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TRIBUNAL : Deux Géorgiens voleurs de parfums condamnés à quitter le territoire

28/12/2017 22:40Lu 2714 foisImprimer l’article
« Une véritable philosophie de vie qui s’affranchit des contraintes et des diktats » : ce sont les mots que le marketing a posé sur l’eau de parfum La vie est belle, de Lancôme.

Message reçu cinq sur cinq par les deux géorgiens qui en ont volé 2 flacons dès le lendemain de Noël chez Nocibé au centre commercial de Carrefour à Chalon, ainsi que 2 autres bouteilles de marques. S’affranchir des contraintes ? Ils tapissent un sac avec de l’alu et vamos. La gérante les avait à l’œil, ce mardi 26 décembre, et a pu intercepter le sac et son contenu avant la sortie du magasin, l’homme lui a lancé « un regard très agressif », et l’a agrippée par le bras pour récupérer son larcin, la dame depuis a mal au bras (5 jours d’ITT), mais il a fui avec son complice sans les articles.
La vie est belle, c’est aussi et avant tout le titre d’un grand film de Capra qui vient nous raconter, sous la forme d’une fable, que nos existences ont toutes la même valeur, mais que chacune est aussi tissée de l’interaction avec les autres : n’importe quel acte, bon ou mauvais, a des effets, aussi ténus ou imperceptibles soient-ils, mais ni Giorgi K., 43 ans, ni Gocha R., 37 ans, nés tous deux dans la région de Ratcha-Letchkhoumie, n’ont dû le voir, et seul le bras de la gérante de la boutique Nocibé se souviendra de leur irruption dans sa vie, quand le jugement en comparution immédiate de ce jeudi 28 sera passé.
Ils sont dans le box, escortés par quatre policiers. Ils sortent de 48 heures de garde à vue. La police, mardi, récupère les vidéosurveillances, puis repère un « véhicule suspect » sur le parking du centre commercial. Les policiers surveillent cette voiture, Giorgi se pointe, puis Gocha, ou l’inverse, le résultat est le même, ils sont arrêtés. Les deux prévenus ne racontent pas grand-chose, « ils se connaissent depuis 8 jours », et dorment dans une voiture. Voiture de qui ? On ne sait pas. Ils reconnaissent la tentative de vol, ils ont « besoin d’argent, pour rentrer chez nous ». Soit.
Alors pourquoi sont-ils venus ?
Voici ce que l’enquête rapide de personnalité dit de chacun : Giorgi K. « vit en Géorgie, est en France depuis 3 mois, dort dans sa voiture, est venu visiter le pays. Il a un bac en maçonnerie, et travaillait comme boulanger avant de venir en France. Il n’a pas de ressources, pas de problème de santé, pas d’enfant, pas d’épouse. » Gocha R. « n’a pas non plus d’adresse en France, est allé voir sa sœur en Espagne, en Géorgie il vit avec sa mère, il est célibataire sans enfant, il a l’équivalent d’un bac pro de prof de sport, et travaillait depuis 5 ans dans une entreprise de distribution d’aliments secs, il n’a pas de problème de santé. »
La question initiale reste donc ouverte : pourquoi sont-ils venus en France ? Ces hommes ne sont pas en situation régulière, la police leur a notifié des OQTF* lors de leur garde à vue. Le parquet précise qu’on leur a trouvé l’air « frais et dispo » lors de leur interpellation, ce qui n’est pas très cohérent avec la tête qu’on finit par avoir quand on dort au froid dans une voiture. La garde à vue et les cogitations associées avaient commencé à remédier à cela, ils sont fatigués et offrent mauvaise mine. On requiert 4 mois de prison ferme et un mandat de dépôt à l’audience. Cette peine qui les enverrait à Varennes immédiatement, « n’est dans l’intérêt de personne », plaide maître Faure-Révillet qui défend Giorgi, dont maître Sarikan rejoindra le point de vue, pour Gocha. « La hiérarchie des peines existe pour tout le monde, développe Valérie Faure-Révillet. Ils seraient français, sans casier judiciaire, il n’y aurait pas de prison ferme. Ils veulent partir de France, vous pouvez ordonner une ITF**. En prison, la situation serait compliquée : ils ne parlent pas un mot de français, et n’ont pas à travailler leur réinsertion ici. C’est très compliqué pour le personnel du centre pénitentiaire qui aurait à s’occuper d’eux, et ça coûte cher à la société. »
Le tribunal les reconnaît coupables tous les deux, sans distinction des actes (l’un est poursuivi pour violence sur le bras de la gérante, l’autre pas), suivant sur ce point le parquet qui évoquait la jurisprudence qui rend les co-auteurs solidaires dans la responsabilité. Les deux hommes sont condamnés à 4 mois de prison avec sursis. En 48 heures ils ont gagné un casier judiciaire et des OQTF, ils recouvrent leur liberté, certes, mais la donne a changé. La thèse du film de Capra se vérifie (pour l’éternité) - ce sont les interactions qui tissent nos vies -, mais ici l’esprit n’y est pas : c’est la vie sans tendresse, celle qui vous laisse comme « un pauvre diable, broyé et déçu »1.
FSA
*OQTF : obligation de quitter le territoire français
?**ITF : interdiction du territoire français?
1 Cf. « La tendresse », chantée par Bourvil