vendredi 20 septembre 2019

Offre d’ouverture du 23 Septembre au 30 Octobre

Bénéficiez de  -20% sur la complémentaire santé

(en conformité avec le 0€ reste à charge)*
A noter que l’agence Rue Foch sera fermée ce Vendredi 20 Septembre
Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Le lundi 9 septembre 2019 restera dans l’histoire pour l’Hôtel-Dieu du Creusot, avec la première intervention chirurgicale réalisée avec le robot chirurgical, le 1er de Saône-et-Loire.
Le Docteur Jean-Philibert Combier a réagi dans une interview exclusive à creusot-infos.
«Le robot ne remplace pas le chirurgien. Il exécute ses gestes. C’est un progrès considérable»
«C’est capital pour recruter de jeunes médecins»
«Le Maire du Creusot a eu une vision d’avenir et de progrès sur ce dossier stratégique»
Vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, en charge des lycées et de l’apprentissage, Stéphane Guiguet détaille l’implication de la Région en matière d’investissements, mais aussi pour «le pouvoir d’achat des lycéens et de leurs familles».
Le conseil départemental est mobilisé pour les Collèges. C’est que ce le Président André Accary a annoncé, ce jeudi matin, à Montchanin, où il a fait sa rentrée des classes.
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 TRIBUNAL : 26 mois de prison pour avoir voulu la caisse de la boulangerie de Marie à Torcy

14/08/2018 03:17Lu 6526 foisImprimer l’article
Il avait menacé l'employée de la boulangerie avec un tesson de bouteille... Il a été chassé avec une planche à pizzas...
« Il a besoin de sa dose, le reste importe peu. On en est là », synthétise maître Moundounga Ntsigou. On en est où ? Tout dépend de qui l’on parle. Le prévenu, 23 ans, est dans le box des comparutions immédiates ce lundi 13 août. Les victimes sont, pour d’eux d’entre elles, en arrêt maladie, choquées : ce samedi, Romain X est entré dans une boulangerie de Torcy en milieu d’après-midi, armé d’un tesson de bouteille, pour obtenir l’argent de la caisse, pour avoir des sous, pour s’acheter de la drogue. Il venait d’en prendre, il avait troqué sa montre contre un peu de cocaïne juste avant.

« Un crime passible de la cour d’assises »

Romain en a été pour ses frais : la vidéo-surveillance le montre, emmitouflé dans une bâche trouvée alentour, brandir son morceau de verre, et déguerpir devant l’offensive de deux employés qui surgissent, l’une avec une planche à pizza, l’autre avec un rouleau à pâtisserie. Celle qui tenait la caisse n’a pas obtempéré. Une scène dont les accessoires ont fourni pas mal de gags dans les films, dit la vice-procureur, Aline Saenz-Cobo, pour autant « on a un acte criminel. Cette extorsion avec arme a été correctionnalisée, pour que la justice passe sans attendre, mais c’est un crime passible de la cour d’assises ». L’auteur n’a pas fui en courant, son avocat le rappellera, il a traversé « nonchalamment » la rue. Les policiers l’ont trouvé sans trop de mal, accroupi derrière un buisson.

Insomnies, cauchemars et anxiolytiques pour les victimes

On en est là : trois victimes qui sont aux prises avec le stress généré par l’agression, qui voient leurs insomnies ponctuées de mauvais sommeil et de cauchemars, qui prennent des anxiolytiques pour passer le cap. On en est là : un jeune homme au visage encore poupin, au teint plutôt frais, mais aux prises, lui, avec une toxicomanie déjà ancienne et qui lui colle au corps plus sûrement que les condamnations dont il a déjà fait l’objet. « Objet » semble le mot adéquat : Romain ne semble pas concerné par ce qu’il vit, du moins pas comme la justice l’entend. « Vous dites que j’ai prémédité, mais non, c’est un acte bête et méchant. – Monsieur, c’est un acte extrêmement grave, vous encourez 10 ans de prison, lui répond la présidente Therme. »

Toxicomane, « bipolaire et sociopathe »

