mercredi 18 septembre 2019

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Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Le lundi 9 septembre 2019 restera dans l’histoire pour l’Hôtel-Dieu du Creusot, avec la première intervention chirurgicale réalisée avec le robot chirurgical, le 1er de Saône-et-Loire.
Le Docteur Jean-Philibert Combier a réagi dans une interview exclusive à creusot-infos.
«Le robot ne remplace pas le chirurgien. Il exécute ses gestes. C’est un progrès considérable»
«C’est capital pour recruter de jeunes médecins»
«Le Maire du Creusot a eu une vision d’avenir et de progrès sur ce dossier stratégique»
Vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, en charge des lycées et de l’apprentissage, Stéphane Guiguet détaille l’implication de la Région en matière d’investissements, mais aussi pour «le pouvoir d’achat des lycéens et de leurs familles».
Le conseil départemental est mobilisé pour les Collèges. C’est que ce le Président André Accary a annoncé, ce jeudi matin, à Montchanin, où il a fait sa rentrée des classes.
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LE CREUSOT : Contre les Policiers, c'était «parole contre parole», mais avec la prison au bout

04/06/2019 03:17Lu 4036 foisImprimer l’article
Par deux fois, il avait réclamé un verre d'eau et était reparti avec le téléphone de ses victimes. Il a été identifié et interpellé par la Police. Sans ménagement.
« Quel crédit apporter aux déclarations de monsieur ? » Maître Marceau parle pour deux policiers du Creusot qui réclament chacun 600 euros de dommages et intérêts en réparation d’insultes et de menaces dont ils furent l’objet lors de l’interpellation du prévenu le 29 mai dernier.
Celui-ci, 35 ans, reconnaît deux vols mais conteste les insultes et menaces. « Il a parlé de violences policières en garde à vue, poursuit l’avocat, mais à l’audience il n’en fait pas mention. Quand on s’engage sur les voies glissantes de la rébellion, on s’expose. » Face à lui le prévenu donne à voir son visage marqué par des coups fraîchement reçus, puis il baisse la tête.

Une demande de rançon pour un téléphone…

Le 29 mai dernier la police est appelée pour un vol : un homme s’est présenté chez une femme, lui demande un verre d’eau. A son départ elle constate la disparition de son téléphone, de ses clés, puis de sa voiture. La police est rapidement alertée pour un autre téléphone volé, la description du présumé voleur coïncide avec celle donnée par la première victime. La résolution de l’affaire est servie comme sur un plateau puisqu’« on » va faire une demande de rançon pour le second téléphone (le prix sans doute de nos vies qui y sont contenues, ndla).
Rendez-vous est fixé sur un parking. Les policiers y voient la voiture volée et repèrent en terrasse un homme correspondant en tous points à la description.  Ils l’interpellent. L’homme « s’est débattu », on l’a coursé, plaqué « visage contre le sol » précise la présidente Pertuisot, « pendant son transport, il se débat encore : il fait tout le transport, le visage appuyé contre la vitre ».
L’avocat de la police en rajoutera une louche : « quand on se frotte le visage au sol ». Le prévenu, finalement, sera en effet le seul à ne rien dire, à l’audience de comparution immédiate de ce lundi 3 juin, de violences dont il aurait été victime.

Élocution pâteuse. «Vous avez l’air très fatigué, monsieur, aujourd’hui»

Il se contente de répondre au tribunal qu’il ne s’est pas débattu spécialement, « j’étais assis et on m’a foncé dessus sans dire ‘police’. Je les ai repoussés et y en a un qui a sorti son arme, j’ai alors compris et mis mes mains dans le dos. J’ai volé la voiture et les téléphones, je vais prendre pour ça, mais le reste : c’est pas vrai.
Les policiers en ont marre en ce moment, je comprends ça, mais je vais pas avouer quelque chose que j’ai pas fait. » Depuis son entrée dans le box il porte machinalement une main sous son œil gauche, passe le doigt doucement sur le bleu (noir, en fait) qui le cerne. Lorsqu’il parle, on entend une élocution pâteuse, comme s’il avait été sédaté, mais on ne sait pas. Une juge-assesseur voit et entend également : « Vous avez l’air très fatigué, monsieur, aujourd’hui. »

«Il vous faut des soins», insiste la juge-assesseur

« C’est le traitement, c’est la garde à vue, c’est la prison. » Il est en détention provisoire depuis le 31 mai. Il dit qu’une précédente incarcération lui a laissé « des séquelles » mais on ne sait pas lesquelles. Il dit aussi « j’ai gâché ma jeunesse par des conneries, j’ai honte, j’ai 6 neveux et je ne les ai pas vus grandir. – Il vous faut des soins, insiste la juge-assesseur. – Je veux me faire interner, renvoie le prévenu. »
L’homme qu’on juge est un homme en mauvais état : les traces de coups en signent une évidence qui prend ses racines ailleurs. Un juge d’application des peines l’écrit dans son rapport (le prévenu était en sursis mis à l’épreuve, donc suivi) : « il a besoin de soins psychologiques et psychiatriques ». Il comparaît néanmoins en état de récidive légale, le JAP préconise, dans ces conditions, une révocation partielle de son sursis.

