lundi 23 septembre 2019
Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Dans une longue interview, le Président de la Chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire parle sans langue de bois. Il dresse des constats, accuse, parle de l’avenir et de la question de l’eau.
Il dénonce la main des Etats-Unis derrière des associations agissantes.
«On a des agriculteurs sur les rotules et petit à petit ils se désespèrent»
«Désolé, mais un steak végétal, ce n’est pas une entrecôte»
«On met de l’eau potable dans les toilettes et on n’est pas capable de répondre à l’abreuvement de nos animaux»
Le lundi 9 septembre 2019 restera dans l’histoire pour l’Hôtel-Dieu du Creusot, avec la première intervention chirurgicale réalisée avec le robot chirurgical, le 1er de Saône-et-Loire.
Le Docteur Jean-Philibert Combier a réagi dans une interview exclusive à creusot-infos.
«Le robot ne remplace pas le chirurgien. Il exécute ses gestes. C’est un progrès considérable»
«C’est capital pour recruter de jeunes médecins»
«Le Maire du Creusot a eu une vision d’avenir et de progrès sur ce dossier stratégique»
Vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, en charge des lycées et de l’apprentissage, Stéphane Guiguet détaille l’implication de la Région en matière d’investissements, mais aussi pour «le pouvoir d’achat des lycéens et de leurs familles».
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Maternité, SMUR, Urgences, Chirurgie : Le Plan Régional de Santé inquiète les élus de la Communauté Urbaine

27/04/2018 08:20Lu 3122 foisImprimer l’article
Les élus de la Communauté Urbaine Le Creusot - Montceau ont rejeté à l'unanimité le PRS, après avoir entendu les interventions de David Marti, Marie-Claude Jarrot, Pierre-Etienne Graffard, Sébastien Gane, Jean-Claude Lagrange, Evelyne Couillerot et Charles Landre.
Absence d'avis vaut acceptation... Alors jeudi soir, après le rejet, à l'unanimité du Projet Régional de Santé (PRS) par les élus communautaires, David Marti, président de la Communauté Urbaine Le Creusot - Montceau, a vivement invité les Maires qui ne l'auraient pas fait à faire voter leur conseil avant le 2 Mai... C'est en effet la date limite qui a été fixée par l'Agence Régional de Santé pour recueillir les avis des élus du territoire.
Le vote de la CCM n'a guère surpris, au regard de la belle unanimité qui avait rassemblé les élus socialistes, républicains, centristes, radicaux de gauche, patriotes et du FN au Conseil Régional, sur ce PRS qui a crispé les territoires.
Il est vrai que ce PRS est source d'inquiétudes et notamment pour ce qui concerne la maternité, les SMUR, les urgences, la chirurgie, sur le territoire communautaire en ébullition du côté de Montceau, avec la fin de la chirurgie, actée elle bien avant le PRS. Pour celles et ceux qui auraient la mémoire courte et qui en responsabilité ont fait preuve de retenue, c'est en effet il y a près de trois ans que les choses avaient été envisagées, avant d'être actées.
Ceci précisé, ce qui jeudi soir est ressorti des différentes interventions, c'est bien qu'il ne s'agit pas d'acter ce qui s'apparente à une fracture des territoires avec d'un côté les métropoles avec toutes les spécialistes médicales et chirurgicales, et de l'autre côté les territoires composée de villes moyennes dans la ruralité, comme tant de territoires et de villes petites ou moyennes en Saône-et-Loire, en Bourgogne - Franche-Comté, et au-delà.
Comme il s'agit d'un projet, la vérité voudrait qu'il puisse être amendé, qu'il évolue. C'est la volonté affichée par tous les élus qui ont rejeté ce PRS. Reste maintenant à voir comment les choses peuvent évoluer. Comment, par exemple, une coopération peut se mettre en place entre les maternités du Creusot et d'Autun, avec une gouvernance unique et une organisation pragmatique. C'est ce que le directeur de l'Agence Régionale de Santé a clairement souhaité, lors d'une discussion en aparté, à l'occasion du débat au Conseil Régional.
L'Etat préconise des économies. L'Agence Régionale de Santé doit les traduire. Entre l'inacceptable et l'acceptable il y a sans doute quelques marges de manœuvre. C'est ce que veulent souhaiter et espérer les élus du territoire.
Avec un lapsus révélateur de Marie-Claude Jarrot qui a un moment a parlé de CRS au lieu de PRS... Cela n'avait rien à voir avec la célébration du cinquantenaire de Mai 68, mais plus sûrement du matraquage sanitaire que les élus ne veulent pas subir.
Alain BOLLERY

