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LE CREUSOT : Jaloux, alcoolique et puis forcément violent contre son épouse, devant leurs petites filles...

11/09/2017 23:52Lu 3487 foisImprimer l’article
«Nous n'avons été heureux ensemble que jusqu'à ma première grossesse», soit en 2008.Elle a lui donné «une chance à chaque fois», mais elle a compris que «c’est installé dans sa tête et moi je ne peux pas lui prouver que je ne le trompe pas».
Que du malheur, l'alcoolisme ne fabrique que du malheur. On a chaque semaine tant d'occasions de le constater au tribunal, c'en est désespérant.

Ce lundi après midi au TGI de Chalon comparaissait David X, 34 ans, père de deux petites filles de 6 et 8 ans. Dans la salle, sa compagne, une jeune femme meurtrie sur tous les plans.
« Nous n'avons été heureux ensemble que jusqu'à ma première grossesse », soit en 2008. Des violences démarrent à ce moment-là, lorsqu'elle est enceinte et lui, soul. Il est soul à chaque fois, et n'est violent que lorsqu'il est soul, c'est un premier point.
Deuxième point il devient pathologiquement jaloux. Lorsqu'ils arrivent de la région de Compiègne à Sanvignes-les-Mines, ça craint carrément. « Il avait même mis une caméra sur notre lit, pour voir si je le trompais », raconte sa compagne en audition. Puis ils emménagent à Montchanin et c'est pire : « Il se cachait régulièrement pour me surprendre, j'en venais à actionner la webcam pour qu'il surveille les entrées au domicile ». ?
En 2014, ils s'installent au Creusot. La jeune femme raconte aux policiers le harcèlement quotidien, les propos la dénigrant aux yeux des enfants, jusqu'à la scène de jeudi dernier : elle rentre du boulot vers 19 heures, lui, il dort sur le canapé. Elle le réveille, il la frappe, il lui crache dessus, les fillettes de 6 et 8 ans sont à l’appartement. La police arrive et trouve leur mère en larmes sur le trottoir : la coupe est pleine, elle ne veut plus le voir, c'est fini. Elle dépose plainte, David est mis en garde à vue, puis il est incarcéré en attendant son jugement, et les policiers font une enquête de voisinage. Les familles répondent présent et témoignent. Le père de la jeune femme raconte, lui, des menaces de mort, « si elle me trompe, je l'emmènerai dans la voiture avec les enfants et je les tuerai ». Glaçant.
Que dit David X, aujourd’hui ? « Je ne sais pas, j’ai oublié, j’étais soul. Si elle le dit, c’est que c’est vrai. » L’addiction à l’alcool mène-t-elle à n’être qu’un témoin de sa propre vie ? A entendre, de l’extérieur, ce qu’on a fait, dit, frappé, violenté, maltraité, aux moments où l’on « n’est plus soi-même » ? ?Il n’est pas rare que les conjointes victimes ne se constituent pas parties civiles, ne demandent rien, sinon la séparation. C’est le cas aujourd’hui : elle l’a aimé, et peut-être l’aime-t-elle encore, il est « le père des deux filles », elle a lui donné « une chance à chaque fois », mais elle a compris que « c’est installé dans sa tête et moi je ne peux pas lui prouver que je ne le trompe pas », alors elle veut être désormais tranquille.
Fabrique de malheur : « Il pulvérise aujourd'hui sa famille et sa vie professionnelle » dit Maître Diry pour la défense de David X. David a mis fin à un contrat d’intérim comme maçon : il a frôlé le malaise sur un chantier, la faute à l’alcool. « Je bois 2 à 3 litres de bière par jour. » De la 1006, du lourd. « Vous avez déjà vu un médecin pour ce problème ? », lui demande la présidente. Réponse : « Non. » On reste songeur, bien sûr.
Son avocat rapporte qu’un membre de la famille dit l’avoir vu, alcoolisé lors d’un pique nique, se battre contre… rien. « Il a un adversaire fantôme, rebondit Benoît Diry, sa jalousie peut revêtir un caractère hallucinatoire ou de délire. »
?Le procureur Prost avait requis 12 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis avec mise à l’épreuve pendant 3 ans. Le tribunal condamne David X à 12 mois de prison dont 8 mois avec sursis et un suivi mise à l’épreuve de 2 ans. Interdiction de tout contact avec la victime, interdiction de paraître à son domicile, et obligation de travailler, certes, mais surtout de se soigner. Des soins contre l’addiction à l’alcool mais aussi des soins relatifs à la violence, donc « des soins psychologiques » précise la présidente Catherine Grosjean, elle ajoute « ça fait des doubles soins ». On est frappé de constater à quel point l’alcool comme la drogue sont soumis à l’ère médicamenteuse, et pas encore véritablement entrés dans la dimension que ces dépendances méritent pourtant, celle du soin psychique.
On s’étonne moins de l’éternel retour de l’alcoolisme à la barre du tribunal ou dans le box avec une escorte. C’est un problème social qui excède évidemment le cadre et les compétences de la justice, mais c’est pourtant elle qui le récupère bien souvent en bout de course. Problème de santé publique versus engorgement des tribunaux et des prisons pour des infractions qui ne sont le fait que de ces naufrages personnels : le corps social devrait s’interroger, et les pouvoirs publics aussi.
Le tribunal décerne mandat de dépôt, le jeune père de famille, dont la consommation d’alcool a augmenté après le décès de son père, lui-même alcoolique, a été incarcéré lundi soir.
Florence Saint-Arroman