lundi 14 octobre 2019

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Édito
Les résultats des élections européennes ont confirmé qu’il convient de se méfier de plus en plus des sondages. Jean-Luc et Laurent faisaient la gueule dimanche soir, mais ils n’étaient pas les seuls.
Questions à...
Dans une longue interview, la Présidente du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté se montre marquée par les bouleversements climatiques.
«La sécheresse est une lame de fond»
Elle annonce une mobilisation exceptionnelle pour les années à venir, pour agir sur plusieurs leviers :
«La grande priorité, c’est la question climatique»
Marie-Guite Dufay confirme aussi qu’elle n’écarte absolument pas d’être candidate aux prochaines élections régionales, avec une affirmation en forme d’avertissement :
«Il faudra un rassemblement des forces de progrès pour faire barrage au Rassemblement National»
Dans une interview à creusot-infos, Le Maire du Creusot annonce qu’il sera bien candidat pour les élections municipales de mars 2020. Il explique aussi quelle liste il entend mener, sur quelles valeurs, et pourquoi.
Dans une longue interview, le Président de la Chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire parle sans langue de bois. Il dresse des constats, accuse, parle de l’avenir et de la question de l’eau.
Il dénonce la main des Etats-Unis derrière des associations agissantes.
«On a des agriculteurs sur les rotules et petit à petit ils se désespèrent»
«Désolé, mais un steak végétal, ce n’est pas une entrecôte»
«On met de l’eau potable dans les toilettes et on n’est pas capable de répondre à l’abreuvement de nos animaux»
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Arnaud Danjean tacle Emmanuel Macron

11/02/2019 03:17Lu 6951 foisImprimer l’article
Dans une longue interview à creusot-infos, le Député européen sortant, 3ème sur la liste «Les Républicains», n’est pas tendre avec le Président de la République.
«Ce Président est très tacticien et très habile»
«Le grand débat c’est quand même un aveu d’échec».
Alstom, Nadine Morano, Rachida Dati, référendum, immigration, l’élu bressan n’élude aucun sujet.
On ne vous a pas vu à Autun pour la visite du Président de la République. Un choix délibéré ?
ARNAUD DANJEAN : «je n’ai pas reçu d’invitation et cela m’a un peu surpris. La tradition républicaine doit aussi s’appliquer aux parlementaires européens. Quand un Ministre vient je suis toujours invité et là, pour le Président de la République, non. C’est très surprenant.
Cela-dit, je n’y serais pas allé, car j’avais des obligations liées à la campagne des Européennes. J’étais dans l’Yonne. Et puis je ne suis pas un fan des grandes messes médiatiques».

Ce n’est pourtant pas que cela…
«Je m’explique : on ne peut pas être contre un débat, mais il ne faut être dupe de rien, notamment avec Emmanuel Macron, ce Président très tacticien et très habile. Le fil qu’il essaye de rétablir avec les Français, avec le grand débat, c’est quand même un aveu d’échec. L’écoute des Français aurait dû avoir lieu avant et de façon permanente. Souvenons-nous, avant l’élection, ce dialogue avec les Français, Monsieur Macron ne l’avait pas. Depuis l’élection, les parlementaires n’ont pas été les relais qu’ils devaient être. Alors le Président se rattrape avec un grand débat, mais je le répète, c’est quand même pour moi un aveu d’échec car le débat n’a pas eu lieu avant».

Gilles Platret, le Maire de Chalon, a lui refusé l’invitation. Vous approuvez ?
«Je comprends qu’il n’a pas souhaité répondre à l’invitation et cautionner l’exercice, dès lors que ce n’était pas Chalon qui était l’épicentre de la visite».