David Marti

Président de la CCM
«Actuellement en cours d’élaboration, le Projet régional de santé 2018-2022 (PRS) définit pour les 5 prochaines années les principales actions à mener par l’Agence régionale de santé (ARS)
-       Le cadre d’orientation stratégique (COS) définit les objectifs généraux et les résultats attendus à l’horizon de 10 ans.
-       Le schéma régional de santé (SRS) décline sur 5 ans les objectifs stratégiques et opérationnels du COS dans le domaine de l’offre de soins et de services de santé.
-       Le programme régional d’accès à la prévention et aux soins (PRAPS) des personnes les plus démunies précise les objectifs opérationnels sur 5 ans du SRS concernant les sujets spécifiques de l’amélioration de l’accès à la prévention et aux soins des personnes démunies.
 L’ARS doit soumettre ce Projet régional de santé pour avis à différents acteurs du territoire : la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie (CRSA), les conseils départementaux de la citoyenneté et de l’autonomie (CDCA), le préfet de région, les collectivités territoriales, les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et le conseil de surveillance de l’agence.
Le PRS sera arrêté par le directeur général de l’ARS et publié courant juin 2018 après examen et intégration éventuelle de ces différents avis.

1. Sur la forme
Alors que la communauté urbaine Creusot Montceau est porteuse du Schéma de cohérence territorial (SCOT) et qu’elle est engagée, en partenariat avec l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, dans une démarche de contrat local de santé (CLS), il est particulièrement regrettable qu’aucune sollicitation officielle ne soit parvenue à l’EPCI afin qu’il puisse émettre son avis sur le PRS 2018-2022. Seule une veille active a en effet permis de le faire avant la date butoir fixée début mai 2018.
Cette méthode dénote une faible concertation concrète des différentes parties prenantes sur ce thème et se situe à l’inverse de l’ambition de « démocratie sanitaire » affichée dans le PRS précédent.
Par ailleurs, le volume des documents, des données chiffrées et des cartes peut éclairer les avis. Cependant, leur nombre très important et l’absence de synthèse problématisée rendent difficilement assimilables les documents transmis. En effet, la profusion d’informations et l’absence de hiérarchisation produisent un effet catalogue qui nuit à l’appropriation des dispositions.

2. Sur le fond

La démographie médicale

Au niveau régional
Dans un contexte de désertification médicale et d’inégalité de répartition géographique de l’offre de soins, l’implantation pérenne des professionnels de santé est un enjeu majeur de la régulation de la démographie médicale.
Cette orientation s’avère d’autant plus décisive que le diagnostic présenté au niveau régional est défavorable tant pour les médecins généralistes que pour les spécialistes. Si le nombre de médecins a en effet progressé entre 2015 et 2016, la densité médicale pour 100 000 habitants reste inférieure à la moyenne nationale : 96 médecins généralistes pour 100 000 habitants contre 104 au niveau national ; 70 médecins spécialistes contre 94 au niveau national. Quatre spécialités sont particulièrement fragiles : l’ophtalmologie, la cardiologie, la dermatologie et la psychiatrie.

Au niveau communautaire
Le territoire communautaire présente une situation très déficitaire. La densité des médecins généralistes est de 6,5 pour 10 000 habitants, soit trois points en dessous de la moyenne régionale).
Ce taux, inférieur à celui de certains bassins de vie à proximité, est d’autant plus problématique que la communauté urbaine, en tant que pôle urbain, a vocation à structurer l’offre de services. Elle s’est également engagée de manière volontariste dans la réalisation d’un contrat local de santé (CLS) à l’échelle de l’intercommunalité.

