mercredi 20 mars 2019

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Samedi 23 et Dimanche 24 Mars

Édito
La médaille de meilleur apprenti de France reçue par Clément Hélias à la Sorbonne était bien plus qu’un symbole.
Questions à...
Elu lundi après-midi nouveau Président de la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, Bernard Lacour entend mener une présidence de combat. Pour défendre l’agriculture «contre les attaques menées par des minorités». C'est ce qu'il affirme dans une longue interview qu'il a accordée à creusot-infos.
«88% de la société française apprécie notre agriculture et ses agriculteurs et on entend que les minorités»
«L’agriculture française c’est la qualité et la traçabilité»
«L'engagement du conseil départemental a été vital»
«Dans la Communauté Le Creusot - Montceau, on va franchir un cap dans la gestion de l’eau».
Dans une longue interview à creusot-infos, le Député européen sortant, 3ème sur la liste «Les Républicains», n’est pas tendre avec le Président de la République.
«Ce Président est très tacticien et très habile»
«Le grand débat c’est quand même un aveu d’échec».
Alstom, Nadine Morano, Rachida Dati, référendum, immigration, l’élu bressan n’élude aucun sujet.
A qui s’adressera-t-il ? La Présidente du Conseil Régional dit tout dans une interview...
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Portraits de femmes : Sylvaine Clavel, diabétologue - endocrinologue et chef de service adulée

08/03/2019 11:00Lu 4250 foisImprimer l’article
Il y a des signes qui ne trompent pas… Quand on lui demande si elle envisage la fin de son activité, le temps de la retraite, elle reste d’abord sans réponse. Les filles du service s’en amusent : «Il y aura un vote pour la laisser partir et si il n’y a pas unanimité, alors elle restera avec nous».
Ca tombe bien. Car elle n’a pas vraiment envie de partir. Et pourtant, quand elle est arrivée au Creusot en 1991, elle s’était dit que c’était seulement pour deux ans. Dans deux ans, ça fera trois décennies.
Sylvaine Clavel, chef du service de diabétologie et d’endocrinologie de l’Hôtel-Dieu du Creusot, est tombée amoureuse de la ville autant que de son service… «Je ne partirai pas tant que je n’aurai pas la certitude d’un avenir assuré pour le service et pour l’équipe», lâche-t-elle.

La médecine un peu par hasard...

Née à Casablanca où son papa, parti de rien, avait lancé une entreprise dans le bois, elle est revenue dans le berceau familial à Lyon à l’âge de deux ans. Pourquoi a-t-elle plongé dans la médecine ? «J’étais une scientifique et une matheuse dans l’âme. J’étais acceptée en Maths Sup, mais comme j’étais la seule fille, j’avoue que j’ai eu un peu peur. J’ai préféré aller en médecine parce que c’est là qu’allaient mes copines et mes copains de lycée». Une carrière professionnelle tient finalement, parfois à pas grand chose. Et encore plus quand on sait que dans son groupe de joyeux étudiants, elle a été la seule à réussir sa première année.
Elle avait passé le concours d’internat à Clermont, Saint-Etienne et Lyon et c’est bien évidemment dans la capitale des gaules qu’elle a décidé de poursuivre.
«Les choix de vie ce sont toujours des rencontres», prend-elle soin de préciser. Pour elle c’est le professeur Guinet. «Il était le spécialiste de l’endocrinologie à Lyon, où Sylvaine Clavel allait être chef de clinique pendant 4 ans à Lyon.

Le déclic à Genève

Et puis elle décide de rejoindre Genève et surtout Jean-Philippe Assal. «Il était le pape de l’éducation thérapeutique dans le domaine du diabète. Quand il arrivait quelque part, partout dans le monde, on lui déroulait le tapis rouge. Et puis entre la recherche aux Etats-Unis et un appel d’offre européen à Genève, c’est vrai que j’avais vraiment choisi la Suisse», pas très loin de Lyon.
«A Genève, ça a été le plus gros temps fort de ma carrière professionnelle. J’ai découvert et intégré prise en charge complètement différente du diabète. Jean-Philippe Assal c’était d’abord l’humain».
Puis arriva le retour à Lyon avec ce que l’on appelle une épreuve… «Ce n’est pas toujours simple d’être une femme en médecine, pas simple de réussir quand on n’est pas du sérail». En décodé, Sylvaine Clavel n’était pas une fille de… Ni son père, ni sa mère n’était dans la médecine, ou la chirurgie».
C’est alors que survient un accident de ski. «C’était un 1er mai et j’ai été immobilisée jusqu’au 14 juillet. C’est à cette période que l’on m’a soufflé qu’il y avait un truc à monter au Creusot. Je me suis dit je viens pour deux ans». C’était en janvier 1991.

