mercredi 18 septembre 2019

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Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Le lundi 9 septembre 2019 restera dans l’histoire pour l’Hôtel-Dieu du Creusot, avec la première intervention chirurgicale réalisée avec le robot chirurgical, le 1er de Saône-et-Loire.
Le Docteur Jean-Philibert Combier a réagi dans une interview exclusive à creusot-infos.
«Le robot ne remplace pas le chirurgien. Il exécute ses gestes. C’est un progrès considérable»
«C’est capital pour recruter de jeunes médecins»
«Le Maire du Creusot a eu une vision d’avenir et de progrès sur ce dossier stratégique»
Vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, en charge des lycées et de l’apprentissage, Stéphane Guiguet détaille l’implication de la Région en matière d’investissements, mais aussi pour «le pouvoir d’achat des lycéens et de leurs familles».
Le conseil départemental est mobilisé pour les Collèges. C’est que ce le Président André Accary a annoncé, ce jeudi matin, à Montchanin, où il a fait sa rentrée des classes.
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LE CREUSOT : Il est poursuivi pour violences sur elle, elle est venue dire qu’il ne l’a pas frappée...

21/12/2018 03:17Lu 3013 foisImprimer l’article
«Il se sent pisté comme un animal» par l’autorité judiciaire... «J’ai vu ma psy qui m’a dit que c’était mal ce que j’avais fait»... 16 mois de prison - «A chaque fois vous m’allumez pour rien !»


Ils ont 26 et 24 ans, il se fréquentent depuis 2007. Des enfants… Deux enfants. Comment ont-ils grandi ? Quelle éducation à la vie relationnelle ont-ils reçu ? Que sont-ils l’un pour l’autre ? Aucune famille, aucun proche n’est présent. La salle est vide alors qu’il est sous contrôle judiciaire depuis le 19 octobre dernier. Il est poursuivi pour violences sur elle, elle est venue dire qu’il ne l’a pas frappée, le 17 octobre au Creusot : « c’est moi, j’ai vrillé ».
Leurs trois enfants ont été placés par un juge des enfants, estimant qu’elle est « incapable de se protéger et de protéger les enfants de sa violence (à lui) ». Faut dire qu’il y a des antécédents : en 2013, en 2014. Il en convient, « mais ça fait des années ». Là, il n’a rien fait, il le soutient depuis le début. Le 16 octobre il est sorti. Il a picolé, parce que ça aussi c’est avéré : il est alcoolique, « et je ne peux rien y faire » dit sa compagne. Il s’est couché et le matin il a commencé à remplir son sac, il voulait se barrer. La voisine avait envoyé un message disant qu’il avait entrepris une autre femme dans un bar… « j’ai vu noir », dit la présumée victime à la barre.

Il voulait se barrer, elle a vu « noir »

Lorsqu’elle a porté plainte, le 17 dans l’après-midi au commissariat du Creusot, elle a raconté une scène comme quoi il avait retiré 60 euros avec sa carte bancaire à elle, qu’elle le lui a reproché, qu’il l’a plaquée contre un mur, puis l’a poursuivie, l’a fait tomber, lui a collé des coups de pied dans le dos. Des médecins ont acté des ecchymoses dont l’une sur la face interne du bras, et une entorse au poignet, et des douleurs au dos. Le second médecin fixe une ITT de 12 jours, « anxiété réactionnelle majeure ». Il est en état de récidive légale, à cause de la condamnation de 2014. D’ailleurs toutes ses condamnations (8) sanctionnent soit des violences, soit des outrages, rébellion, menaces de mort.

«Il se sent pisté comme un animal» par l’autorité judiciaire

Oui mais, « ça me prend la tête : c’est pour des paroles qu’on m’a jugé. Des paroles ! J’ai assez de soucis comme ça dans ma tête, j’arrive plus à dormir, madame ». Avec ça, évidemment le juge d’application des peines écrit qu’il « n’a pas du tout intégré le sens de la peine », lit la présidente Pertuisot. Sur l’avers de la médaille on trouve le sens de l’infraction : le prévenu ne l’a pas non plus. Qui le lui aurait appris ? On a dû lui rappeler ses obligations, mais « il se sent pisté comme un animal », il aurait dit cela, il a été clair sur ce qu’il ressent. La plupart de ses peines de sursis ont été révoquées. Même le TIG, il n’est pas allé au bout. Il a jeté l’éponge au bout de 2 jours et demi. « J’ai fait 3 jours, j’ai désherbé tout le long de leur mairie et de leurs écoles, là. Ils me laissaient tout seul, j’avais pas de bouteille d’eau pour me déshydrater. » « Ils me laissaient tout seul ». On se demande depuis combien de temps finalement « on » l’a laissé « tout seul », en dehors de cette jeune femme qui a grandi avec lui.