Un dispositif d’aide qui ne couvre pas l’ensemble du territoire communautaire
Afin de favoriser une meilleure répartition géographique des professionnels de santé, l’Agence régionale de santé s’appuie sur un zonage des communes déficitaires en médecins généralistes pour inciter les professionnels à l’installation. Ce zonage conditionne l’attribution d’aides et d’accompagnement des médecins.
Aujourd’hui, seuls les bassins de vie de Montceau et de Montchanin sont couverts par ces dispositifs, malgré une situation globalement défavorable sur l’ensemble du territoire et la mise en place d’un contrat local de santé à cette échelle.
Dans ce contexte, on peut regretter que la ville-centre du bassin nord, qui assure un rôle de services pour les communes du bassin de vie et dont toutes les politiques publiques nationales et régionales concourent à renforcer les fonctions de centralité, n’intègre pas le zonage ARS.

« E-santé »
Afin de pérenniser l’offre de soins et solutionner la problématique de désertification, l’ARS met en avant dans son PRS l’émergence de nouvelles technologies au service de la santé.
Si les nouvelles technologies peuvent permettre une meilleure coordination des professionnels, elles ne doivent pas se substituer aux moyens supplémentaires nécessaires, notamment au regard des projections en matière de vieillissement sur le territoire. Il faudra également veiller à ce que les professionnels voient là une réelle plus-value au quotidien et n’identifient pas ce besoin de coordination comme une tâche en plus dans leur agenda. Enfin, le facteur humain doit rester un élément fondamental des politiques de soins.

L’offre hospitalière
Afin de favoriser une meilleure coordination de l’offre de soins régionale, des groupements hospitaliers de territoire (GHT) ont été mis en place en 2016. La communauté urbaine fait partie du GHT « Saône-et-Loire – Bresse – Morvan ». C’est sur la base de ces groupements hospitaliers de territoire que le Projet régional de santé décline sa politique de planification des soins autorisés, pour 18 spécialités.
L’hôpital Hôtel-Dieu du Creusot ne fait pas partie du GHT (en raison de son statut) mais délivre une offre hospitalière à but non lucratif et remplit une mission de service public.
Les restructurations proposées ne sont pas sans impact pour la réorganisation de nombreux services hospitaliers : la chirurgie, les urgences, les soins palliatifs, etc. Pour autant, elles restent parfois difficiles à appréhender dans la mesure où les objectifs quantifiés restent globaux à l’échelle du GHT, sans déclinaison concrète pour les établissements concernés. Cette situation laisse un niveau d’imprécision, préjudiciable à la compréhension des orientations envisagées.

La chirurgie
L’ARS met la priorité sur le développement de la chirurgie ambulatoire (chirurgie à temps partiel de nuit ou de jour) qui devient le mode de référence.
Simultanément, elle envisage la restructuration des activités de chirurgie. Cette réorganisation a un impact direct sur le territoire de la communauté urbaine. En effet, au sein du SRS, le service de chirurgie de Montceau est directement ciblé.
Le conseil de communauté de la CUCM a déjà pris position à l’encontre de ce que prévoit le PRS sur ce sujet, par l’adoption d’un vœu lors d’un précédent conseil communautaire.

Les urgences
Le GHT Saône-et-Loire - Bresse - Morvan comprend quatre structures des urgences, dont une basée au Creusot et une à Montceau, comprenant toutes des Services mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR).
Dans le schéma régional de santé, l’ARS limite le nombre de services des urgences 24h/24h par réduction des amplitudes horaires et supprime un à deux SMUR sur le GHT Saône-et-Loire – Bresse - Morvan. Afin d’assurer une meilleure coordination des SMUR, ces services mobiles deviendraient des antennes rattachées directement à l’établissement support du GHT (Centre hospitalier de Chalon-sur-Saône). L’amplitude horaire et les effectifs de ces antennes pourraient se voir réduits.
Cette situation n’est pas envisageable sur notre territoire au regard, notamment, de la sociologie de celui-ci (capacité à se déplacer…), de la présence de nombreuses entreprises à dimension industrielle et de la présence de la RCEA avec ses importants flux de véhicules.