«Kidnappée» au Creusot

Et Sylvaine Clavel n’est jamais repartie. «J’ai été piégée par la petite équipe qui a voulu me suivre dans cette formidable aventure. En fait j’ai été comme kidnappée ici au Creusot», dit-elle avec gourmandise. En se gardant de préciser que c’était avec son consentement. Mais cela se lit dans ses qui pétillent. Et quelle aventure ! «Au début on était dans le service de gastro»…
Près de trois décennies plus tard, les motifs de satisfaction sont multiples. Le service situé sur le site Harfleur de l’Hôtel-Dieu, dans l’ancienne clinique, enregistre 10.000 passages par an.
«On a une très belle unité de recherche clinique sur le diabète de l’obésité. On fait des interventions internationales». Car dans le petit monde de la diabétologie, Le Creusot a une réputation dépassant largement les frontières hexagonales. Notamment pour ce qui concerne la podologie. Car au Creusot on n’ampute pas systématiquement. Non on élabore tout ce qui peut l’être pour éviter l’amputation. «Ca c’est mon passé de Genève. Pour moi le fondement d’un médecin c’est le savoir être. On est là pour accompagner les gens malgré leur handicap».

En politique avec la bénédiction de la CGT

Et Sylvaine Clavel, comme elle le répète inlassablement, montre du doigt «la tarification à l’acte». Car elle l’affirme : «Avec ce système il est préférable d’opérer et d’amputer, plutôt que de limiter l’acte. Le système de la T2A paye l’acte de chirurgie, mais pas l’accompagnement. Et nous on est fier d’accompagner».
Cette valeur portée en étendard est à l’opposé de celles et ceux qui clament que l’Hôtel-Dieu est une clinique. Car la politique du service de Sylvaine Clavel n’est pas de faire du fric. Et c’est toute la différence.
«Ma chance c’est mon équipe, notre équipe. Une équipe formidable». Cette équipe a mené des combats. «Il a fallu se battre pour sauver le service, son âge, la façon dont on travaillait et que l’on perpétue. Et c’est pour cela que j’ai accepté d’être candidate aux législatives. Je croyais que la société civile pouvait aider le politique. Je n’était pas adhérente, mais ma candidature, je ne l’ai pas décidée seule. J’ai demandé à mon équipe. La réponse a été un oui unanime jusqu’à la CGT».
Et puis la diabétologue endocrinologue ne manque pas d’ajouter et elle le dit avec force : «Sans ma garde rapprochée, je n’aurai jamais pu faire tout ce que j’ai entrepris».

Une pétition à 17.000 signatures

Elle révèle ainsi comment, «avec la complicité de René Demaizière, qui nous avait donné les plans en douce, on a pu venir ici à Harfleur sur le site de l’ancienne clinique. Personne ne voulait venir. Nous en se réunissant de nuit, on avait élaboré notre cahier des charges. Et c’est comme cela que j’ai proposé de venir».
Un déménagement gagnant qui a pourtant failli être remis en cause, quand l’Hôtel-Dieu a affronté des vents contraires, la tempête… Et là encore la mobilisation a été totale. «Vous vous rendez compte, notre pétition a recueilli plus de 17.000 signatures»…
Et c’est bien parce qu’elle avait mené une bataille gagnante pour son service que Sylvaine Clavel est devenue la Présidente de la CME de l’Hôtel-Dieu. «Les autres médecins m’ont dit, tu as sauvé ton service, alors tu vas nous aider à sauver l’Hôpital». Ils n’ont pas vraiment eu tort, car aujourd’hui Sylvaine Clavel n’est pas la moins heureuse devoir comment l’Hôtel-Dieu tire son épingle du jeu.
Alain BOLLERY