mercredi 18 septembre 2019

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Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Le lundi 9 septembre 2019 restera dans l’histoire pour l’Hôtel-Dieu du Creusot, avec la première intervention chirurgicale réalisée avec le robot chirurgical, le 1er de Saône-et-Loire.
Le Docteur Jean-Philibert Combier a réagi dans une interview exclusive à creusot-infos.
«Le robot ne remplace pas le chirurgien. Il exécute ses gestes. C’est un progrès considérable»
«C’est capital pour recruter de jeunes médecins»
«Le Maire du Creusot a eu une vision d’avenir et de progrès sur ce dossier stratégique»
Vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, en charge des lycées et de l’apprentissage, Stéphane Guiguet détaille l’implication de la Région en matière d’investissements, mais aussi pour «le pouvoir d’achat des lycéens et de leurs familles».
Le conseil départemental est mobilisé pour les Collèges. C’est que ce le Président André Accary a annoncé, ce jeudi matin, à Montchanin, où il a fait sa rentrée des classes.
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TRIBUNAL : Déplacé de Chalon au Creusot, il menace de tuer 150 personnes

11/01/2019 15:20Lu 8602 foisImprimer l’article
Bachir, qui a déjà cumulé beaucoup d'années de prison, a su convaincre le Tribunal. Il a été condamné, mais sans mandat de dépôt.
Front plissé, visage soucieux, Bachir B. vit, à 38 ans, un éternel retour : lui, entravé, lui, escorté, lui devant un tribunal, lui, en prison, mais l’audience de ce jeudi 10 janvier n’a pas eu la même teneur qu’avant parce que Bachir en a marre de cette vie-là. Déplacé de Chalon au Creusot pour être suivi et encadré sur un parcours d’insertion à une vie « normale » comme il dit, il fut contrôlé rue Leclerc le 7 janvier en soirée, et comme d’habitude, c’est parti en sucette.

Il balance, très agité, qu’il « enc… la DRSI (sic) », qu’il va « enlever 150 vies »

Il est 22h15, il sort, habillé en noir, cagoule comprise. La cagoule lui dissimulait le visage, dit la police, absolument pas, dit le prévenu, « j’étais malade, elle me tenait chaud ».
Le contrôle serait motivé par le fait que Bachir n’était pas loin d’un magasin cambriolé cet été. Rattrapé par son éternel retour et par ses hantises il pète un plomb, et balance, très agité, qu’il sait qu’il est fiché S, qu’il « enc… la DRSI (sic) », qu’il va faire un truc de fou, qu’il va « enlever 150 vies avant de crever », car il a fait « 22 ans de prison » et veut mourir. Il ajoute, pour faire bon poids, que le policier tué devant Charlie Hebdo « ne faisait pas le malin », et conclut par des « Allah akbar ».

Fiché S, « individu dangereux et violent »

« Il a fallu 15 mn pour le calmer et comprendre qu’il allait à la supérette à côté », dit le PV. « C’est le fait d’être contrôlé qui… » Il interrompt la présidente Verger : « Non, c’est leur façon de me contrôler. Déjà, mon visage était visible. » Bachir conteste « formellement » la moitié des propos qu’on lui prête : «
Il me dit, ‘tu me fais pas peur’, moi je lui réponds ‘toi non plus tu me fais pas peur, Allah akbar ! Dieu est grand, voilà. Mais si j’avais dit tout le reste, on m’aurait pas laissé repartir chez moi pour venir le lendemain matin casser ma porte. »
La présidente lui explique que les policiers ont voulu faire des vérifications avant de l’interpeller, qu’au commissariat ils ont trouvé sa fiche « individu dangereux et violent » (Pffff, fait-il du box, comme s’il disait « n’importe quoi ! », pourtant son casier en raconte pas mal sur ce plan) et sont retournés chez lui le lendemain.
« Les policiers ont respecté votre liberté individuelle ce soir-là », plussoie le substitut du procureur Dominique Fenogli. « En réalité le contrôle n’a pas du tout dégénéré, plaide maître Couillerot. Si ça avait été le cas, on n’aurait pas ‘respecté sa liberté individuelle’ comme dit le ministère public. »