Gynécologie-obstétrique, néonatologie et réanimation néonatale
Le GHT Saône-et-Loire - Bresse - Morvan comprend une maternité de niveau IIB, incluant un service de néo-natalité, deux maternités de niveau I (sans service de néo-natalité) et un centre périnatal de proximité (CPP).
L’ARS veut consolider le virage ambulatoire en gynéco-obstétrique. Au sein du GHT Saône-et-Loire - Bresse - Morvan, cela se traduit par la suppression d’une unité de gynécologie-obstétrique en hospitalisation complète (compensée en partie par la création d’une unité en hospitalisation de jour (à noter la création d’un centre périnatal de proximité).
Cette diminution du service public n’est pas acceptable en l’état. Par ailleurs, tout mode d’organisation à venir devra veiller à préserver la présence des services de maternité dans tous leurs aspects sur le territoire communautaire.

En conclusion
Même s’il est évident que la diminution et la dégradation de l’offre de soins sur notre territoire présentes dans le PRS 2018-2022, découlent de la déclinaison à l’échelle régionale d’une politique nationale et pourraient trouver, en partie, une solution dans la mise en place d’une réglementation de l’installation (ou primo-installation) des professionnels de santé, il n’en demeure pas moins qu’elles ne peuvent être acceptées car profondément injustes à l’égard de la population communautaire et inadaptées aux caractéristiques de notre territoire.
En conséquence, le conseil communautaire émet un avis défavorable sur le Projet régional de santé 2018-2022 présenté par l’Agence régionale de santé Bourgogne – Franche-Comté.


Marie-Claude Jarrot

Maire de Montceau
«J’ai l’honneur de présider le conseil d’administration de l’Hôpital. Nous savons ce qu’est une stratégie de filière et les problèmes de désertification. Ce PRS n’est pas lisible au sens de la proximité. Il est écrit qu’il y aura un centre périnatal de santé. On peut penser que c’est Montceau, mais ce n’est pas écrit. Les filières ne sont pas articulées. Le PRS n’est pas organisé au niveau des territoires. Il ne présente pas une information complète et transparente, ne dit rien sur les services.
Ce PRS laisse toute latitude aux arbitrages administratifs mais rien aux réalités locales. On a voté contre la fermeture de la chirurgie à Montceau. On nous dit baisse de la population et manque de médecins. Cela ne contribue pas à l’attractivité.
Le PRS ne prend pas la mesure des difficultés des déplacements.
La e.santé ce n’est pas la solution. C’est un élément de solution dans un ensemble.
On nous demande de nous prononcer pour six ans, alors qu’on lance une consultation. Un territoire équilibré ce n’est pas que des chiffres, ce sont aussi des femmes et des hommes.


Sébastien Gane

Le Creusot
«Tout d’abord, je ne peux que souscrire aux propos tenus par le Président dans son exposé. Les enjeux y sont clairement exposés.
Je souhaiterais toutefois mettre en lumière les points suivants.