Il en est là : 23 ans, déjà plusieurs condamnations pour outrages, violences, dégradations, conduite sous l’empire de l’alcool, vols avec violences (8 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve il y a 1 an), vols (à l’hôpital de Chalon, 1 mois de prison). 23 ans : « j’ai commencé à me droguer à 12 ans, à 16 ans je prenais des amphétamines, à 18 ans je passais aux injections ». Comme un CV, tant de fois déjà répété, auquel il ajoute (à quelle rubrique le mettrait-il ?) qu’il est « bipolaire et sociopathe », « c’est un psychiatre qui l’a dit ». Et c’est quoi un sociopathe ? « On a du mal à se référer aux lois, aux trucs comme ça. » Il y a de la fronde, dans l’attitude du jeune homme, et pas mal de confusion dans son esprit. Son père est policier. Il le voit peu, « la dernière fois, ça s’est mal passé ». Sa mère est infirmière, « elle voit que je me détruis, alors voilà, quoi ».

L’esprit certainement abîmé par les drogues, avec les produits qui circulent, ça va vite

« Alors voilà, quoi », il en est là. Ce n’est pas un jugement, c’est un constat. Il a meilleure mine que ses compagnons de toxicomanie qui ont souvent des vies d’errance, avec de moins en moins d’attaches, de repas corrects, de conditions de vie qui conservent encore un peu. Il a meilleure mine parce que ses parents sont encore là, plus ou moins, tant bien que mal, et comme ils le peuvent, mais Romain a passé un cap ce samedi.
« Quand ma mère a eu les sous pour payer les jours-amendes de l’autre peine, je suis allé au tribunal, et c’est là que j’ai vu que j’avais rendez-vous avec le juge d’application des peines. » Il avait manqué ce rendez-vous, pour envisager l’aménagement d’une peine d’1 mois de prison, résultat, « cette peine va être mise à exécution », l’avertit la présidente. « J’avais pas vu le papier », se défend le garçon qui pourtant était présent à son jugement. Pas concerné, objet de ce qui lui arrive, jusqu’à un certain point, et l’esprit certainement abîmé par les drogues, avec les produits qui circulent, ça va vite, très vite.

« Samedi, à Torcy, j’ai fait n’importe quoi »

La présidente essaie par ses questions d’amener le prévenu à un début d’élaboration, mais ça ne prend pas. Le gamin reste enfermé : « Je vous l’ai expliqué, j’ai agi sous l’effet des cachets et des stups, c’était pas prémédité. J’ai perdu mon temps, j’ai perdu l’argent, et là je vais perdre du temps en prison. » Romain X a fait des cures, et il a fait des efforts qui l’ont surpris : il s’est vu refuser de la drogue alors qu’il était en cure, le truc pas imaginable. Ces derniers mois, depuis avril, dit-il, il n’a consommé que 8 grammes de drogue dite dure (par les temps qui courent, le cannabis lui-même est devenu une drogue dure, Woodstock est loin).
Pour le jeune prévenu c’est peanuts par rapport aux quantités qu’il a pu s’envoyer. Mais. Il a pris ses cachets de traitement de substitution avec de la bière, et puis il a pris le bus, il a échangé sa montre contre une dose de cocaïne, il a tenté d’obtenir la caisse de la boulangerie sous la menace d’une arme, « n’importe quoi ».

« Il a besoin de sa dose, le reste importe peu, on en est là » : 26 mois de prison ferme

Pendant les réquisitions, il se ronge les ongles, il en rogne ce qui reste, y compris la peau autour. La vice-procureur requiert 24 mois de prison avec mandat de dépôt et révocation partielle du SME avec exécution provisoire. Pendant la plaidoirie de son avocat, il prépare ses ongles de la main droite avec ceux de la main gauche et il les porte à sa bouche, en retire le petit morceau croqué, s’en débarrasse et recommence. Maître Moundounga Ntsigou plaide l’absence de discernement, « il a besoin de sa dose, le reste importe peu, on en est là ».?Le tribunal condamne Romain X, reconnu coupable de tentative d’extorsion avec violences, à 2 ans de prison ferme (mandat de dépôt, compte tenu de l’état de récidive légale), révoque le SME à hauteur de 4 mois (exécution provisoire). Interdiction de porter une arme pendant 3 ans. Il devra indemniser les victimes pour 3600 euros en tout.
23 ans, une vie asservie à l’impériosité du manque, 26 mois de prison. « Monsieur, c’est sans doute la seule solution pour que vous soyez définitivement sevré des produits stupéfiants. » Romain tord la bouche. Il en doute fort.
Florence Saint-Arroman