mercredi 17 juillet 2019
Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Vice-présidente du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté en charge des sports, Laëtitia Martinez, dans une interview, évoque l’engouement autour du mondial féminin. Elle souligne aussi la démarche volontariste de la Région pour développer et soutenir le sport féminin.
Juste avant les grandes vacances, le Maire David Marti se livre dans une interview à creusot-infos.
Gratuité à la piscine, espace Simone Veil, démolition de la Tour Jaurès et à la Molette, travaux dans les équipements sportifs… Le Maire répond aussi au sujet des prochaines élections municipales.
Le Député de Saône-et-Loire veut redonner du pouvoir aux Maires et encore plus dans les intercommunalités. Rémy Rebeyrotte a aussi dit ce qu’il pense de la menace de rétention des notes du Bac.
Municipales : «Nous avons des Marcheurs dans les deux majorités au Creusot et à Autun…»
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LE CREUSOT : 120 heures d'intérêt général pour ce jeune père d'un bébé, qui volait des iPhone

10/07/2019 03:17Lu 3873 foisImprimer l’article
Une fois l’appareil en main usait de stratagèmes...
Il a 20 ans et un bébé. Il travaillait en interim comme chauffeur-livreur quand il s’est offert une belle voiture en faisant un crédit, puis « je voulais plus, j’ai emprunté 7000 euros à un ami mais le chèque était en bois, le cercle vicieux des dettes a commencé. Je ne pensais qu’à récupérer de l’argent. – En volant des téléphones ? Mais monsieur il faudrait faire un braquage pour rembourser pareilles sommes ! »

Vols d’iPhone selon un scenario bien rodé

Il ressemble à Stromae. Une sauterelle surmontée d’une belle tête, l’ensemble est looké, stylé, même, et ça va faire tiquer les magistrats. En résumé, un jeune homme du Creusot avait posé plainte pour le vol de son iPhone.
Les gendarmes remontent jusqu’à l’appareil, interpellent le voleur qui vit alentour, et celui-ci explique qu’en réalité il a fait 4 victimes, pour 4 iPhone, 6, 8, 10, qu’importe le modus operandi fut le même à chaque fois. Sur le Bon Coin il repérait les annonces de vente dans le secteur, il se pointait en voiture, et une fois l’appareil en main usait de stratagèmes (essayer de le recharger sur l’allume cigare, aller à la banque chercher de l’argent) pour se retrouver au volant, et il filait.

Parcours chaotique d’un enfant placé

Trois des 4 victimes sont présentes, en ce lundi 8 juillet au soir. Leur voleur est jugé selon une procédure rapide, il est à la barre, silhouette élégante, un peu trop, faut croire. Son avocate, Tiffanie Mirek, lui demande de raconter son enfance, et ça déclenche l’hallali : se servir d’un parcours privé de foyer stable, de repères stables, qui commence à la DASS pour finir dans trois familles d’accueil sur trois régions différentes pour plaider que peut-être il y aurait eu un défaut dans le maillage du sujet ?
Enfin, à quoi pense le prévenu ? Qu’on va l’excuser d’avoir volé ? Les lois sont les mêmes pour tous, obéir à la loi n’est pas négociable. Feu nourri, car l’une des victimes a pris un conseil, ça fait un intervenant supplémentaire.

« Monsieur vous avez fait des choix qui vous mènent ici »

« Il a un CAP de menuiserie ? Il a de l’or dans les mains, mais voilà il faudrait se lever le matin. Monsieur est très affable, observe maître Grebot, il ferait un bon escroc. Et vous avez un enfant. Avec un père comme vous, il n’est pas gâté. » « Vous avez voulu une Audi A5, envoie un des juges assesseurs.
Qu’est-ce qui fait que vous êtes obnubilé par les apparences ? Vous venez ici avec un tee-shirt Lacoste, dont on ne sait pas s’il est vrai ou pas, mais vous avez une addiction à l’apparence qui vous pousse à faire n’importe quoi.
– C’est pas ça, c’est mes dettes qui m’ont poussé à faire ça.
– Monsieur vous avez fait des choix qui vous mènent ici.
– C’était mon premier crédit, je voulais une belle voiture et avec le reste j’ai acheté des meubles et des affaires pour mon petit. Maintenant j’ai une petite Peugeot et encore des dettes. »

« Avoir une petite voiture pourrie, c’est sympa quand on a 20 ans ! »