La démarche CLS
La communauté urbaine s’est engagée dans la démarche de mise en place d’un Contrat local de santé (CLS). Cet outil a pour vocation de coordonner les actions locales en matière de santé et de permettre la territorialisation de la politique régionale. Il prend appui sur un diagnostic partagé, en cours de réalisation, à partir duquel seront élaborées des actions à mettre en œuvre sur les prochaines années. Il s’agit bien d’un dispositif facilitateur et non pas d’un nouvel outil qui aurait vocation à se substituer aux actions existantes.
Bien que le contexte de désertification médicale et d’inégalité de la répartition géographique de l’offre de soins soit une préoccupation majeure pour nos populations et pour les élus locaux que nous sommes, je tiens ici à rappeler que le CLS touche aussi à l’ensemble du volet prévention et qu’il s’articule avec la question de l’accès aux soins des publics les plus fragiles, les plus précaires et qu’il est donc en lien direct avec le Contrat de Ville sur cet aspect.
Ceci étant posé, l’engagement d’une telle démarche à l’échelle communautaire implique donc que le territoire communautaire soit traité comme un ensemble cohérent. A ce titre, la problématique de zonage concernant Le Creusot et son « territoire de santé de vie » pose un réel problème. En effet, il sera bien difficile de promouvoir des actions de cohérence au sein du CLS communautaire si le PRS a pour effet d’accentuer les écarts au sein du territoire communautaire. Il y a donc ici un vrai risque de blocage et, par extension, que ce blocage sur la question de la démographie médicale ne vienne brouiller l’image du CLS et nuire à l’ensemble des actions de prévention qui pourraient y être développées. Le CLS se lit comme un ensemble cohérent et équilibré et son efficacité future dépend directement de sa capacité à intervenir sur l’ensemble des champs.
Cette situation est d’autant plus regrettable que, faut-il le rappeler, les CLS sont clairement identifiés comme des outils clés dans le PRS et que le pilotage est mené conjointement entre la communauté urbaine et l’ARS.
Enfin, il est essentiel que le CLS soit un outil articulé avec l’ensemble des compétences communautaires. L’accès aux soins des populations les plus fragiles passe nécessairement par une articulation avec d’autres dispositifs : Contrat de ville comme déjà évoqué, mais aussi structures et dispositif d’accueil, d’accompagnement et d’insertion vers l’emploi, ou encore dispositif de transports publics sur la communauté urbaine…

Santé : un enjeu global
Ceci me permet donc d’aborder un second point qui m’apparaît essentiel et, à mes yeux, trop peu abordé dans le PRS, à savoir la question de la désinsertion professionnelle qui fait l’objet de quelques lignes dans le PRAPS.
Cette question est pourtant primordiale car cette désinsertion professionnelle nourrit l’exclusion de demain ; elle contribue à accroître le nombre de demandeurs d’emploi ayant des problèmes de santé qui les rendent inaptes à certaines activités. S’intéresser à ces profils, c’est trouver une explication au fait que certains secteurs ont des difficultés à recruter (ils offrent des conditions de travail qui ne sont pas en adéquation avec les inaptitudes) et on notera qu’à côté du bâtiment ou de l’hôtellerie-restauration, les professions de santé sont elles-mêmes touchées par le phénomène !
Or, comme le souligne un récent rapport de l’IGAS (décembre 2017), 1 à 2 millions de salariés seraient menacés de désinsertion professionnelle du fait de la dégradation de leurs capacités due à la maladie ou au handicap.
En ce début d’année 2018, l’assurance maladie, dans son rapport « Santé, travail : enjeux et actions », a révélé que 20 000 affections psychiques avaient été reconnues en 2016 au titre des accidents du travail, soit 3,2% du total des accidents du travail. Un taux encore faible mais en constante progression (1% en 2011), qui traduit une hausse constante de la problématique des RPS.
La DARES, dans un rapport publié en décembre 2017, souligne qu’en 2016, un tiers des salariés ont déclaré être exposés à au moins 3 des 5 facteurs de pénibilité retenus dans cette enquête menée depuis 1978. En 1984, cette part n’était que de 12%.[1]
Si je mentionne ces données, c’est pour souligner que la santé est une problématique transversale qui ne se limite pas aux dispositifs de soins. Tous les acteurs de la santé au travail sont aussi concernés et ce ne sont pas les évolutions récentes concernant les moyens alloués à ce sujet qui sont faits pour me rassurer (Cf. suppression des CHSCT).
L’évolution du monde du travail, de nos modes de vie – qui peuvent aussi favoriser la dégradation de notre environnement – de nos habitudes alimentaires… sont autant de facteurs qui agissent sur notre santé.
Face à ces évolutions, notre système de santé s’appauvrit. Il ne cesse de se rétrécir pour répondre à des logiques gestionnaires, technocratiques, déconnectées des problématiques territoriales et des besoins de nos populations, et notamment des plus fragiles qui ne disposent pas toujours des moyens de mobilité nécessaires pour accéder à une offre de soin toujours plus éloignée de leur domicile. Cette politique alimente le ressentiment des territoires qui se sentent laissés pour compte et elle donne un crédit dangereux à ceux qui jouent « la ville contre la campagne ». La logique de rationalisation touche à sa fin ; elle a aujourd’hui comme conséquence de laisser des territoires sans solution de soins et aura donc une conséquence sur l’aménagement du territoire de demain.
Enfin, je ne voudrais pas terminer mon intervention sans une pensée particulière pour les salariés du secteur de la santé qui, chaque jour, restent engagés auprès des patients et de leur famille, malgré les difficultés, le manque de moyens et la dégradation de leurs conditions de travail»
[1] En 1984, cette part était de 7% chez les femmes, elle est de 29% en 2016….


