellamy et autres, bref, les chefs de file insipides des listes autoproclamées du « cercle de la raison », sont en compétition pour tenter d'arracher un prétendu « vote utile » aux citoyens-électeurs apparemment peu émus par cette touchante sollicitude. On se plait à croire qu'au moins, pour nos eurolâtres, la compétition se déroule dans le cadre d'une concurrence libre et non faussée !
A chacun son festival et ses applaudissements : Cannes se régale avec la montée des marches, Paris s'esbaudit de la dégringolade d'en Marche !
Mais au fait, utile à quoi, ce vote ? Le principal argument consiste à dire qu'il faut – louable intention - faire barrage à l'expansion du groupe des extrêmes droites xénophobes et fascisantes au sein du parlement européen, [toutefois on ne précise pas si le barrage sera soumis à la privatisation comme la Commission l'exige pour les barrages hydroélectriques d'EDF !] De sorte qu'en France pour prendre cet exemple, tout citoyen sincèrement antifasciste devrait par stratégie rationnelle- [Ah les anticipations rationnelles, quelle extase cher M. Friedman !] - choisir la « Renaissance » de Loiseau [vaste programme pour cette penseuse insolite*!] pronostiquée en deuxième position par les instituts de sondage ! 
Ces brillants esprits s'insurgent contre « la naïveté de l'Europe » qu'il conviendrait de corriger. Que ne s'appliquent-ils à eux-mêmes cette sage réflexion. La réalité politique ne se plie guère à la stratégie susdite, sinon cela se saurait. Cela fait plusieurs décennies qu'on nous sert cette soupe amère du chantage au vote utile censé écarter le danger du FN/RN avec des résultats de plus en plus aléatoires : en 2002, Chirac avait rassemblé au 2ème tour plus de 80 % des suffrages contre Le Pen père ; en 2017, Macron en a recueilli à peine plus de 60 % contre la fille ! et surtout, cette stratégie, loin de l'exorciser, ancre de façon pérenne le diable de confort dans le paysage politique hexagonal et européen, en dépit des turpitudes qui sont les siennes (cf l'Autriche) et de l'indigence intellectuelle de son programme et de ses chefs (cf le débat du 2ème tour).
Le procès en naïveté s'impose avec plus de force encore lorsqu'on voit ces lumineux stratèges, ici appeler à la rescousse une Ségolène Royal et un Raffarin, là se réjouir du renfort d'un Hollande ou bien encore d'un Sarkozy! Pathétique. Peut-on imaginer personnages politiques plus démonétisés dans l'opinion ? Et pourquoi pas tenter de rallier Balkany en versant une petite prime d'éthique, tant qu'on y est ?!
Dans une perspective gramscienne, on pourrait se demander si la bataille idéologique des superstructures n'a pas été perdue par les forces progressistes ; mais convenons, en matérialiste basique, que dans cette hypothèse, elles auraient été bien poussées sur cette voie par les infrastructures économiques placées sous le carcan d'une Europe soumise à l'ordolibéralisme allemand. L'Europe a cessé de plaire. C'est même désormais le désamour. On peut situer le tournant aux alentours de la signature de l'Acte Unique, voire de la chute du mur de Berlin et de la réunification allemande. Car il n'y a pas d'amour sans preuves d'amour ; or « l'Europe qui protège » n'a eu de cesse de maltraiter les peuples auxquels elle promettait des lendemains enchanteurs. Mais faut croire que la dèche ne donne pas plus d'humilité à ceux qui ont professé du côté de la Grèce* ! ...
Les délicats philosophes qui se piquent de mener campagne auraient dû méditer plus longuement la réflexion de Spinoza : « la vraie connaissance du bien et du mal, en tant que vraie, ne peut réprimer aucun affect, mais seulement en tant qu'on la considère comme un affect. » Autrement dit, une assertion ne peut l'emporter sur un affect parce qu'elle est vraie, mais seulement parce qu'elle est un affect plus puissant. Une idée abstraite, détachée de toute émotion ne peut convaincre, le fait qu'elle soit en elle-même vraie ou fausse ne change rien à l'affaire(cf Lordon, la Société des affects. Pour un structuralisme des passions).
C'est que la réflexion rationnelle n'est qu'une faculté humaine et non pas un comportement inné. Le mode de raisonnement inné s'est façonné tout au long de l'histoire de l'humanité pour affronter la compétition pour la survie et la reproduction, mais il est inadapté à la connaissance. De surcroît, la réaction instinctive à la manifestation d'une erreur de raisonnement va toujours à la dénégation de l'erreur. L'intelligence rationnelle elle, n'est qu'un potentiel de l'esprit humain, ce n'est pas un réflexe. Cependant nous disposons bien d'un mode de pensée réflexe, une sorte de pilotage automatique, qui n'est pas fait pour la recherche de la vérité mais qui est excessivement difficile à débrancher– un habitus au sens de Bourdieu - et qui fait que nos « intelligents » sont parfois si cons ! (cf la déconnomie de J. Généreux)
Un autre argument avancé en faveur du vote utile renvoie à la prise en compte de la puissance du groupe européen correspondant au sein du Parlement. Les membres de la liste Glucksman par exemple, qui prétendent vouloir infléchir la politique européenne dans un sens plus social et plus écologique, vantent  la puissance du groupe constitué par les différents partis sociaux démocrates. Mais ils omettent pudiquement de dire que le leader prédésigné du groupe est le néerlandais Timmermans, social libéral auprès duquel Macron lui-même pourrait passer pour un dangereux marxiste ! Avec un cador de ce calibre, l'inflexion sociale et écologique, elle n'est pas pour demain ! Un constat du même ordre pourrait être établi pour la liste Bellamy et plus encore pour les macronistes qui ont la prétention avec ALDE de constituer un groupe centriste disputant le leadership libéral au PPE. Et tout à lavement....
In fine, cette notion de vote utile est d'une inanité totale dans un mode de scrutin à la proportionnelle. C'est pourquoi considérant que la construction européenne s'est fourvoyée dans l'impasse d'un libéralisme économique et d'un productivisme générateurs d'une crise à la fois écologique, sociale et économique, que cette voie aporétique a été constitutionnalisée par les traités européens, il n'est d'autre solution que la renégociation de ces traités.
Hollande l'avait promis, il ne l'a pas fait évidemment ; on connaît la suite pour sa personne et pour son parti.La renégociation des traités impose la construction d'un rapport de forces qui s'adosse à la possibilité de désobéir à ces traités tout en dissuadant une riposte qui ne pourrait être que suicidaire pour l'ensemble. Ce que la Grèce de Tsipras ne pouvait faire, un grand pays, membre de la zone euro, comme la France peut l'obtenir et d'autant plus aisément qu'elle trouvera des alliés à l'extérieur.
C'est « le programme de transition » de la France Insoumise
Justin Grindsel