« J’en ai vu ma psy qui m’a dit que c’était mal ce que j’avais fait »

« Ce jour-là il avait bu, certes, mais je ne suis pas une sainte non plus, car c’est moi qui l’ai frappé. Je l’ai vu faire son sac, on m’avait écrit qu’il avait ‘sauté’ une nana, j’ai vu noir. Je suis suivie pour ça (son impulsivité, ndla) par une psy. Je suis désolée, j’ai porté plainte : j’ai vu tellement noir, j’en suis navrée. » Elle dit encore : « J’en ai vu ma psy qui m’a dit que c’était mal ce que j’avais fait, et qu’il fallait que je remette la vérité dans son contexte. » Elle est allée au commissariat pour retirer sa plainte, mais c’était trop tard. Alors, quelques semaines plus tard elle a écrit au tribunal, pour expliquer, mais le tribunal a du mal à la croire et le lui dit, car « des éléments objectifs » au dossier sèment un doute sérieux. Sur ses douleurs, elle explique aussi. Et pour le témoignage de la voisine ? « Je lui ai montré ma déposition, et elle a dit qu’elle se baserait dessus pour faire chier, excusez-moi pour l’expression, monsieur. »

«Un faisceau de présomptions»

Charles Prost, vice-procureur, relève qu’étonnamment ce témoignage ne charge pas monsieur. La voisine dit avoir entendu une dispute et vu une main se lever, sans préciser à qui elle appartenait. « Un faisceau de présomptions » l’engage à requérir 12 mois de prison et la révocation du sursis TIG. Le jeune homme manifeste un peu sa désapprobation, la jeune femme a l’air passif. Maître Chavance soutient le nouveau point de vue de la jeune femme, au bénéfice de son client. « Moi tout ce que j’ai fait, c’est de me faire un passage pour sortir. Et quand je reviens, on m’embarque. J’ai rien compris. » Il est sûr de lui, elle semble sûre d’elle. De quoi d’autre pourraient-ils être certains ces deux-là visiblement délaissés par leurs ascendants, qui à l’aube de leurs vies d’adultes voient déjà leurs petits placés ? De l’extérieur on a l’impression qu’ils racontent des violences réciproques, et qu’elles sont habituelles sur tous les plans.

16 mois de prison - «A chaque fois vous m’allumez pour rien !»

Le tribunal le reconnaît coupable, mais dit qu’il n’y a pas lieu à mandat de dépôt, puisqu’il n’y a pas eu de nouveau faits pendant la durée de son contrôle. Il est condamné à 12 mois de prison, et à la révocation du sursis TIG soit 4 mois de plus. « Vous n’allez pas en prison ce soir », lui traduit la présidente. Il ne comprend pas grand-chose, et s’insurge d’être condamné. « Madame, attendez, je sais pas, c’est une justice que vous avez ? Un an ? C’est ça ? Bien sûr que je vais faire appel ! C’est du gratuit ! A chaque fois vous m’allumez pour rien, moi j’ai rien fait du tout. N’importe quoi ! Bravo la justice. » Sa compagne lui chuchote d’arrêter, de se taire. Un agent de sécurité le guide vers la porte, par chance elle n’est pas loin.
Pour avoir le sens de la peine, il faut avoir le sens du délit, ou de l’infraction. Que sont-ils l’un pour l’autre, à se traiter si mal sans décrocher l’un de l’autre ? Comment ont-ils été considérés, respectés, dans cet âge tendre qui a précédé leur rencontre, il y a 11 ans ? L’ont-ils seulement été ?
Florence Saint-Arroman