Pierre-Etienne Graffard

(EELV Le Creusot)
«A l’occasion du projet régional de santé Bourgogne Franche comté, nous ne pouvons donner que notre avis, et c’est bien regrettable.
Ce qui est aussi regrettable c’est le côté récurrent de cette question de la santé sur nos territoires. C’est sans fin. Sous couvert de rationalité induisant une prétendue efficacité, nous avons à faire face à d’incessantes inquiétudes sur l’offre de soin et l’accès aux soins.
Ce n’est jamais fini, ce n’est jamais assez.
La tarification à l’acte avec ses effets induits complétée par la demande de coopération entre les hôpitaux, conduisent à une neutralisation pour ces deux politiques de santé. Comment envisager, en effet,  une coopération quand les budgets des établissements sont basés sur la concurrence.
Concurrence exacerbée par les différents statuts des établissements mais aussi par les organisations des services au sein même d’un établissement.
Alors quand il s’agit de décliner ces politiques à l’échelle d’un territoire, on se retrouve avec des services fermés, des services en inquiétude pour leur avenir, des déserts médicaux, des accès différenciés, etc, etc.
C’est ce que nous retrouvons  dans ce rapport qui nous est présenté pour lequel nous nous faut donner notre simple avis c’est à dire pas grand chose pour l’ARS. Désolant.
Sur des problématiques complexes comme l’est le système de santé qui voit la population vieillir, la technicité progresser, la fracture sociale s’accentuer, la rentabilité en lieu et place de la bonne gestion, il serait parfois indispensable de faire appel au bon sens et à l’intérêt général.
La notion de service publique qui devrait être au cœur de cette problématique de santé, s’efface peu à peu tant la place des intérêts privés s’accentue dans l’organisation de notre système de santé, soit par un statut clairement posé, soit par mimétisme de gestion pour les établissements publics ou assimilés.
Mais si nous avons un avis défavorable, si nous avons encore et toujours des inquiétudes, si nous imaginons des structures, des dispositifs d’aides pour la médecine générale, c’est parce qu’une politique nationale de santé est en œuvre.
Pas de fatalisme s’il vous plait.
D’autres politiques sont envisageables pour répondre à l’intérêt général dans l’offre et l’accès aux soins pour tous :
·       Revenir sur la tarification à l’acte, c’est possible.
·       Bâtir des coopérations entre la médecine de ville et l’hôpital, c’est plus que souhaitable. Et c’est à faire.
·       Organiser la médecine générale par l’université afin d’éviter la surenchère et la concurrence des dispositifs locaux, c’est fait pour le personnel éducatif, pour nos forces de sécurité, pour les domaines de service public en général.
Cela doit être envisageable pour les médecins, non?
Dans ce domaine comme dans bien d’autres, les gouvernements qui posent en préalable « pas d’alternative » pour imposer leurs politiques, trompent nos concitoyens mais aussi le personnel qui subit ces politiques dans leur lieu de travail, dans l’exercice de leurs missions.
Et que dire des patients et de leurs familles ; et de la nécessaire proximité et du temps de disponibilité toujours plus contraint accordé aux malades.
Quelle est leurs places dans cette gestion comptable ? Dans ces dispositifs où pour une maternité on se pose la question de nouvelles synergies nécessaires car 600 naissances ne suffisent pas.
Dans cette logique comptable où on ne parle que de rentabilité, on peut être effrayé de la possible ouverture d’un service d’oncologie. Quel sera le seuil de cancer traité pour satisfaire le ministère de la santé ? Effrayant !
Agir avec volontarisme sur la qualité de l’air, de l’alimentation, sur la composition de nos produits domestiques, sur nos mobilités, feraient fermer les services de santé faute d’actes médicaux suffisants pour la rentabilité réclamée par l’ARS. Quelle horreur !
Je regrette d’utiliser un peu de cynisme dans mes propos mais notre système de santé dans son organisation, dans son évolution conduit à cela.
Car oui, inexorablement, avec l’ARS ce n’est jamais fini, ce n’est jamais assez.
Par contre, il n’est jamais trop tard pour de nouvelles politiques».