Le président Larcat s’étonne qu’il ait pu réussir un CAP et des CACES alors qu’il tient des raisonnements pas cohérents, et puis la vie c’est pas ça quand on a 20 ans ! « Avoir une petite voiture pourrie, c’est sympa quand on a 20 ans ! On a tous eu une petite voiture pourrie. A 50 ans vous voudrez quoi ? »
En dépit de la crise sociale, économico-sociale, les représentations linéaires et ascendantes se portent encore bien. Pensée pour tous les quinquas qui roulent en petite voiture pourrie, et pensée pour ceux qui n’en ont même plus les moyens, mais ce n’est pas le sujet de l’audience.
L’objectif de l’audience c’est que ce jeune homme ne verse pas dans la spirale vols/escroquerie/jugements/condamnations et fasse ainsi de son existence entière une sorte de moteur hoquetant de sursis en périodes d’incarcérations, une sorte de petite vie pourrie, en quelque sorte. Mobilisation générale pour essayer d’éviter cela et ça part dans les grandes largeurs.  

Avoir et être, ce n’est pas pareil

La vice-procureur expose la dialectique avoir/être. Avoir et être, ce n’est pas pareil. C’est si vrai, mais il est presque subversif de le rappeler dans un contexte social qui persiste à ne promouvoir que la possession comme tenant lieu d’assise existentielle, sans compter que la possession est une assise matérielle nécessaire.
C’est compliqué. Au parquet on ne voit que trop ces gens qui tueraient père et mère pour un survêt de marque, la casquette assortie, la BMW qu’on peut acheter sans bosser, ou la Merco au volant de laquelle on se sent un peu de consistance. Au parquet on ne voit que trop les ravages que ça fabrique, le coût humain, le coût social aussi, et merci à un riche publicitaire d’avoir indexé le point culminant de la réussite sur une Rolex (ndla).

A son crédit, tout de même, sa franchise

 « On vit dans une société de consommation, voire de surconsommation dans laquelle ‘avoir’ est plus important qu’être. L’important c’est de paraître et peu importe que la coquille soit vide, il faut qu’elle brille. On peut tout de même mettre à son crédit d’avoir admis les autres victimes, d’avoir aussi admis avoir été pris dans l’engrenage argent facile et train de vie. On sait par ailleurs qu’il tire beaucoup de plans sur la comète, il est immature.
La vie ce n’est ni l’apparence, ni l’argent facile, la vie c’est être respectueux de la loi et faire des sacrifices. Il aura d’autres voitures, de la marque, pourquoi pas, on le lui souhaite, mais… »
Mais le président avait exposé que si le casier du jeune homme est néant au jour de cette audience, il a « des affaires en cours » : conduite malgré annulation du permis, conduite sans assurance, délit de fuite avec mise en danger d’autrui, provocation au suicide.

Un peu de justice restaurative pendant l’audience

La procureur requiert une peine de sursis-TIG, soit 120 heures de travail d’intérêt général versus 6 mois de prison. Une peine adaptée à ce qu’a affirmé le garçon à la barre : « Je me rends compte que je suis en train de niquer ma vie. » Maître Mirek refait la balance entre « la folie des grandeurs », « la mauvaise option » choisie par son client. « Il a travaillé, mais sur Paris, et comme il l’a expliqué ça s’est mal passé avec ses parents (son placement n’était pas exclusif de contacts avec ses parents biologiques mais les relations sont restées bien compliquées, ndla).
Alors il est revenu dans la région. Il a des ressources, il peut bénéficier de la clémence du tribunal. » Pendant ce temps-là et à l’initiative du président, un exercice de justice restaurative bat son plein : la victime du Creusot pense que le voleur peut débloquer son IPhone, auquel cas elle n’aurait pas besoin d’indemnité pour son préjudice matériel : « Tâchez de débloquer son téléphone. Vous vous asseyez, vous écoutez, vous débloquez. »

« Votre passé est clair, monsieur, mais il n’excuse rien »

Avant de partir délibérer le tribunal vient tempérer la charge contre ce prévenu plutôt cash : « Votre passé, il est clair, monsieur, il est clair pour tout le monde, mais il n’excuse rien. »
Le tribunal le condamne à 6 mois de sursis-TIG, soit 120 heures de travail d’intérêt général à faire dans les 18 mois. Il a obligation de travailler et d’indemniser les victimes. Il semble ok pour tout, y compris et surtout à bosser pour sortir de ses dettes. Les convocations à venir seront autant d’occasion de vérifier qu’il s’y tient.
Florence Saint-Arroman

Les victimes percevront chacune des indemnités pour leur préjudice moral, préjudice matériel, frais d’avocat, selon les cas.