La peur tapisse son existence

L’avocate reprend le rapport de la police : « Son discours oscillait entre colère et calme ». « J’en fus témoin, dit-elle, car hier lors de son défèrement il hurlait qu’il ne voulait pas d’avocat, il hurlait. Il a fallu que monsieur le procureur aille lui parler, et il a retrouvé son calme. » Le prévenu lui-même donnera le mot clé : la peur. La peur tapissant une existence entièrement vouée jusque là à la multiplication des infractions et délits, et à celle de peines, petites à modérées dont le cumul l’a envoyé vivre de nombreuses années en prison. On peut lire ici le récit de sa dernière comparution http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/...

Où est son esprit ?

Where is my mind ? chantaient les Pixies alors que Bachir n’avait que 7 ans. Bachir a l’esprit vrillé, ou du moins qui vrille vite, lorsqu’il a peur. « En réalité il n’a pas supporté la vue des uniformes, éclaire le substitut. Il a peut-être voulu les impressionner, et dès lors déverse son flot de menaces terroristes. » Comme si Bachir disait : ‘vous m’avez fiché S ? En voilà pour votre argent !’ La présidente Verger l’interroge, creuse encore : la mosquée ? Les prières ?
En audition il a déjà expliqué qu’avant il priait, oui, mais depuis son fichage, il a arrêté, « et je bois », ajoute-t-il, parce qu’on s’apaise comme on peut, si ce n’est que ça aggrave ses agitations. A l’audience il explique que même son téléphone est clean du moindre élément qui pourrait amener la police à imaginer des choses, « et y a pas un seul livre de religion chez moi ».
« Mauvaises fréquentations en prison, c’est juste pour ça. » Son esprit hanté est fragile, son esprit est hanté par les forces de l’ordre et la justice.

« Et maintenant j’ai peur, quand je sortirai la prochaine fois, de ne plus rien avoir »

Est-il allé à l’étranger ? « Non. J’ai même pas vu la tombe à mon père décédé en 2012. » Front plissé, visage soucieux : la peur et le chagrin, des sorties violentissimes qui sont d’attaques et de protection… et pour l’aider à infléchir la courbe de son sort, deux conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, un éducateur, un logement, des soins. « Et maintenant j’ai peur, quand je sortirai la prochaine fois, de ne plus rien avoir. » Pour cet homme-là l’incarcération fait partie du kit, le ministère public lui donne raison qui requiert 10 mois de prison dont 4 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, et un mandat de dépôt.

Un lien de confiance enfin établi, dit le SPIP

Maître Couillerot s’interroge sur la nature des faits : « L’apologie du terrorisme consiste à inciter publiquement à porter sur les infractions et leurs auteurs un jugement favorable. Or il n’harangue pas dans la rue pour donner son opinion. On n’est pas dans la définition de l’apologie du terrorisme. Il a tenu des propos divagants, et pas contre la police. » 
« Les soins psychologiques sont indispensables », insiste la présidente auprès du prévenu, front plissé, visage soucieux. Le rapport du SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) raconte un lien de confiance enfin établi, un suivi satisfaisant, qu’il ne faudrait pas mettre en péril.

« Il n’y aura pas de 2ème chance »

Bachir B. ne s’y attendait pas, il ne pouvait pas s’y attendre : la mâchoire ne se referme pas sur lui. Le tribunal le condamne à 12 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve. Les six mois ferme sont aménageables : le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt. Bachir acquiesce, acquiesce, grommelle « merci ». « Le tribunal a pris en considération vos efforts manifestes. Mais, au vu de la gravité de vos propos, il n’y aura pas de 2ème chance, monsieur, il faut l’entendre. » Front plissé, visage soucieux, mais soulagé. Il semble n’avoir toujours pas compris ce qui lui est tombé dessus : « J’ai pas tenu toutes ces paroles. J’ai déjà fait des outrages, des petites insultes et je me faisais embarquer et frapper. Mais là, non».
Florence Saint-Arroman