Evelyne Couillerot

(Le Creusot)
«Les inquiétudes c’est la maternité, les urgences, le SMUR, la chirurgie. C’est l’ARS qui gère la pénurie. C’est une politique d’Etat, une politique nationale. A un moment donné, il deviendra compliqué de ne pas évoquer la liberté d’installation des médecins. Nous sommes dans des incitations et nous en touchons les limites. Les collectivités font tout ce qu’elles peuvent pour rendre leurs territoires attractifs, mais sans l’aide de l’Etat on ne peut pas avancer.
Le PRS sera aussi applicable aux établissements médicaux sociaux. Le diagnostic montre bien l’enjeu d’avoir des accueils dignes pour les personnes âgées ou en situation de handicap. Il n’y a pas de réponses aux questions que l’on se pose.
Comment l’ARS pourra rattraper les retards pour financer les personnels pour les personnes en souffrance. Aucune création de place nouvelle n’est prévue dans les EHPAD. Il est juste prévu de reventiller les places. Je le mets au défi de fermer des places pour les mettre ailleurs.


Jean-Claude Lagrange

(Maire de Sanvignes)
«Le PRS a atteint l’objectif de nous endormir pour ne pas prendre en considération les vraies réalités du terrain. Si l’assemblée régionale a voté à l’unanimité contre, c’est parce que tous les territoires ont eu la même approche. Oui la situation est grave. C’est un problème national.
Il s’agit aussi de défendre des valeurs de solidarité de gauche face à un discours considérant la santé comme marchande. Oui les territoires sont malmenés.


Charles Landre

(Le Creusot)
«Tout le monde partage un constat à peu près commun. On ne connait pas la volonté du Gouvernement. Ce n’est que dans quelques mois que l’on connaitra les politiques de santé. Il n’y a pas d’ambition de santé pour tous les territoires. Le risque c’est de monter les établissements les uns contre les autres.
Les maisons de santé, aujourd’hui, bien souvent déshabillent Pierre pour habiller Paul. Il est inquiétant de voir des suppressions d’horaires dans les SMUR. On nous dit qu’on va faire plus de préventif et moins de médecine. La santé est essentielle et on ne peut pas faire avec moins de praticiens.
Nous sommes 37% en dessous de la moyenne régionale. Les politiques de santé, c’est une grande partie de l’avenir de nos territoires.
Le document acte qu’il y a plusieurs types de territoires, sans considérer les plus fragiles, les plus âgés. Nous devons dire que ces orientations c’est l’abandon d’une partie de la population. On ne peut pas l’accepter. C’est bien la politique des Gouvernements dont il est question.
Nous sommes un département pilote pour le recrutement de généralistes, à l’initiative du conseil départemental. Nous avons besoin d’inventer et d’innover. La CCM a un rôle majeur à jouer. Ne répétons pas les erreurs du passé, à voir les uns s’opposer aux autres.
Il y a trois axes : La politique de l’Etat. La question est de savoir s’il veut santé pour tous. Ou bien une vision qui laisse une partie des territoires.
Le deuxième axe c’est la prise en compte immédiate de la démocratie locale, avec les élus municipaux.
Le troisième cela doit être notre capacité à valoriser notre territoire, bien au-delà de la question sanitaire. Il faut une organisation efficiente avec des soignants qui se sentent pris en compte dans les projets. On ne peut pas accepter qu’il y ait deux catégories».
A.B.