3ème sur la liste de votre parti pour les Européennes, c’est une reconnaissance de votre travail ?
«La première fois sur une liste régionale j’étais 3ème, puis ensuite 2ème. Là, je suis donc 3ème sur une liste nationale. Oui je considère que c’est une forme de reconnaissance du travail accompli.
Je l’affirme : je ne serai plus jamais candidat aux législatives. Je préfère la dimension européenne. Il faut être lucide sur ses qualités et sur ses défauts. Le mandat européen correspond mieux à ma sensibilité, à mes aspirations. Et puis, il n’est pas bon de courir après tous les mandats. Le cumul est révolu, même si on en reparle… Les gens ont envie d’être représentés par des élus qui savent de quoi ils parlent».

Que vous inspire la décision de la commission européenne de retoquer l’alliance entre Siemens et Alstom ?
«Il y a deux niveaux de réaction à avoir. Sur le plan national, est-ce que cette fusion a été bien pensée depuis le début. J’ai de gros doutes, car elle semblait déséquilibrée en faveur de Siemens, et je pense qu’elle aurait pu conduire à déstabiliser Alstom.
Au niveau européen, ce qui me pose problème, c’est la lecture terriblement dogmatique du droit à la concurrence. Clairement, la commission s’appuie sur des textes, élaborés dans les années 80, où les enjeux n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. La commission prône une concurrence loyale au sein de l’espace européen, sauf que l’espace de compétition est mondial. En 1980, il n’y avait pas la Chine. Aujourd’hui, que ce soit pour le nucléaire, le ferroviaire, l’agriculture, la viticulture, personne ne peut contester que la compétition est mondiale»

Il faut changer les règles alors ?
«Oui et c’est possible. Ça prend du temps et ce n’est pas simple. Ce dont je suis convaincu c’est que les Députés auront leur mot à dire. On l’a déjà fait…»

Dans quels domaines ?
«Par exemple, le Parlement a réussi à modifier l’application du droit à la concurrence dans le domaine agricole. Il y a quelques années, si les producteurs laitiers voulaient se regrouper pour peser sur les négociations, la commission leur interdisait en assurant que la constitution de cartes était dangereuse pour la concurrence. Après plusieurs années de travail, on a fait accepter que des organisations de producteurs puissent être créées pour recréer des relations entre les producteurs et les distributeurs. En fait par la volonté on peut faire avancer les choses et on le démontre, même si le grand public a du mal à le percevoir»

L’Europe est souvent pointée du doigt pour les normes. Quel regard portez-vous sur ce sujet ?
«Premièrement, il est important de dire que bien souvent les problèmes de normes qui affectent les collectivités, les entreprises, sont des normes françaises, nationales. La France est championne d’Europe, avec une administration qui aime bien rajouter de nouvelles normes.
Deuxièmement, l’Europe très clairement doit produire moins de normes et se concentrer sur ses compétences. Mais j’attire l’attention que la plupart des normes sanitaires, industrielles, alimentaires ont fait leur preuve. Les normes alimentaires servent de protection et permettent de dénoncer des scandales. En Europe, on n’a pas de graves crises alimentaires…»

Une norme sur les chasses d’eau, c’est si important que cela ?
«La standardisation vise un objectif : que les industriels soient compétitifs à l’échelle européenne et mondiale. Mais il est vrai que parfois on arrive à des degrés de détails qui ne sont pas vraiment logiques. Moi je suis de ceux qui pensent qu’il faut réorienter l’Europe sur les grands défis, comme la coopération internationale, ou encore l’environnement. Car les défis sont mondiaux».

Au bout de deux mandats, de quoi êtes-vous le plus fier ?
«Le rapport de 2009 sur la défense, pour une autonomie stratégique. Mon thème était que dans un monde de plus en plus stable, alors qu’il n’y avait pas Trump, il fallait que l’Europe devienne autonome. C’était loin de faire l’unanimité. Alors oui, c’est une satisfaction d’avoir anticipé ce qui est devenu une évidence.
Deuxièmement, nous pouvons être fiers d’avoir pris des bonnes décisions pour la viticulture. Je rappelle que la commission voulait libéraliser les droits de plantation, ce qui aurait fait perdre de la valeur aux vins français et nivelé par le bas.
Je peux encore noter ce que nous avons entrepris, depuis deux à trois ans, contre le terrorisme. Ce n’est pas spectaculaire, c’est technique ; Mais c’est indispensable pour une meilleure coopération, par exemple les mesures pour harmoniser les fichiers au niveau européen, ce qui facilite la détection des suspects.