Deux vols «dont j’avais même pas besoin»

Il perçoit l’allocation pour adultes handicapés. Pourquoi ? L’audience ne le dit pas. Dominique Fenogli, substitut du procureur, se soucie du contexte dans lequel ces deux vols, « dont j’avais même pas besoin » déplore le coupable, ont été commis. Sa compagne venait de faire une fausse-couche « de moi », confirme le prévenu avec cette formulation si touchante.
« C’était pas une raison mais ça a joué, c’est vrai. Je ne vais pas bien, je suis malade, j’ai du mal à m’exprimer, c’est compliqué. » A l’appui du compliqué maître Grenier-Guignard transmet au tribunal des photos de son client prises lors de sa garde à vue : son visage tuméfié et blessé, son avant-bras scarifié, son dos, marqué aussi. Y a-t-il un certificat médical qui fixe l’ensemble des blessures ? L’audience ne le dit pas.

«Est-ce que les policiers mentent ? Ou est-ce le prévenu ?»

« L’atteinte aux biens est caractérisée, requiert le substitut du procureur. Sur le reste, est-ce que les policiers mentent ? Ou est-ce le prévenu ? » Le représentant du ministère public lit les choses ainsi : « Il y a eu rébellion, on n’en sort pas indemne, et il y a nécessairement, derrière, des outrages et des menaces, parce que la personne, forcément… »
Maître Grenier-Guignard lit différemment mais rejoint le parquet sur ce point : s’il y a eu insultes et menaces c’est après coup(s). L’outrage est venu « en réaction », comme il arrive « dans certaines conditions d’interpellation ». Elle demande au tribunal de « minorer les insultes » et donc de baisser la somme demandée en réparation. Si l’on suit ces lectures du dossier : les préventions auraient pu se ramener à 2 vols.

«Faire son travail, c’est le faire en tenant compte des personnes à qui on a affaire»

Du reste, lors du déferrement, vendredi dernier, l’avocate a parlé avec le procureur : « On s’est posé la question de l’expertise psychiatrique. Je l’ai trouvé pas bien du tout, car il y a les scarifications, puis ont voit plein d’ecchymoses, on voit une pommette saillante (enflée, ndla), etc.
On nous dit que c’est la rébellion qui a entraîné cette réponse, mais faire son travail, c’est le faire en tenant compte des personnes à qui on a affaire, et je pense que ça n’a pas été le cas. » Le parquet avait requis 12 mois de prison et une révocation de sursis de 8 mois. Le casier judiciaire du prévenu est jonché de condamnations, de 2000, il était mineur, à 2018. Alternance de vols et d’infractions à la législation encadrant les stupéfiants.
Son avocate lit un courrier adressé au JAP : « J’ai sollicité un suivi par un médecin psychiatre que je n’ai pas obtenu. Je reste envahi par des crises d’angoisses et de désespoir. »

«J’ai besoin d’aide»

« Il serait sous curatelle, un médecin conclurait à l’altération de son discernement : il faut tenir compte de sa fragilité. » Son malheureux client vivait écarté de la région, il fut incarcéré et suivi à Roanne mais il était trop isolé, sa famille lui manquait. Il est donc revenu au Creusot où vivent aussi d’anciennes « fréquentations », vit chez sa mère, laquelle est dans la salle, le ventre et le cœur étreints par cette situation douloureuse et pour l’instant inextricable.
« La prison, ça va pas m’arranger les choses. Je regrette. Tendez-moi la main, s’il vous plaît, j’ai 35 ans et je ne veux pas revoir les murs. J’ai besoin d’aide. »

16 mois de prison ferme, 1100 euros d’indemnités

Le tribunal le déclare coupable des vols, des outrages, des menaces et de la rébellion. Le condamne à 9 mois de prison et révoque son sursis de 7 mois. Ordonne son maintien en détention. 16 mois ferme. Il devra indemniser deux policiers de 350 euros chacun et verser 400 euros pour leurs frais d’avocat.
A sa sortie, son temps de sursis mis à l’épreuve reprendra, « et ça serait bien d’envisager une mesure de protection civile ».
Florence Saint-Arroman