Comment abordez-vous la campagne électorale ?
«Je crains malheureusement que cette campagne ne soit pas suffisamment basée sur les vrais enjeux. A cela deux raisons.
La 1ère tient au calendrier électoral, puisqu’il s’agit de la première élection du quinquennat, et donc depuis le bouleversement politique de 2017. La tentation sera forte d’en faire un marqueur par rapport au contexte.
Deuxièmement, je vois bien l’intérêt du Président de la République d’en faire un enjeu national. Et je l’affirme : Je suis contre la tentation de programmer un référendum le même jour que le scrutin, car cela écraserait les enjeux européens. Je le dis au Président de la République : ce serait une grave erreur. Jouer les tacticiens sur la thématique «Moi ou les extrêmes», serait très très dangereux».

Les présences possibles, sur votre liste, de Nadine Morano ou de Rachida Dati ne semblent pas faire l’unanimité. Qu’attendez-vous ?
«Cette liste, je n’ai pas vraiment mon mot à dire. Mais j’ai une revendication : qu’elle reconnaisse les sortants méritants, en sachant que tous ne veulent pas repartir.
Concernant Nadine Morano, elle représente une sensibilité. Elle est sincèrement européenne. A travers la Région qu’elle représente, elle a sa place. Si on n’est pas d’accord sur tout, au parlement il n’y a pas de dissonance.
Concernant Rachida Dati, en matière de sécurité, elle a fait ce qu’il y avait à faire, en travaillant beaucoup sur la radicalisation.
Cela-dit, il me semble qu’il faut un équilibre territorial. Le piège d’une liste nationale, c’est de perdre de vue l’ancrage territorial de nos candidats. Notre parti doit veiller à cela».

Qu’avez-vous envie de dire à nos concitoyens pendant cette campagne ?
«J’ai envie de défendre une position assez simple, avec d’abord un message de lucidité sur la France et sur l’Europe. On a d’un côté des candidats europhobes, avec des slogans simplistes. Ils ne rendent pas service à la France. Le repli sur soi face aux Etats-Unis et à la Chine, c’est irréaliste et suicidaire.
D’un autre côté, je vois des gens, soutiens du Président, qui sont tellement pro-européens, qu’ils pensent que tous les problèmes ont une solution européenne. Ce serait trop simple.
Il faut avoir du bon sens et de la lucidité. Il faut dire que l’échelon européen est indispensable. La concurrence c’est au niveau européen. Mais il y a aussi des choix pour lesquels l’échelon national est légitime».

A quoi pensez-vous ?
«A un sujet extrêmement sensible : celui de l’immigration. Il faut à la fois une approche européenne et nationale.
Avec d’un côté la protection des frontières européennes, des accords à trouver avec les pays pour pouvoir renvoyer les clandestins. Avec une politique de développement, pour permettre à des populations de rester chez elle. En revanche, je le dis sans ambiguïté : ce n’est pas à l’Europe de dire qui doit accueillir et dans quelles proportions. Je ne suis pas choqué quand des pays disent ne pas pouvoir accueillir plus de migrants. Ainsi, pour la France, je pense que nous avons atteint des limites.
Personnellement je ne me sens pas dire à un Hongrois ce qu’il doit faire. On n’a pas la même histoire, la même culture. Comme on n’aime pas nous Français que l’on décide pour nous, gardons nous de décider pour les autres. J’ajoute qu’en France, très clairement, on n’écoute pas les plus faibles».
Recueilli par Alain BOLLERY